11.04.2014

Le nucléaire, pilier d’une stratégie bas-carbone

Climat,
Nuclear4Climate,
Transition énergétique,
Changement climatique
Par Francis Sorin (SFEN)

Nous répondrons au défi climatique « en nous dotant d’une véritable stratégie bas-carbone » a déclaré Manuel Valls lors de son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale le 8 avril dernier

Le Premier ministre a ajouté, dans cette même intervention, que «  l’engagement du président de la République de passer à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2025 sera tenu ».  La mise en œuvre conjuguée de ces deux orientations, présentées comme des axes majeurs de la transition énergétique, est porteuse à nos yeux d’une évidente contradiction et appelle deux remarques.   

France : une faible empreinte carbone

Il est certes pertinent de développer les efforts pour diminuer encore nos rejets de CO2, et ainsi donner corps à cette « stratégie bas – carbone » prônée par le Premier ministre. Mais il est important de rappeler aussi que cette stratégie est depuis longtemps largement amorcée en France, grâce au programme nucléaire, et qu’elle débouche sur des résultats convaincants : notre pays est en effet, parmi tous les grands pays industrialisés, un de ceux (avec la Suède) dont l’empreinte –carbone est la plus faible.  Ainsi, par exemple, les émissions annuelles de CO2 par habitant sont de l’ordre de 5,5 tonnes en France, contre 9,3 tonnes en Allemagne, 7,5 tonnes en moyenne européenne et 10,4 tonnes pour l’ensemble des pays développés.

La France est donc dores et déjà un pays en pointe dans la lutte pour la préservation du climat. Et l’on peut dire que si tous les pays industrialisés affichaient un bilan carbone aussi modéré que le sien l’aggravation de l’effet de serre serait en voie d’être contenue. Ce n’est malheureusement pas la tendance qui prévaut au plan mondial où un laxisme largement partagé entraîne une augmentation constante des émissions de CO2 qui dépassent aujourd’hui les 36 milliards de tonnes annuelles contre 20 milliards au début des années 1990. Que dans ces conditions la France continue de s’imposer des efforts pour « rogner » encore et toujours sur des émissions de CO2 déjà fortement réduites, voilà qui n’aurait guère de sens si cette démarche n’était pas plus largement partagée. Au regard d’une atmosphère sans frontière il ne sert à rien d’être vertueux tout seul !

C’est pourquoi l’enjeu primordial pour la France n’est pas tant de continuer de  s’appliquer à elle-même cette stratégie bas-carbone aux résultats positifs que de convaincre « les autres » -  partenaires européens et mondiaux -  de s’engager plus résolument dans cette voie. C’est  bien là le sens qu’elle devra donner à son rôle d’organisateur et d’animateur de COP21, la grande conférence mondiale de l’ONU sur le climat  qui se tiendra à Paris en décembre 2015.  

Electricité nucléaire sans CO2

Puisque  la stratégie bas-carbone doit être un axe de la politique énergétique du gouvernement, l’objectif réaffirmé par Manuel Valls de réduire la part du nucléaire dans le mix électrique français apparaît contradictoire avec cette orientation. Car ce qui fait de la France un des pays développés les moins polluants en CO2 est son système électrique, fondé pour les trois-quarts sur le nucléaire. Rappelons que la caractéristique écologique majeure de cette énergie est de ne pas rejeter de CO2 dans son processus de production.

Ainsi, par comparaison avec une centrale de 1 000 mégawatts au charbon ou au gaz une centrale nucléaire de même puissance évite annuellement le rejet à l’atmosphère d’environ 6,5 et 3,5 millions de tonnes de CO2. Avec 58 réacteurs nucléaires fonctionnant à ce jour fournissant 75% de l’électricité en France les émissions de CO2 évitées se chiffrent chaque année à plusieurs centaines de millions de tonnes. C’est cette immense « économie » qui fait de la France un des pays industrialisés les plus performants dans la voie bas-carbone. Dès lors, il est évident que faire passer de 75% à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique national– comme s’y sont engagés François Hollande et maintenant Manuel Valls -  ne va pas dans le sens d’une diminution mais d’une augmentation des rejets de CO2 par notre système de production d’électricité. Et il est illusoire de prétendre que le développement programmé des énergies renouvelables éolienne et solaire, appelées à se substituer aux capacités nucléaires supprimées, perpétuera l’absence de rejets carbonés. Ces énergies ne fonctionnent en moyenne que de 20 à 25% du temps et nécessitent pour suppléer cette intermittence le recours à des unités à combustibles fossiles fortement émetteurs de CO2. L’exemple de l’Allemagne est à cet égard  significatif : malgré un fort développement  du solaire et de l’éolien, appelé à compenser la baisse de la production nucléaire dont on a décidé l’abandon à terme, les émissions de CO2 ont augmenté de 2,9% entre 2011 et 2013 suite à un recours accru aux combustibles fossiles.

Il est donc loin d’être acquis que dans un pays doté d’un parc nucléaire conséquent le développement des renouvelables en remplacement d’une partie de ce parc entraîne nécessairement une baisse des rejets de CO2. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’un système de production fondé pour l’essentiel sur le nucléaire constitue la meilleure garantie d’une électricité sans CO2 et de la réussite de la  stratégie bas-carbone que chacun appelle de ses vœux.