Quelle politique nucléaire pour le nouveau président ? - Sfen

Quelle politique nucléaire pour le nouveau président ?

Publié le 9 mai 2017 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Si Emmanuel Macron a fait sienne la loi sur la transition énergétique dont l’un des objets porte sur la réduction de la part du nucléaire dans la production à 50 %, contre 75 % actuellement, il a conditionné son atteinte.

Le 9 février, lors d’une rencontre à l’ONG WWF, le candidat Emmanuel Macron avait affirmé vouloir maintenir le cap pris par le gouvernement sortant : fermeture de la centrale de Fessenheim et plafonnement du nucléaire à 50 %. Estimant qu’« il n’était pas bon d’avoir 75 % de notre énergie électrique qui dépend du nucléaire », il précisait qu’il y avait « deux grosses incertitudes » sur la possibilité de maintenir le cap de 2025 : l’avis de l’ASN sur la prolongation du palier de 900 MW qui doit être rendu fin 2018 et la mise en service effective ou non de l’EPR de Flamanville 3, prévue pour fin 2018.

Le 21 mars, Arnaud Leroy, député et représentant pour l’énergie d’Emmanuel Macron, concédait que « le nucléaire à 50 % est un objectif très ambitieux » [1]. Ajoutant, « aujourd’hui, nous n’avons pas toutes les données nécessaires pour décider. Il manque le coût de la prolongation du parc et pour cela, il faut attendre l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire ». Arnaud Leroy précisait par ailleurs que « le coût du stockage est un élément crucial : s’il ne baisse pas, qu’on le veuille ou non, cela laisse peu de place à l’alternative ».

Ainsi, si les conclusions de l’ASN permettaient de définir une stratégie différenciée selon les réacteurs, le président pourrait avoir la possibilité de fermer au cas par cas certaines unités et, selon, décider d’en construire de nouvelles.


2004


Vers des « Contracts for Difference » pour rémunérer les prochaines unités ?

Rapporté par Les Echos et Reuters [2] [3] le 3 mai, une source non officielle et non citée de l’entourage du nouveau président a estimé que dans le cadre du renouvellement du parc – le nucléaire restant le socle du système électrique – l’équipe d’Emmanuel Macron « pense assez fortement à quelque chose qui s’inspire de ce qu’ont fait les Britanniques » en mettant en place un tarif garanti de rachat de l’électricité qui sera produite par la nouvelle centrale d’Hinkley Point d’EDF. Ce tarif est garanti par un mécanisme de « Contract for Difference » (CFD) prévoyant qu’EDF recevra un paiement complémentaire lorsque le prix de marché lui sera inférieur et qu’il devra rembourser un trop-perçu lorsque le prix du marché le dépassera.

Comme les autres énergies bas carbone à forte intensité en capital, y compris les renouvelables, la rentabilité de l’investissement initial d’une centrale nucléaire est soumise à la volatilité des prix de vente de l’électricité sur la durée de vie de l’unité. Ces nouvelles unités doivent donc être rémunérées de manière plus prévisible pour éviter que ces décisions d’investissements de long terme ne soient retardées par des incertitudes de marché à court-terme, voire que la volatilité ne constitue un risque finalement trop grand pour le futur producteur. Le système des CFD réduit ce risque pour l’investisseur en lui garantissant un prix de vente (sous la forme d’une prime à verser entre le prix de marché de gros et le prix garanti) sur la durée nécessaire à une rentabilisation raisonnable de son investissement initial. Il peut ainsi se concentrer sur les risques qu’il est le mieux à même de maîtriser (construction, exploitation, sûreté…). Le consommateur bénéficie en retour de prix stables et maîtrisés.

La source proche de l’équipe de campagne du nouveau président a souligné que « le ‘contract for difference’ a déjà été accepté par la Commission européenne, et donc juridiquement a priori c’est un dispositif qui ne pose pas de souci ».

Quant à l’objectif de réduction de la part du nucléaire, cette même source a précisé que « la réduction à 50% est un objectif ferme. Ce qui pourrait bouger en fonction des moyens qu’on a mis en place, c’est la date », précisant « on ne fait pas de 2025 une date fatidique ».


Enerpresse, 21 mars 2017

Les Echos, « Macron pourrait reporter l’objectif de réduction du nucléaire », 3 mai 2017

Reuters, “France under Macron could delay nuclear cutbacks”, 3 mai 2017


Par la rédaction.

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