06.02.2017

« Le New AREVA doit être encore plus compétitif » Philippe Knoche

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AREVA,
Filière nucléaire
Par la rédaction

Vendredi 3 février, les actionnaires d’AREVA ont approuvé les modalités de l’augmentation de capital. Les industriels japonais (MHI et JNFL) ont confirmé leur entrée dans le nouvel AREVA. Alors que les principaux jalons de la restructuration du géant français se mettent en place : point d’étape avec Philippe Knoche, Directeur Général d’AREVA.

La restructuration d’AREVA, c’est désormais du passé ?

Philippe Knoche - Pas tout à fait, même si tout au long de l’année 2016 et début 2017 nous avons franchi les principaux jalons. Et les derniers furent les plus importants : accord avec EDF sur le prix pour la cession d’AREVA NP ; offres de partenaires stratégiques pour entrer au capital de New AREVA ; et enfin autorisation de la Commission européenne pour les augmentations de capital d’AREVA (2 milliards pour AREVA SA, 2,5 pour New AREVA). Le conseil d’administration d’AREVA a convoqué une Assemblée générale qui a eu lieu le 3 février et qui a donné son accord pour ces augmentations de capital. 

Nous escomptons des augmentations de capital dans les mois à venir et la cession effective d’AREVA NP fin 2017.

Afin qu’elles soient effectives, les deux conditions préalables fixées par la Commission doivent être levées : d’une part l’accord de la Commission pour  le rachat d’AREVA NP, puisqu’il s’agit d’une opération de concentration. Sur ce sujet, c’est EDF qui est en lien directement avec les autorités bruxelloises ; d’autre part, la conclusion positive par l’Autorité de sûreté nucléaire des essais concernant la cuve du réacteur EPR de Flamanville 3. Avec EDF, nous avons remis un dossier à l’ASN montrant que les résultats des essais sont conformes à l’attendu. Néanmoins, c’est à l’ASN que revient la décision finale. Nous escomptons donc des augmentations de capital qui pourraient avoir lieu dans les mois à venir et la cession effective d’AREVA NP comme initialement prévu fin 2017.

Des concurrents vont entrer au capital du New AREVA. N’est-ce pas risqué ?

PK - Ce sont surtout de grands groupes nucléaires et des partenaires. Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL) et de Mitsubishi Heavy Industries (MHI) viennent en effet de confirmer officiellement leur entrée au capital de New AREVA, à hauteur de 5 % chacun et pour un montant total de 500 millions d’euros. Ce sont des groupes avec qui AREVA entretient une relation depuis de nombreuses années, notamment dans le domaine du recyclage.

Concernant CNNC, les négociations n’ont pas abouti à ce stade mais la porte n’est pas fermée et une entrée au capital ultérieurement peut être envisagée. Nous avons également des relations industrielles et commerciales fortes avec la Chine, dans le domaine de la fourniture d’uranium. Les discussions techniques concernant la fourniture d’une usine de recyclage sont désormais achevées et laissent la place à la partie commerciale.

L’entrée au capital de grands groupes japonais, les discussions avec des grands groupes chinois montrent tout l’intérêt qu’ils portent au New AREVA.

L’entrée au capital de grands groupes japonais, les discussions avec des grands groupes chinois montrent tout l’intérêt qu’ils portent au New AREVA. Cela montre que ce nouveau groupe, recentré sur le cycle du combustible, a un réel potentiel. Tout le travail de négociation est effectivement d’intégrer dans le capital de New AREVA de nouveaux partenaires tout en protégeant les intérêts du groupe. Tout ceci se fait sous l’égide de l’Etat bien entendu.

Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce type de partenariats n’est pas une nouveauté pour nous. C’est le cas par exemple dans les mines, avec des partenaires canadiens, kazakhs, ou japonais qui peuvent également être des concurrents sans que cela pose problème en termes de protection de nos intérêts. Il faut simplement que les règles du jeu soient bien établies.

En recapitalisant AREVA, l’Etat fait-il une bonne affaire ? AREVA a-t-il les moyens de rebondir ?

PK - Il n’y a pas une augmentation de capital mais deux.

D’une part, une augmentation de capital d’AREVA SA à hauteur de 2 milliards d’euros afin de fournir les moyens à AREVA SA d’assurer la maitrise et le pilotage du contrat OL3 et sa bonne terminaison. 

Le nouveau AREVA doit être encore plus compétitif, encore plus efficace et encore plus orienté clients.

Et d’autre part, une augmentation de capital pour New AREVA, 2,5 milliards de la part de l’Etat, 500 millions de la part des partenaires japonais. New AREVA va être recentré sur le cycle du combustible avec des atouts très forts :

  • Un marché porteur puisqu’à la fois les capacités nucléaires vont continuer de croitre, de 50 % d’ici 2040 mais qu’en même temps il faudra trouver des solutions pour les combustibles usés, les déchets, et le démantèlement. Le New AREVA est bien placé pour répondre à ces enjeux puisque dans le top 3 mondial dans les mines, la chimie l’enrichissement mais également le recyclage mais aussi des compétences reconnues dans le démantèlement.
  • Une visibilité forte avec un carnet de commandes de plus 8 ans du chiffre d’affaire, équilibré entre nos grandes activités et entre l’Europe, l’Amérique et l’Asie.
  • Des mines et des usines modernes, comme par exemple dans la conversion et l’enrichissement mais également des technologies reconnues dans le recyclage avec La Hague et Melox, dans les transports et dans le démantèlement.
  • Une capacité à innover qui est et qui doit rester notre marque de fabrique. C’est vrai dans les mines par exemple avec des innovations permettant de traiter les gisements les plus compliqués. C’est également le cas par exemple dans les transports avec de nouveau types d’emballages, dans le démantèlement avec l’utilisation de robots ou encore dans l’utilisation potentielle de radioéléments pour trouver des traitements contre le cancer.

Donc oui, le New AREVA a les atouts pour rebondir, se développer tout en ayant conscience que nous sommes désormais dans un monde très concurrentiel avec des prix de marché qui ont fortement baissé. Cela implique pour notre groupe de s’appuyer sur ses forces mais d’être également encore plus compétitif, encore plus efficace et encore plus orienté clients. 

Crédit photo : AREVA