PPE3 : la fin des ambiguïtés sur le rôle du nucléaire
La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) redéfinit en profondeur la trajectoire énergétique française. Hausse de la demande électrique, électrification massive des usages, relance du nucléaire et montée en puissance des renouvelables : le document acte un changement de paradigme et place clairement le nucléaire au cœur de l’équilibre du système électrique.
Après trois ans d’attente, la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a enfin été promulguée. Un document structurant, alors que la PPE2, préparée en 2017 et publiée en 2020, ne correspond plus ni aux réalités économiques ni aux enjeux géopolitiques actuels. En particulier, la précédente programmation prévoyait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires, dont les deux unités de Fessenheim. Cet objectif, désormais abandonné, laisse place à une vision radicalement différente, dans laquelle le nucléaire est assumé comme « la colonne vertébrale du système électrique français », selon les mots du Premier ministre Sébastien Lecornu lors d’une table ronde le 12 février.
Selon les documents gouvernementaux, la PPE3 vise une hausse marquée de la production d’énergie décarbonée, notamment électrique, comprise entre 650 et 693 TWh à l’horizon 2035, contre environ 544 TWh en 2025. En parallèle, la consommation d’énergies fossiles devrait être fortement réduite, passant d’environ 900 TWh aujourd’hui à près de 330 TWh en 2035. Cette trajectoire repose explicitement sur « une électrification massive des usages, condition de réussite de la transition », tandis que Sébastien Lecornu évoque pour sa part un besoin « d’électrification tous azimuts ».
Quels choix pour le nucléaire ?
Le changement de cap sur le nucléaire est majeur et se traduit concrètement dans les objectifs inscrits dans la PPE3, en grande partie dans la continuité du discours de Belfort du président de la République, Emmanuel Macron. La programmation acte ainsi :
- la prolongation de la durée de vie des réacteurs existants jusqu’à 50, voire 60 ans, sous réserve des exigences de sûreté ;
- la construction de six réacteurs EPR2 ;
- l’objectif d’être en mesure de décider, dès 2026, du lancement de la construction de huit réacteurs supplémentaires ;
- la construction d’un premier petit réacteur modulaire (SMR) au début de la décennie 2030 ;
- le renouvellement de l’aval du cycle du combustible, à travers le programme Aval du Futur porté par Orano.
Un objectif de production nucléaire compris entre 380 et 420 TWh dès 2030 est également affiché, en cohérence avec la cible de 400 TWh avancée par EDF. Cette ambition suppose une optimisation du parc existant de 57 réacteurs, tant en disponibilité qu’en performance industrielle.

De forts enjeux autour de la modulation
La PPE3 n’élude pas un sujet clé : celui de la modulation du parc nucléaire. Dans un système marqué par la montée en puissance des énergies renouvelables variables, en particulier du solaire, les réacteurs sont de plus en plus amenés à réduire leur production en période de surabondance. Si la production renouvelable doit être mieux pilotée, le gouvernement souligne que « la trajectoire d’électrification anticipée par la PPE, ainsi que l’optimisation des soutiens aux énergies renouvelables, doivent limiter les situations de modulation pour contraintes économiques que peut rencontrer EDF ».
La programmation reconnaît ainsi implicitement que la flexibilité du système électrique ne peut reposer uniquement sur le nucléaire. Elle doit être partagée avec l’ensemble des leviers disponibles : hydraulique, stockage, pilotage de la demande et électrification des usages.
Les autres filières électriques mises à contribution
La PPE3 prévoit également une montée en puissance des autres filières électriques. Les capacités hydroélectriques devraient augmenter de 2,8 GW pour atteindre 28,7 GW en 2035, avec un accent particulier sur les stations de transfert d’énergie par pompage. L’éolien en mer vise un objectif de 15 GW installés à cet horizon, traduisant une volonté de structuration industrielle de la filière.
Les objectifs pour le solaire photovoltaïque et l’éolien terrestre sont légèrement réajustés. Le premier devrait atteindre 48 GW en 2030, puis entre 55 et 80 GW en 2035. L’objectif de l’éolien terrestre est fixé à 31 GW en 2030, puis entre 35 et 40 GW en 2035, en privilégiant le renouvellement et l’augmentation de puissance des parcs existants.
Un plan structurant en faveur de l’électrification
Enfin, pour soutenir la dynamique d’électrification, le gouvernement annonce le lancement, au printemps 2026, d’un grand plan dédié. Celui-ci devrait inclure le développement des pompes à chaleur, des aides à l’achat de véhicules électriques, la prolongation du leasing social, ainsi que des soutiens à l’hydrogène décarboné et à l’électrification des procédés industriels. ■