27.06.2018

PPE et scénarios : comment s’y retrouver ?

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Transition énergétique,
PPE
Par Michel Berthélemy, membre de la section technique Economie et stratégie énergétique de la SFEN

Le débat public sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) s’appuie en premier lieu sur les scénarios du Bilan Prévisionnel de RTE. En parallèle, plusieurs scénarios apportent leurs contributions au débat, avec des messages parfois contrastés sur Le rôle du nucléaire dans la transition. Comment s’y retrouver ?

Les scénarios RTE ont mis en évidence que le maintien de l’objectif des 50 % pour la part du nucléaire à 2025 conduirait à un recours significatif à des moyens thermiques, à la fois via le maintien des centrales charbons et la construction de centrales à gaz. Une des conséquences serait un doublement des émissions de gaz à effet de serre (GES) du mix électrique. Dans la continuité de ces travaux, la SFEN – en partant du scénario de référence « EUCO30 » de la commission européenne – a mis l’accent sur les conséquences des objectifs climatiques européens à 2050 sur le mix énergétique français. Ces travaux mettent en avant la nécessité d’un socle nucléaire en 2050 en France et l’intérêt économique d’un lissage de l’objectif de réduction de la part du nucléaire de 2030 à 2045.

Combien ça coûte ?

Les scénarios de l’EUC et de l’IDDRI analysent différents scénarios de réduction des émissions des GES du système électrique européen à l’horizon 2030. Ils tablent sur une dynamique de réduction des coûts des énergies renouvelables (solaire, éolien) encore plus rapide que les hypothèses retenues par la commission européenne. A titre illustratif, l’éolien en mer atteindrait en 2030 49 €/MWh en France selon l’EUC, contre près de 100 €/MWh dans les scénarios « EUCO30 ». Pour point de repère, les 6 projets récemment renégociés par l’Etat français sont attendus dans la prochaine décennie à un coût proche des 142 €/MWh[1].

Comment gérer l’intermittence ?

En parallèle, ces deux scénarios prévoient un développement accéléré des leviers de flexibilité (notamment Vehicle-to-Grid, développement des interconnexions et pilotage de la demande) permettant de limiter fortement les coûts de système liés à la gestion de la variabilité de la production renouvelables. Ces hypothèses restent très volontaristes et les incertitudes nombreuses : par exemple un déploiement rapide du véhicule électrique peut poser des contraintes d’adaptation pour le réseau Enedis qui restent peu étudiées.

Concrètement, aujourd'hui, la flexibilité vient des installations existantes. Les scénarios de la commission européenne – avec un maintien plus important du nucléaire – offre une source de flexibilité supplémentaire, bas carbone et disponible aujourd’hui, grâce au suivi de charge.

Quels horizons temporels regarder ?

Les scénarios de l’IDRRI et de l’EUC se projettent à court terme et couvrent la période 2015-2030. Ce choix s’avère structurant. Si toutes les études s’accordent sur une consommation relativement stable à cet horizon, au-delà de 2030, les scénarios « EUCO30 » prévoient un développement de l’électricité pour atteindre le facteur 4 et l’objectif de neutralité carbone à 2050. Pour ces scénarios européens, l’électricité bas carbone est appelée à se développer dans les autres secteurs du mix énergétique (transport, chaleur). Dans ce contexte, un rebond de la production électrique post-2030 qui atteindrait en France près de 700 TWh en 2050.

En intégrant cette vision de long terme, la commission européenne et la SFEN montrent qu’il est nécessaire de maintenir un socle nucléaire pour compléter les renouvelables sur la période 2030-2050, en France mais aussi dans 12 autres pays européens. Le décalage de l’objectif de réduction de la part du nucléaire et l’arrivée de nouveaux réacteurs EPR à partir de 2030 jouent alors un rôle majeur, à la fois pour permettre une décarbonation à moindre coût de l’ensemble du mix énergétique et construire une coexistence durable entre nucléaire et renouvelables.

Trois dimensions structurent le contexte PPE avec de nombreuses incertitudes : le coût des technologies, le déploiement de nouveaux leviers de flexibilité, et le choix de l’horizon temporel. Le nucléaire – pilotable et flexible – contribue fortement à la robustesse des scénarios... pour autant que cette hypothèse soit envisagée.

Crédit : SHUTTERSTOCK