Le Japon, prêt à construire un nouveau réacteur de puissance - Sfen

Le Japon, prêt à construire un nouveau réacteur de puissance

Publié le 28 juillet 2025

L’exploitant de la centrale nucléaire de Mihama au Japon, Kansai Denryoku (Kepco) lance une étude de site avec l’objectif de construire un nouveau réacteur nucléaire. C’est la première fois que le sujet est abordé aussi concrètement sur l’archipel, depuis l’accident de Fukushima en 2011.

Le gouvernement japonais a toujours mis l’accent sur le redémarrage des réacteurs du parc nucléaire alors que la construction de nouvelles unités restait jusqu’alors hypothétique. Pourtant, le pouvoir nippon mise sur production électrique diversifiée en 2040 avec 40 à 50 % d’énergies renouvelables (contre 23 % en 2023), 20 % de nucléaire (contre 8,5 %) et 30 à 40 % de centrales thermiques (contre 65 %).

Dans un communiqué publié le 22 juillet, Kansai Denryoku (Kepco) matérialise cette volonté de faire remonter la part de l’atome dans le mix en lançant une étude de terrain pour un nouveau réacteur à la centrale nucléaire de Mihama, dans la préfecture de Fukui (Kansai).

Renouveler le parc nucléaire : un premier projet à Mihama

Selon la réglementation en vigueur qui limite la durée de fonctionnement des réacteurs à 60 ans, Mihama-3 pourrait être exploité jusqu’à la seconde moitié des années 2040. Si rien n’est fait, l’arrêt de Mihama-3 sonnera alors la fermeture de la centrale, où trois des quatre unités sont déjà en démantèlement. Mihama représente ainsi le premier projet de construction qui se dessine depuis l’accident de Fukushima avec un site identifié et même une technologie de réacteur. Kansai Denryoku n’exploite que des réacteurs à eau pressurisée (de licence Westinghouse) et, selon des propos rapportés par Reuters, l’exploitant se tournerait naturellement vers le nouveau concept de réacteur de MHI, le SRZ-1200, dévoilé en 2022.

L’étude qui va être lancée vise déjà à déterminer la compatibilité du terrain avec une nouvelle construction au regard de la réglementation actuelle, qui a beaucoup évoluée depuis l’accident de Fukushima Daiichi. À cela vont s’ajouter « l’état d’avancement des nouveaux réacteurs à eau pressurisée, la politique de réglementation et les conditions d’investissement », a précisé Kansai Denryoku. Ainsi, « les résultats de cette (première, ndr) étude, ne vont pas déterminer à eux seuls la décision de construction d’une nouvelle unité ». L’entreprise rappelle également que tous les acteurs locaux « seront informés en détail des actions qui vont être menées ».

Le périmètre de l’étude : les tout premiers pas

Reste que nous sommes aujourd’hui très en amont d’une construction. Il s’agit avant tout pour Kansai Denryoku de juger des conditions techniques, réglementaires et économiques. De plus, la technologie mentionnée, SRZ-1200, reste un concept récent toujours en phase de basic design. À voir si ce premier projet va permettre d’enclencher de nouvelles annonces, car le Japon aura en effet besoin de construire en série pour garder un nucléaire compétitif.

À l’échelle du pays, le non-renouvellement du parc nucléaire se traduirait également par l’arrêt total à terme de la contribution de l’atome à la transition énergétique et à la sécurité d’approvisionnement. En 2023, les énergies fossiles représentaient 85 % du mix énergétique et 65 % du mix électrique, le nucléaire respectivement 8,5 % et 6 %. Kansai Denryoku rappelle d’ailleurs dans son communiqué que le nucléaire est un élément essentiel pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050 à l’échelle de l’entreprise (Zero carbon vision 2050) et du pays.  ■

Par Gaïc Le Gros, journaliste indépendant

Image : Centrale nucléaire de Mihama au Japon, © Mkaz328/Shutterstock