Pink Corridor : un projet de liaison transatlantique pour les porte-conteneurs nucléaires - Sfen

Pink Corridor : un projet de liaison transatlantique pour les porte-conteneurs nucléaires

Illustration : porte-conteneurs ONE HONOLULU

Après les Green Corridors fondés sur les carburants alternatifs, le secteur maritime explore une nouvelle voie de décarbonation. Le 3 septembre 2026, Lloyd’s Register, Maersk et les ports de Felixstowe et Charleston ont lancé le projet Pink Corridor afin d’étudier les conditions d’exploitation d’une future liaison commerciale transatlantique assurée par des porte-conteneurs à propulsion nucléaire. L’enjeu est de préparer l’environnement réglementaire, portuaire et opérationnel nécessaire au développement du nucléaire maritime civil.

Confronté à des objectifs croissants de réduction des émissions, le transport maritime, qui représente près de 3 % des émissions mondiales de CO2, explore aujourd’hui plusieurs voies de décarbonation pour réduire son empreinte environnementale. En 2021, la COP 26 de Glasgow  a marqué un tournant dans le transport maritime avec l’émergence des Green Corridors, ces routes décarbonées, conçues pour accélérer le recours à des carburants bas carbone (méthanol, ammoniac, hydrogène…). Désormais, une autre voie de décarbonation émerge : celle de la propulsion nucléaire maritime. Mais derrière la promesse de décarbonation, le défi réglementaire est de taille.

Un projet pilote pour préparer le transport maritime nucléaire

C’est dans ce contexte qu’est née l’initiative Pink Corridor*, qui rassemble l’organisme de classification britannique Lloyd’s Register, l’armateur danois Maersk, le port de Felixstowe au Royaume-Uni et le port de Charleston aux États-Unis. Le projet entend définir les conditions qui permettraient, à terme, l’exploitation de porte-conteneurs nucléaire entre les deux rives de l’Atlantique.

Le couloir maritime transatlantique à l’étude relierait Charleston, l’un des principaux ports à conteneurs de la côte Est américaine et 8e port des États-Unis, à Felixstowe, premier port à conteneurs du Royaume-Uni, où transitent plus de 4 millions d’EVP** par an.

Les partenaires souhaitent analyser les exigences liées à l’accès portuaire, à la sûreté nucléaire, à la sécurité des installations, à la cybersécurité, à la gestion des situations d’urgence ou encore aux régimes assurantiels. La question de l’articulation entre réglementations maritimes et nucléaires figure également parmi les principaux axes de travail.

Pour Nick Gross, directeur du segment porte-conteneurs de Lloyd’s Register, cette étude constitue «une étape importante dans l’application des technologies nucléaires au transport maritime marchand». Elle doit permettre d’identifier «les exigences de sécurité et de sûreté auxquelles il faudra répondre pour permettre une exploitation sûre».

Du réacteur au port : les défis du nucléaire maritime civil

La propulsion nucléaire navale bénéficie d’un solide retour d’expérience, acquise au fil des décennies à bord de sous-marins, de porte-avions et de brise-glaces.

L’enjeu est d’en étendre l’usage au transport commercial, où ses atouts potentiels, notamment sa très grande autonomie, sa capacité à fournir une énergie abondante et l’absence d’émissions directes de CO₂ en exploitation, se heurtent moins à des obstacles techniques qu’à des questions de réglementation, d’assurance, de sûreté et d’acceptation portuaire.

Le choix de cette liaison transatlantique particulière n’est pas anodin. Cette dernière relie deux grands ports commerciaux situés aux États-Unis et au Royaume-Uni, deux pays qui disposent déjà d’une solide expérience du nucléaire, civil comme militaire. Mais, à la différence d’une base navale hautement sécurisée, un grand terminal à conteneurs accueille chaque année des millions de marchandises et de nombreux intervenants civils. Pink Corridor cherche donc à définir les conditions permettant l’intégration de futurs navires nucléaires dans les chaînes logistiques internationales.

Neumar prépare les navires, Pink Corridor les ports

Cette réflexion trouve un écho en Europe avec Neumar (Nuclear European Maritime Propulsion Initiative). Tandis que Pink Corridor se concentre sur les conditions d’exploitation de futurs navires nucléaires (ports, réglementation, sûreté, sécurité et assurance), Neumar vise à structurer une filière européenne du nucléaire maritime civil en réunissant acteurs du nucléaire, du maritime et de la recherche autour des technologies et des architectures navales nécessaires à leur développement.

Longtemps cantonné aux marines militaires et à quelques projets expérimentaux, le nucléaire maritime civil entre dans une nouvelle phase. Avec Neumar et Pink Corridor, les réflexions portent désormais autant sur les navires que sur l’écosystème industriel, réglementaire et portuaire nécessaire à leur éventuel déploiement. ■

Par Hélène Perrin, journaliste RGN

Image: Porte-conteneurs ONE HONOLULU @M. Bugno/Shutterstock

* Le rose est couramment utilisé dans les débats énergétiques anglophones pour désigner les solutions reposant sur l’énergie nucléaire

** EVP (Équivalent vingt pieds) : unité de mesure utilisée pour quantifier le trafic de conteneurs dans les ports