13.04.2021

Fukushima, le choix acté de diluer les eaux de la centrale

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Fukushima,
Tritium,
Japon,
Gestion de l'eau
Par Cécile Crampon (Sfen) - Crédit photo ©Shutterstock

Suite à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi survenu le 11 mars 2011, il y a 10 ans, une des priorités a été de récupérer l’ensemble des eaux contaminées du site, de les traiter et, dans l’attente d’une décision politique, de les entreposer. Une décision prise par le Premier ministre, Yoshihide Suga et annoncée dans les médias ce mardi 13 avril 2021 permet enfin de trouver une issue, le rejet en mer après dilution, qualifiée de sage par l’ensemble des experts sur ce sujet.

Cette décision, très attendue par l’exploitant Tepco, marque une étape essentielle dans la gestion de la centrale de Fukushima-Daiichi et de son futur démantèlement. La centrale a en effet entreposé, après traitement et décontamination poussée, près d’1,2 million m3 d’eau extraite des 4 réacteurs endommagés, dans plus de 1000 réservoirs dédiés. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) alertait, elle-même, sur le niveau de stockage de ces eaux qui serait rempli d’ici l’automne 2022, et la nécessité de prendre une décision sur leur devenir, tout en plaidant pour la dilution en mer. Au départ, cinq options avaient été étudiées pour gérer ces eaux : les diluer en mer, les évaporer dans l’air, les injecter dans le sol, les rejeter sous forme d’hydrogène ou solidifier ces eaux en vue d’un stockage. Les trois dernières options avaient été écartées en février 2020, le ministère japonais de l’Économie évoquant alors « de nombreux problèmes non résolus pour une application pratique en termes de réglementation, de technologie et de temps ». Quant au projet d’évaporation dans l’air, et bien que ce système ait été utilisé lors de l’accident de la centrale nucléaire de Three Mile Island en 1979, les effluents traités à Fukushima étaient bien supérieurs en quantité et l’acceptabilité par les riverains loin d’être garantie.

C’est donc la solution de la dilution en mer qui a été retenue il y a plusieurs mois, le 28 octobre 2020, lors d’une plénière de la chambre des représentants du gouvernement, après des recommandations en ce sens d’experts japonais commissionnés sur la question. Si le Premier ministre Yoshihide Suga avait alors rappelé la nécessité de prendre une décision « rapidement » concernant ces cuves d’eaux, aucun calendrier pourtant n’avait été annoncé. Il y a quelques jours, il s’était entretenu avec Hiroshi Kishi, le dirigeant de la fédération des coopératives de pêche du Japon ; puis devant la presse où le Premier ministre avait annoncé que dans le cadre de la revitalisation de Fukushima, « la gestion de l'eau contaminée est une question que l'on ne peut pas éviter ».

Si on peut comprendre l’inquiétude que pourrait susciter localement l’impact de ces rejets en mer et de l’image véhiculée à l’international, il faut rappeler que l’eau, à l’issue des premières opérations de décontamination, contient principalement du tritium (60 000 Bq/l en moyenne pour un total de 16 g) dont la période est de 12,3 ans, et certains radionucléides, à l’état de trace, de quelques dizaines à quelques centaines de Bq/l, selon les nucléides. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fixé à 10 000 Bq/l comme valeur guide pour le tritium dans les eaux de boisson (à considérer en cas de consommation permanente de l’eau, 730 l/an pour un adulte – source IRSN), car son impact sur la santé est très faible car il est sous forme d’eau et ne fait que transiter dans le corps et ne s’accumule pas. Or, l’exploitant de la centrale TEPCO s’est engagé à diluer davantage ces eaux afin d’amener la concentration du tritium sous la barre de 1 500 Bq/l avant rejet en mer, à distance, en profondeur et dans le temps, soit 6 fois moins que le seuil de l’OMS, alors même que la dilution supplémentaire dans les courants du Pacifique sera considérable et conduira à un impact quasi indécelable. 

Plus largement, le rejet en mer est une pratique utilisée par un certain nombre de pays tels que, pour le Pacifique, les Etats-Unis, la Chine, la Corée, ou le Japon pour d’autres installations, dans des quantités largement comparables et sans effet sur la santé, compte tenu des dilutions.

Cette décision montre encore une fois que le gouvernement japonais, après une longue réflexion et une comparaison de toutes les méthodes envisageables, prend à bras le corps la gestion du site de Fukushima dont la gestion des eaux du site. Une décision responsable et cohérente, confortée par les experts nationaux et internationaux qui devrait être en faveur de la sécurité du site, des travailleurs et des populations et plus globalement, de l’image du pays.