02.08.2016

Hinkley Point : « CGN croit en la technologie EPR et au leadership d’EDF »

Hinkley Point  « CGN croit en la technologie EPR et en le leadership d’EDF » - SFEN
Royaume-Uni,
Hinkley Point,
EPR,
Filière industrielle,
Chine
Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Une semaine après que le Conseil d’Administration d’EDF a validé le projet Hinkley Point, Vakis RAMANY, responsable des projets Nouveau Nucléaire chez EDF, donne son éclairage sur les jalons qui viennent d’être franchis. Sans préjuger de la décision finale du gouvernement (annoncée à l’automne), l’arrivée de CGN, l’émergence de nouvelles technologies, le retour d’expérience des différents chantiers et la consolidation de supply chain montrent la capacité de la filière nucléaire à relever ce nouveau défi.

Le projet Hinkley Point vient de franchir un nouveau jalon, quels sont les points à retenir ?

Vakis RAMANY  - Le Conseil d’Administration d’EDF a donné mandat au président directeur général d’EDF pour signer l’ensemble des contrats qui permettront de démarrer la construction des deux EPR sur le site d’Hinkley Point au Royaume-Uni.

Dans un projet comme celui-ci, où tous les aspects du cycle de vie du projet ont été finement étudiés, les contrats doivent sécuriser trois aspects : les revenus, les coûts et le financement.

Sur le plan des revenus, le contrat pour différence (« contract for difference » ou « CFD ») sécurise le prix de l’électricité sur 35 ans, une fois la centrale mise en service. 

En termes de coûts : la supply chain est en place, les fournisseurs identifiés et plus de 90 % des contrats déjà négociés ou en passe de l’être. Autrement dit, nous savons avec qui nous allons travailler, quand et comment.

Enfin, pour le financement des 18 milliards de livres sterling nécessaires à la construction de la centrale, EDF, leader du projet, apporte la part la plus importante des fonds. Notre partenaire historique, CGN (China General Nuclear Power Corporation) finance un tiers du projet.

CGN croit en la technologie EPR et au leadership d’EDF.

Au-delà de ces aspects, le schéma contractuel couvre également le régime de provision des coûts de démantèlement d’Hinkley Point C et la gestion des déchets radioactifs à la fin de la période d’exploitation. 

Le gouvernement britannique devrait annoncer sa décision finale à l’automne, êtes-vous confiant ?

VR – Nous avons bien pris note que le nouveau gouvernement britannique, en place depuis quelques semaines, va maintenant procéder à un examen du dossier et qu’il a annoncé se prononcer de façon définitive à l'automne. Nous réaffirmons toute notre confiance dans ce projet qui est une opportunité à la fois pour le projet énergétique britannique et pour la filière nucléaire française.

Le contrat pour différence est-il une subvention déguisée ?

VR – Pour réussir sa transition énergétique, le Royaume-Uni souhaite développer l’ensemble des énergies bas carbone, quelles qu’elles soient. Ainsi, l’éolien comme le nucléaire bénéficie du mécanisme de contrat pour différence. Toutefois, les paramètres du CFD sont adaptés suivant qu’il s’agit d’éolien ou de nucléaire. 

Pour le nucléaire, le prix du CFD intègre tous les coûts : depuis le développement du projet, en passant par la construction de la centrale puis son exploitation, jusqu’au démantèlement et à la gestion des déchets radioactifs. Par ailleurs, le prix est le résultat d’un long processus de négociation avec le gouvernement britannique et de plusieurs audits effectués par le ministère de l’énergie britannique et le National Audit Office, l’équivalent de la Cour des comptes en France. De son côté, la Commission européenne, qui a investigué rigoureusement pendant plusieurs mois sur ce sujet, a estimé en octobre 2014 que le prix garanti de l’électricité dans le cadre du CFD était compatible avec les règles du marché européen.  

Que change l’arrivée de l’entreprise chinoise CGN ?

VR - EDF travaille depuis plus de trente ans avec la Chine et plus particulièrement avec CGN. Ce partenariat s’est renforcé avec la construction de deux unités EPR à Taishan dans la province du Guangdong. Ce travail commun, bâti sur le respect et la confiance mutuels, nous voulons le poursuivre au Royaume-Uni.

CGN croit en la technologie EPR et au leadership d’EDF. En tant que co-financeur et partenaire industriel, notre partenaire chinois apportera son expérience dans la construction du réacteur EPR de troisième génération à Taishan et dans la gestion de projet.

La mise en service du premier réacteur est annoncée pour 2025. Comment s’assurer que ces délais seront tenus ?

VR – EDF et son partenaire CGN s’appuient sur le retour d’expérience des chantiers EPR en cours et l’essor de nouvelles techniques d’ingénierie pour créer un schéma industriel robuste. Très en amont, un ensemble de dispositifs innovants ont été mis en place.

Par exemple : des protocoles d’accord ont été signés avec les fournisseurs stratégiques pour engager en amont de la phase de construction des travaux sur le design du réacteur, ceci de façon à dé-risquer et favoriser l’intégration du planning

Le numérique permet d’anticiper et de réagir plus rapidement aux aléas.

Il est prévu que les parties prenantes clés et les équipes d’ingénierie du projet interagissent sur des plateformes communes, les command centers, ce qui facilitera grandement la gestion des interfaces. Cette meilleure intégration permettra aussi d’impliquer tous les acteurs, au-delà de leur champ d’intervention, pour la réalisation d’un objectif commun : la mise en en service du réacteur dans les coûts et les délais.

Depuis le début des premiers chantiers EPR, les techniques industrielles ont par ailleurs considérablement évolué. Aujourd’hui, le projet Hinkley Point C est intégralement modélisé. Au-delà de la 3D, nous sommes désormais capables d’ajouter la dimension temporelle d’un projet et de tracer les différentes séquences de construction, on parle de « 4D ».

Qu’apportent la 4D et le déploiement des nouveaux outils numériques à un projet comme celui d’Hinkley Point C ?

VR – Les outils numériques comme la 4D n’existaient pas dans notre industrie lorsque les premiers chantiers EPR ont été lancés. Leur utilisation pour le projet Hinkley Point C permettra d’anticiper et de réagir plus rapidement aux aléas, et donc de réduire significativement les risques sur le chantier. Le tout sera au service d’une plus grande visibilité et prédictibilité du projet. 

 

Crédit photo : EDF Energy