04.05.2021

Fermeture d’Indian Point, un bon contre-exemple ?

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Etats-Unis
Gaïc Le Gros (Sfen) - ©Crédit photo - Tony Fischer

La fermeture de la centrale nucléaire d’Indian Point, dans l’État de New York, fait couler beaucoup d’encre. En effet, à l’instar de Fessenheim, beaucoup sont ceux qui dénoncent une fermeture prématurée contraire aux objectifs de la lutte contre le réchauffement climatique. Néanmoins, alors que certains États mettent en place des dispositifs pour valoriser économiquement le caractère bas carbone du nucléaire et maintenir sa compétitivité face au gaz, Indian Point pourrait faire figure de bon contre-exemple en matière de politique climatique.

Début 2020, la centrale nucléaire d’Indian Point comptait deux réacteurs à eau pressurisée d’environ 1000 MW - les unités n°2 et n°3 - produisant une électricité bas carbone, disponible et pilotable depuis respectivement 1974 et 1976. Les deux unités disposaient alors d’une licence d’exploitation allant jusqu’en 2024 et 2025. Mais malgré l’aval de l’Autorité de sûreté nucléaire (NRC), le premier réacteur a définitivement été arrêté en avril 2020 et le second le 30 avril 2021. En cause, la pression de groupes environnementaux, la forte concurrence des centrales à gaz et l’exclusion de la centrale du dispositif de « crédits zéro émission » (ZEC) en 2016.

Une fermeture provoquée par un lobbying de « groupes environnementaux »

En 2007, l'exploitant, Entergy, s’engagea dans le processus de renouvellement de licence auprès de la NRC et visait une prolongation d'exploitation de vingt années supplémentaires à partir de 2013 et 2015[1]. Néanmoins, la centrale nucléaire faisait l’objet de débats, notamment du fait de sa proximité avec la ville de New York. « Cette centrale nucléaire est la plus proche de la zone la plus densément peuplée du globe. Si quelque chose tournait mal, cela pourrait impacter beaucoup de nos concitoyens »[2], déclarait notamment le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, suite à l’incendie d’un transformateur dans la partie non nucléaire du site en 2015.

En 2016, l’État reconnaissait le caractère bas carbone du nucléaire en faisant bénéficier trois centrales nucléaires, situées au nord, de crédits « zéro émission » (ZEC). Ces crédits permettent de préserver les moyens de production nucléaires malgré la concurrence des centrales à gaz, tirant vers le bas les prix du marché de gros de l’électricité. Seule la centrale nucléaire d’Indian Point, située au sud et la plus proche de la ville de New York (40 km), en était exclue « suite à une campagne efficace de groupes environnementaux », selon Wood Mackenzie, un grand cabinet de conseil britannique du secteur de l’énergie[3].

En 2017, l’exploitant Entergy, l’État de New York et le groupe environnemental Riverkeeper, signaient un accord fixant la fin de l’exploitation de la centrale nucléaire à 2021, et ce malgré la licence d’exploitation allant jusqu’en 2025. Entergy déclara dans un communiqué : « Les principaux facteurs pris en compte dans la décision de fermeture sont les faibles prix de gros de l’électricité, actuels et projetés, l’augmentation des coûts d’exploitation et le coût de renouvellement de licence »[4].

De nouvelles centrales à gaz pour assurer la production

L’arrêt d’Indian Point est d’ores et déjà compensé par le gaz et non par d’autres sources d’énergie bas carbone. Trois centrales à gaz ont récemment été mises en service pour palier à l’arrêt de la centrale nucléaire : Bayonne Energy Center II (120 MW, 2018), CPV Valley Energy Center (678 MW, 2018) et enfin, Cricket Valley Energy Center (1 020 MW)[5], qui est entrée en opération en avril 2020 lors de la fermeture du premier réacteur, Indian Point 2. La part des énergies bas carbone – nucléaire, hydraulique, solaire et éolienne – dans la production d’électricité de l’État a baissé de 59 % à 54,8 % entre 2019 et 2020, selon Wood Mackenzie[6]. Le New York Times, quant à lui, constate une augmentation de la part du gaz passant de 36 % à près de 40 % de la production électrique sur la même période[7]. En juillet, le gaz a même pu représenter jusqu’à 55 % du mix électrique lors de pics de chaleur.

Le nucléaire reconnu comme efficace contre le changement climatique

Au-delà du destin dommageable de la centrale d’Indian Point, il est toutefois important de noter que l’État de New York en 2016 a bien reconnu le caractère bas carbone du nucléaire et son importance dans la lutte contre le changement climatique à travers la mise en place de son dispositif de crédits zéro émission. Plusieurs États sont aujourd’hui en faveur de la prolongation de l’exploitation des centrales nucléaires afin de réduire leurs émissions de CO2 et de sécuriser leur approvisionnement en énergie. L’Ohio, l’Illinois, le New Jersey, le Connecticut ont mis en place dès 2017 des dispositifs similaires de soutien au nucléaire[8]. A noter, le 28 avril 2021 les trois réacteurs nucléaires du New Jersey, produisant 90 % de l’électricité bas carbone de la région, ont reçu une extension du dispositif de ZEC de trois ans.

Pour rappel, le président américain, Joe Biden, a annoncé des ambitions climatiques revue à la hausse lors du Leaders Summit on Climate : une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50 % en 2030 par rapport à 2005. Le pays aura besoin de toutes les énergies bas carbone et devra compter sur l’exploitation de son parc nucléaire actuel pour atteindre ses objectifs climatiques.

[1] https://www.nrc.gov/docs/ML1828/ML18283A096.pdf

[2] https://www.powermag.com/fire-in-main-transformer-forces-shutdown-of-indian-point-3-nuclear-plant/

[3] https://www.woodmac.com/news/opinion/US-nuclears-problems-add-to-the-challenge-of-carbon-free-power/?

[4] https://www.entergy-nuclear.com/nuclear-sites/indian-point-energy-center/

[5] https://www.eia.gov/todayinenergy/detail.php?id=47776

[6] https://www.woodmac.com/news/opinion/US-nuclears-problems-add-to-the-challenge-of-carbon-free-power/?

[7] https://www.nytimes.com/2021/04/12/nyregion/indian-point-power-plant-closing.html

[8] https://www.eia.gov/todayinenergy/detail.php?id=41534