[Le nucléaire en chiffres] La Chine confirme ses performances avec un réacteur nucléaire construit en 62 mois - Sfen

[Le nucléaire en chiffres] La Chine confirme ses performances avec un réacteur nucléaire construit en 62 mois

Publié le 1 avril 2026
Avec sa série « Le nucléaire en chiffres », la Revue Générale Nucléaire décrypte les grandes tendances du secteur à partir des données clés. Construire dans les temps est l’un des plus grands défis de la relance du nucléaire dans le monde. Forte de trois décennies d’expérience, la Chine sert d’exemple dans ce domaine, bâtissant ses centrales à un rythme inégalé. Une performance que la France entend désormais approcher, voire égaler. 

Avec un réacteur de technologie chinoise HPR1000 achevé en seulement 62 mois, la Chine confirme son rôle de leader dans la construction nucléaire. L’unité 1 de la centrale nucléaire de San’ao « a été raccordée avec succès au réseau » ce 13 mars dernier, se félicite le gouvernement chinois relayé dans son organe de presse China Daily 

La Chine creuse l’écart 

La construction des centrales nucléaires constitue l’un des défis majeurs pour la compétitivité de la filière. Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en 2025 pour la sortie du rapport « En route vers une nouvelle ère pour l’énergie nucléaire », prévenait : « Les pouvoirs publics et le secteur privé doivent encore surmonter des obstacles de taille pour entrer dans une nouvelle ère de l’énergie nucléaire, à commencer par la réalisation des nouveaux projets dans les délais et dans les limites du budget. »  

Un pays prouve toutefois que la construction rapide de l’atome est possible grâce à l’expérience accumulée : la Chine. Depuis 30 ans, notamment portée par sa technologie à eau pressurisée d’environ 1100 MWe Hualong One (HPR-1000), elle construit ses centrales nucléaires en six ans en moyenne. « Ces performances sont inégalées dans le monde », souligne la Sfen dans La relance du nucléaire dans le monde, édition 2025. L’Empire du milieu se distingue nettement de la Biélorussie, qui occupe la deuxième place de la course à la construction avec des réacteurs russes VVER-1200 construits en moyenne en huit ans. Ou encore des Émirats arabes unis, classés troisièmes, qui affichent des délais d’environ 8,2 ans pour les projets reposant sur la technologie coréenne APR-1400. 

 

Et maintenant, au tour de la France 

La France doit elle aussi relever ce défi. En effet, la dernière Programmation pluriannuelle de l’énergie acte la construction de six réacteurs nucléaires EPR2, et le gouvernement envisage déjà le déploiement de huit unités supplémentaires. « La mise en service du premier réacteur à Penly est fixée à 2038, avec un cadencement de 12 à 18 mois pour la mise en service des réacteurs suivants », affirme Bernard Fontana dans un post LinkedIn. 

Certes, le dernier réacteur construit en France, Flamanville 3, a été connecté au réseau avec 12 ans de retard. La Cour des Compte dans un rapport sur la filière EPR  publié en 2020 justifie en partie ce retard par le fait « qu’il s’agit d’un réacteur tête de série (FOAK – First Of A Kind) »De plus, l’EPR a souffert de « perte de compétences techniques et de culture qualité de la filière » liée à l’interruption prolongée de la construction nucléaire pendant une quinzaine d’années. 

Cependant, ce retour d’expérience a permis d’identifier ses défaillances et de mettre en place des améliorations concrètes. Aujourd’hui, EDF bénéficie de cette première expérience et peut s’appuyer sur l’effet de série pour accélérer et fiabiliser la construction des nouveaux EPR2. « Sans évolution technologique majeure, nous avons réussi à abaisser le délai cible de construction d’une tranche générique à 70 mois, contre 96 mois il y a trois ans », souligne Thierry Le Mouroux, directeur exécutif en charge de la direction projets et construction à la sortie du Conseil d’administration d’EDF de décembre 2025. Plus encore, entre le premier et le dernier EPR2 construit, le lead time pourrait être réduit de 32 mois, estime EDF. 

Mobiliser l’expérience internationale

Pour réussir ce pari, EDF s’est notamment appuyée sur l’expérience chinoise : « Nous avons créé une vraie proximité avec des partenaires chinois, notamment en mettant en immersion certaines de nos équipes sur des chantiers », indiquent ses dirigeants lors du même Conseil d’administration.  

L’autre grand partenaire pour améliorer les délais est le Royaume-Uni, avec les chantiers d’Hinkley Point C et de Sizewell C. Dans ce cadre, il s’agit de capitaliser sur les 500 travailleurs français actifs sur HPC. « Plusieurs collaborateurs anglais ont aussi commencé à rejoindre EDF pour les projets d’EPR2. Il s’agit principalement de personnes ayant travaillé sur les phases précoces des chantiers, comme le génie civil ou l’organisation du site », précise Xavier Gruz, directeur exécutif chez EDF en charge de la maîtrise d’ouvrage du nouveau nucléaire après la validation du devis des six EPR2 par le Conseil d’administration en décembre 2025. ■

Par Floriane JACQ 

Image : @Sfen