Le nucléaire, moteur des territoires à énergie positive - Sfen

Le nucléaire, moteur des territoires à énergie positive

Publié le 29 juin 2014 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Le projet de loi sur la transition énergétique s’intéresse aux territoires à énergie positive et souhaite les développer. Un objectif est même fixé, celui d’engager 200 projets de ce type d’ici 2017.

Ces territoires à énergie positive s’inscrivent dans un mouvement plus large de décentralisation de la production d’énergie. Un mouvement se dessine donc sans qu’à ce stade personne (même Jérémy Rifkin) ne puisse affirmer si celui-ci relève de la tendance structurelle ou de l’effet de mode. D’autant que ce phénomène s’inscrit dans un contexte énergétique global caractérisé par son instabilité : retour du charbon, crise ukrainienne, gaz de schiste, etc. Bref, comme dirait Pierre Dac, « la prévision est difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir ».

En dépit de ces incertitudes, deux questions se posent : la production d’énergie à l’échelle du territoire annonce-t-elle la fin du modèle centralisé ? Quelle serait la place de l’énergie nucléaire dans ce nouveau paysage ?

 

La production d’énergie locale ne doit pas se résumer à la production d’électricité

La décentralisation de la production d’énergie est un concept qui reste à définir. Les spécialistes de la question sont unanimes à ce sujet. Ils le sont tout autant pour dire que l’électricité n’est pas l’alpha et l’omega de l’énergie. D’autant plus en France où, grâce à l’énergie nucléaire, les ménages bénéficient d’une électricité sans émission de CO2, d’un réseau de qualité, et d’une sécurité d’approvisionnement de leur électricité.

Par ailleurs, l’électricité représente une infime partie du système énergétique, alors que la plus grosse part est occupée par les énergies carbonées (pétrole, gaz etc.) qui représentent 70% de la consommation énergétique du pays. Ces énergies, en plus d’être fortement émettrices de CO2 (le pétrole représente 60% des émissions de CO2), sont toutes importées. Cette dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers contraint la France à dépenser chaque année près de 70 milliards d’euros, soit l’équivalent du déficit de la balance commerciale.

Autrement dit, si la production d’énergie locale se développe en France, elle devra permettre une diminution de la part des énergies fossiles et préserver les atouts du système électrique actuel.

 

Les interactions entre le modèle centralisé et décentralisé

L’émergence d’un modèle décentralisé sonnerait-il le glas du modèle centralisé ? La vision est romantique mais la question ne se pose pas en ces termes. Ces deux modèles ne doivent pas s’opposer mais plutôt interagir. Le modèle centralisé a des atouts dont le plus important est de permettre les économies d’échelle.

Depuis sa mise en place en 1946 (création d’EDF par Marcel Paul), ce système a permis à la France de garantir à tous l’accès à une qualité d’électricité similaire et d’assurer une solidarité nationale entre tous les territoires. Grâce à la péréquation tarifaire, le prix pour leur électricité est le même pour tous les Français alors que les coûts de production et d’acheminement peuvent être différents.

A contrario, à l’étranger, dans les îles où l’électricité est produite localement, les coûts liés aux réseaux et à la production d’électricité augmentent le prix de la facture d’électricité, et des progrès peuvent être faits sur la qualité du réseau. Le développement des territoires à énergie positive ne doit pas entraîner le délitement de la politique énergétique centralisée. L’objectif au niveau national ou territorial n’est pas l’autarcie énergétique mais la sécurisation de l’approvisionnement. Ces solutions locales deviendront réalisables uniquement grâce au concours des grands réseaux structurants comme le nucléaire.

 

Le nucléaire, une énergie implantée dans les territoires

Pour produire son énergie localement, il faut également se poser la question de la bonne maille, c’est-à-dire de déterminer l’échelon territorial à partir duquel une production d’énergie devient pertinente. Commune, région, pays, Europe, etc, suivant l’énergie et ses caractéristiques, la maille évoluera. Pour Sylvain Vitet (EDF) qui travaille sur ces sujets, la bonne maille pour l’électricité est celle d’aujourd’hui, à savoir l’Europe.

Développer une vision énergétique au niveau des territoires est essentiel, il faut également garder les efficacités et les solidarités nationales. Forte de ses 19 centrales nucléaire et 2 500 entreprises, la production nucléaire est ancrée dans les territoires. En plus d’assurer une solidarité entre les territoires, le réseau est efficace puisqu’il garantit l’équilibre entre offre et demande. 

Pour résumer, si la production d’énergie dans les territoires se développe, celle-ci doit se concentrer essentiellement dans la chaleur et les carburants de synthèse où les potentiels sont plus importants que dans l’électricité. 

 

Copyright photo – COLIN MATTHIEU

Publié par Boris Le Ngoc (SFEN)

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