07.09.2021

L’Illinois à la rescousse de ses centrales nucléaires

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Etats-Unis,
sécurité d'approvisionnement
Gaïc Le Gros (Sfen) - Crédit photo ©NRC

Le 1er septembre 2021, le Sénat de l’Etat de l’Illinois a adopté un projet de loi afin d’éviter la fermeture, pour des raisons économiques, de ses centrales nucléaires qui subissent la concurrence des centrales à gaz. Le Sénat a validé le projet de loi à 39 voix pour, 16 contre.

Aux Etats-Unis, où le marché de l’électricité est dérégulé et dépourvu de taxe carbone, les centrales à gaz profitent d’un avantage économique sur les centrales nucléaires. Cette pression économique a déjà été à l’origine de la fermeture de moyens de production à la fois pilotables, disponibles et bas carbone au profit des énergies fossiles. C’est donc une mauvaise nouvelle pour le climat et pour le réseau électrique alors que le pays a récemment connu d’importantes coupures d’électricité et que le président américain, Joe Biden, vise le retour du pays au cœur de la lutte contre le changement climatique.

Une année compliquée pour le réseau électrique 

Depuis le début de l’année 2021, plusieurs Etats ont connu des problèmes d’approvisionnement en électricité, en particulier : au Texas, lors d’un pic de froid en février et dans l’Etat de New York[1], en juin, lors d’un pic de chaleur.

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Source : United States Environmental Protection Agency

En février 2021, le Texas (dont le mix électrique est constitué à 45 % de gaz, 26,1 % d’ENR, 19,2 % de charbon, 9, 2% de nucléaire et 0,5 % d’hydraulique) a connu d’importantes coupures d’électricité alors que la température atteignait -18°C. Au-delà de la paralysie des moyens de production d’électricité, c’est le manque d’investissement dans le réseau ainsi que sa structure qui ont été mis en cause par les experts[2]. En effet, le réseau électrique américain se découpe en trois zones quasi-indépendantes : l’est, l’ouest et le réseau texan (ERCOT). Le réseau est donc quasiment « fermé » et le Texas ne peut pas compter sur ses voisins pour combler ses faiblesses.

En juin 2021, lors d’un pic de chaleur, le réseau électrique peine à subvenir à la demande de la ville de New-York et des délestages de milliers de consommateurs sont réalisés aux heures les plus chaudes[3].  En cause, un réseau électrique à la capacité de transport sous-dimensionnée en proie à un stress supplémentaire depuis la fermeture en avril 2021, pour des raisons économiques et politiques, de la centrale nucléaire d’Indian Point (2 x 1 000 MW), située au sud de l’Etat. En 2016, des associations environnementales avaient réussi à faire exclure la centrale du dispositif de « crédits zéro émission » (ZEC)[4], une aide permettant aux énergies bas carbone d’être compétitives face aux énergies fossiles.

L’Illinois sauve ses centrales nucléaires

Le 1er septembre, le Sénat a voté un projet de loi à 39 voix pour, 16 contre. La décision revient maintenant au Parlement. « Le Bureau se réjouit de travailler avec les membres de la Chambre pour finaliser un paquet énergétique qui donne la priorité aux consommateurs et au climat », a notamment déclaré le gouverneur, J.B. Pritzker (démocrate)[5]. L’objectif est de soutenir les énergies bas carbone, renouvelables et nucléaire, et d’éviter la fermeture de nouveaux réacteurs alors que l’exploitant Exelon a annoncé la fermeture de deux des six centrales de l’Etat, d’ici la fin de l’année, pour des raisons économiques[6] si rien n'était fait. Et ce, malgré l’aval de l’Autorité de sûreté américaine (NRC) pour exploiter les deux centrales nucléaires pendant encore 10 ans (Byron) et 20 ans (Dresden).

[Mise à jour] Le 14 septembre 2021, Exelon a annoncé continuer l'exploitation et préparer le rechargement en combustible des centrales nucléaires de Byron (2x1100 MW) et Dresden (2x850 MW) suite au vote du Parlement. L'adoption du projet de loi, le Climate and Equitable Jobs Act, permet de déployer un dispositif de soutien aux énergies bas carbone, notamment les centrales nucléaires de Byron et Dresden, sauvées in extremis de la fermeture, mais également celle de Braidwood (2x1100 MW). 

Un débat porté au Congrès

Des représentants du Congrès, issus de l’Illinois, notamment Adam Kinzinger, ont porté le sujet au niveau national et ont saisi le Président américain[7] pour qu’il autorise des mesures d’urgence permettant la prolongation d’exploitation de Dresden et de Byron, en attendant la mise œuvre d’une politique de soutien au parc actuel, au niveau fédéral ou non. Le Congrès discute actuellement un projet de loi – le Preserving Existing Nuclear Energy Generation Act - destiné à subventionner l’électricité des centrales non rentables (pour les raisons évoquées précédemment) du parc nucléaire américain. Ce projet de loi fait partie de l'infrastructure bill

Adam Kinzinger, soulignant la place du nucléaire comme levier de la neutralité carbone : « cet objectif devient exponentiellement plus difficile à atteindre au fur et à mesure que les réacteurs nucléaires sont mis hors service[8] », rappelle son importance dans la résilience du système électrique que ce soit lors des événements météorologiques extrêmes ou durant la pandémie.

Références 

[1] https://www.sfen.org/rgn/fermeture-indian-point-etat-new-york-prevenir-d...

[2] Newsletter du service nucléaire de l’ambassade de France à Washington, août 2021.

[3] https://www.sfen.org/rgn/fermeture-indian-point-etat-new-york-prevenir-d...

[4] https://www.woodmac.com/news/opinion/US-nuclears-problems-add-to-the-cha...?

[5] https://www.reuters.com/article/usa-nuclearpower-illinois/update-1-illin...

[6] https://www.exeloncorp.com/newsroom/exelon-generation-to-retire-illinois...

[7] Adam Kinzinger, lettre du 23 août 2021,  https://kinzinger.house.gov/uploadedfiles/08232021_letter_to_president_biden_re_employing_emergency_powers_for_byron_dresden.pdf

[8] This goal become exponentially tougher to obtain as more nuclear reactors are taken offline.