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La première urgence de la COP21

Publié le 5 novembre 2015 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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COP 21 : la première urgence pour préserver le climat est de ne pas arrêter les centrales nucléaires avant l’heure !

Il y a urgence à agir, disent les experts du climat. Il y a notamment urgence à agir dans le secteur de l’énergie, dit l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Les engagements pris dans les INDC publiés par les 195 pays de la Convention-cadre des Nations Unies  pour la COP 21 ne suffiront pas à corriger le tir, mais seulement à ralentir la croissance des émissions. Du coup l’AIE (rapport « Energy and Climate Change », Juin 2015) prêche en urgence pour un « Bridge Scenario » permettant de renverser la tendance dès 2020. Sinon il sera trop tard pour éviter un réchauffement très préoccupant, c’est-à-dire supérieur à 2°C. 

Grâce à l’énergie nucléaire et à l’énergie hydraulique la France fait partie des pays les plus vertueux quant à l’émission de gaz carbonique due à la production d’électricité : plus de 90 % d’électricité sans carbone contre 40 % seulement en Allemagne et 50 % en moyenne dans l’Union Européenne. En même temps, les Français bénéficient d’un coût du kWh parmi les plus faibles d’Europe : 0,175 Euro/kWh pour un ménage français contre 0,297 en Allemagne et 0,201 au Royaume-Uni (données Eurostat 2014). Oui, 58 tranches nucléaires tournent comme des horloges en France sans faire parler d’elles, en fournissant un kWh compétitif et sans émettre de gaz carbonique.

Alors pourquoi donc arrêter des tranches nucléaires avant l’heure, c’est-à-dire avant que l’Autorité de Sûreté ne l’ait demandé pour des raisons de sûreté ? Pourquoi s’imposer des coûts d’investissement prématurés (coût de remplacement et coût de démantèlement) qui représentent quelques milliards d’euros ? L’urgence climatique veut d’abord dire ne pas fermer les centrales nucléaires dont le niveau de sûreté est avéré suffisant, si âgées soient-elles.

La mise à l’arrêt de ces unités de production non carbonées ne serait acceptable que si elles étaient remplacées par d’autres unités non carbonées sans surcoût pour les consommateurs et les contribuables. Or le surcoût de remplacement est bien réel :

  • Coût d’investissement présent des autres technologies non carbonées (solaire et éolien),
  • Coût d’un démantèlement anticipé non encore totalement financé par les provisions accumulées.

 Prenons d’abord l’exemple de Fessenheim, dont les deux réacteurs fournissent une puissance totale électrique de 1 760 MW. Comment justifier l’arrêt de ces deux réacteurs jugés sûrs par notre Autorité de Sûreté, grâce notamment à environ 400 millions d’euros d’investissements réalisés lors de la révision décennale ? Pour les remplacer sans trop émettre de CO2, il faudrait installer 1 760 MW d’éoliennes, fournissant l’électricité 25 % du temps, associées à une centrale à gaz de même puissance prenant le relais 75 % du temps. L’investissement nécessaire serait de l’ordre de 3 milliards pour les éoliennes et 1,5 milliards pour la centrale à gaz. Le démantèlement des deux tranches représenterait un investissement de l’ordre de  0,5 milliard. Soit un investissement total d’environ 5 milliards qui aurait pu être reporté 10 ans plus tard, si l’on s’en tient à l’autorisation décennale accordée par l’Autorité de Sûreté. Et une pénalité carbone associée, la centrale à gaz émettant 4 millions de tonnes de CO2 par an. On essaiera sans doute d’éviter ces investissements car il sera possible de compenser par d’autres capacités disponibles sur le réseau ; par exemple, en important plus d’électricité d’Allemagne, dont il faut rappeler qu’elle émet sept fois plus de CO2 que l’électricité française aujourd’hui, et cela encore pour de nombreuses années (50 % de l’électricité allemande provient de charbon et lignite)… En revanche, il ne sera pas possible d’éviter le coût d’indemnisation des copropriétaires allemands et suisses de la centrale.

Et malheureusement une décision encore plus absurde, car à plus grande échelle, sera prise en appliquant la Loi de Transition Energétique votée cet été : en effet, en limitant arbitrairement à 50 % la part de l’énergie nucléaire en 2025, cette loi implique la fermeture anticipée de plusieurs tranches nucléaires de 900 MW, jusqu’à vingt dans le cas où la consommation totale d’électricité stagnerait en France, efficacité énergétique aidant. C’est au gaspillage de nos actifs industriels qu’on veut procéder, sans aucun gain sur les émissions de CO2 en contrepartie ! Sommes-nous donc si riches pour nous le permettre ?

Il est bon de rappeler ici l’avis publié en janvier dernier par l’Académie des Sciences sur la Loi de Transition Energétique : « Pour ce qui concerne l’énergie nucléaire, le passage à 50 % à l’échéance indiquée (2025) ne tient compte ni des objectifs affichés de la loi (réduction des émissions de CO2), ni des facteurs techniques et économiques liés à cette réduction. Cette réduction ne pourrait se faire que si des moyens de stockage de l’électricité à grande échelle devenaient disponibles, évitant le risque de déstabilisation du réseau et le recours à des centrales thermiques de compensation génératrices de CO2, pour suppléer les énergies renouvelables. Le rythme devrait alors être plus lent que celui qui est visé, pour que le processus ne dégrade pas notre position favorable en ce qui concerne les émissions de CO2 et ne déstabilise pas une filière dans laquelle la France dispose d’un haut niveau de compétence, d’atouts industriels et de capacités d’exportation considérables. »

Nos scientifiques n’ont pas été entendus. Que pesaient-ils face aux marchandages entre formations politiques ?

Copyright photo : EDF – Chantier de rebobinage de l’alternateur, salle des machines tranche 2 de la centrale nucléaire de Belleville sur Loire, lors de la visite décennale de juin 2009.

Publié par Didier Beutier, SFEN – section technique 8

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