Fessenheim engage formellement son démantèlement total - Sfen

Fessenheim engage formellement son démantèlement total

Publié le 5 mai 2026

Le décret publié le 3 mai 2026 acte l’entrée officielle de Centrale nucléaire de Fessenheim dans sa phase de démantèlement complet. Pour EDF, ce chantier constitue le premier retour d’expérience grandeur nature sur la déconstruction intégrale d’un REP de 900 MW.

Six ans après l’arrêt définitif de ses deux réacteurs, la centrale nucléaire de Fessenheim entre officiellement dans sa phase de démantèlement complet. Le décret publié au Journal officiel le 3 mai 2026 autorise EDF à engager les opérations lourdes sur l’ensemble du site. Une étape industrielle majeure pour la filière nucléaire française, qui ouvre son premier chantier de démantèlement intégral d’un réacteur à eau pressurisée de grande puissance. Une décision qui referme aussi, au moins sur le plan technique et réglementaire, le débat récurrent sur un éventuel redémarrage.

Le passage officiel au régime de démantèlement

Le décret modifie le cadre juridique de l’installation nucléaire de base. Exploitée depuis 1977, Fessenheim change de statut : elle n’est plus une centrale arrêtée, mais une installation officiellement en démantèlement. Le texte autorise EDF à engager l’ensemble des opérations de déconstruction sur les deux réacteurs de 900 MWe. Il couvre l’ensemble du périmètre industriel : bâtiments réacteurs, piscines d’entreposage, circuits auxiliaires, installations de traitement des effluents et bâtiments conventionnels.

Le calendrier fixé est ambitieux : EDF vise une fin des opérations au 30 juin 2048. Cette séquence fera de Fessenheim le premier retour d’expérience complet de démantèlement d’un REP de grande puissance en France.

En réalité, le décret ne marque pas le début du chantier mais son changement d’échelle. Depuis l’arrêt du réacteur 1 le 22 février 2020, puis du réacteur 2 quatre mois plus tard, EDF a engagé les opérations dites de pré-démantèlement : évacuation complète du combustible, vidange des circuits, adaptation des systèmes, premières déposes d’équipements et préparation radiologique des installations.

L’ASNR valide, mais encadre

L’autorisation gouvernementale s’appuie sur un avis favorable rendu fin janvier par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection. L’autorité estime que le scénario proposé par EDF est globalement satisfaisant, tout en soulignant plusieurs points de vigilance techniques.

« Certains points spécifiques feront l’objet de prescriptions techniques de l’ASNR, notamment concernant les opérations de découpe des cuves des réacteurs, l’assainissement des structures et des sols et les rejets d’effluents prévus », écrit l’ASNR dans un communiqué. Elle ajoute que « Conformément au décret de démantèlement, l’état final du site devra être au minimum compatible avec un usage à des fins industrielles, et l’exploitant s’est engagé à viser un niveau d’assainissement permettant un état final compatible avec l’ensemble des usages ».

Pour EDF, une nouvelle phase industrielle

Sur LinkedIn, Cédric Lewandowski a salué l’ouverture d’« une nouvelle page » pour le site alsacien. Le message est double : assumer le démantèlement comme une activité industrielle stratégique, mais aussi préparer la reconversion nucléaire du site.

EDF pousse notamment son projet de Technocentre, une usine destinée au recyclage des métaux très faiblement radioactifs issus du démantèlement. Le projet représente un investissement estimé à 450 millions d’euros et pourrait générer environ 200 emplois. Il précise par ailleurs que « 99,9 % de la radioactivité a déjà été évacuée du site, permettant ainsi d’engager sereinement cette phase de déconstruction ».

Pourquoi Fessenheim ne redémarrera pas

Le sujet revient régulièrement dans le débat public : dans un contexte de relance nucléaire, pourquoi ne pas remettre Fessenheim en service ? Le site n’a plus d’autorisation d’exploiter depuis le décret d’abrogation de février 2020. Juridiquement, il faudrait repartir de zéro. Mais même sans cela l’installation a déjà profondément changé.

Le combustible a été retiré, les circuits primaires ont été décontaminés, des composants majeurs ont été démontés et certains transférés vers d’autres centrales comme pièces de rechange. De plus, Fessenheim n’a jamais reçu certains équipements devenus indispensables depuis Fukushima de 2011.

À cela s’ajoute un facteur humain majeur : la quasi-totalité des équipes d’exploitation a été redéployée. Or former une équipe de conduite complète sur REP nécessite plusieurs années. Enfin, le quatrième réexamen de sûreté, indispensable à toute poursuite d’exploitation, n’a jamais été conduit à son terme.

En pratique, redémarrer Fessenheim ne consisterait pas à « rallumer » une centrale. Il faudrait reconstruire un outil industriel, reconstituer des équipes, refaire l’ensemble du démonstrateur de sûreté et réinvestir massivement. ■

Par Ludovic Dupin, Sfen
Image : Salle des machines de la centrale nucléaire de Fessenheim le 25 novembre 2025 – ©Lucile Péllerin / REA