28.07.2014

Exposition des travailleurs à la radioactivité : les 3 enseignements

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IRSN,
Radioactivité,
Santé,
Sûreté
Publié par Francis Sorin (SFEN)

Dans son rapport annuel sur les expositions professionnelles des travailleurs à la radioactivité en France, publié à la mi-juillet, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) avance le chiffre de 352 082 personnes ayant relevé durant l’année 2013 du régime spécial des professions pouvant entraîner une exposition aux rayonnements ionisants. Ce chiffre, en légère diminution par rapport à l’année précédente, couvre principalement le domaine médical et vétérinaire, les industries nucléaire et non nucléaire (1), la recherche, l’enseignement, le transport aérien.

Le bilan 2013 appelle selon nous trois observations majeures qui se situent dans la continuité des enseignements tirés des bilans précédents :

  • L’exposition moyenne globale des travailleurs à la radioactivité est  faible en France
  • Les dépassements des doses réglementaires sont rares et en constante diminution ces quinze dernières années
  • Ce n’est pas dans l’industrie nucléaire… mais dans un secteur qui n’a rien à voir avec le nucléaire, l’aviation civile, que l’on relève la moyenne d’exposition à la radioactivité la plus élevée
     

L’exposition moyenne globale des travailleurs à la radioactivité est faible en France

Sur l’ensemble de l’effectif suivi, la dose individuelle moyenne est de 0,19 millisievert (mSv), très en deçà de la limite réglementaire professionnelle fixée à 20 mSv/an et en deçà également de la limite de 1 mSv établie pour la population générale. Environ 96% de l’effectif contrôlé a reçu une dose inférieure à 1 mSv. Dans l’industrie nucléaire la dose individuelle moyenne pour l’effectif total est de 0,39 mSv et de 1,27 mSv pour les catégories les plus exposées. Les expositions sont légèrement supérieures dans les industries non nucléaires avec des chiffres se situant respectivement à 0,49 et 1,62mSv.
 

Les dépassements des doses réglementaires sont rares et en constante diminution ces quinze dernières années

En 2013 on a enregistré 9 cas de dépassement de la dose réglementaire professionnelle de 20 mSv. L’essentiel de ces dépassements concerne le secteur médical et un seul le secteur nucléaire. Pour mesurer les évolutions intervenues il faut rappeler qu’en 1996 les dépassements de dose au-delà de 20 mSv/an concernaient 905 travailleurs. Ces chiffres étaient ramenés à quelques dizaines de cas à partir des années 2003/2004 puis autour de 20 et de 10 cas les années suivantes. Cette évolution témoigne d’une bonne organisation de la radioprotection – même si des progrès doivent être en permanence recherchés - et notamment des efforts entrepris pour faire respecter systématiquement les consignes de sécurité. A l’intérieur des limites réglementaires on relève que 1894 travailleurs ont reçu des doses supérieures à 6 mSv mais inférieures à 15 mSv. Et l’on note 11 cas d’exposition à des doses entre 15 et 20 mSv se répartissant entre le secteur médical (6 cas), les industries non nucléaires (3 cas) et l’industrie nucléaire (2 cas). 
 

Ce n’est pas dans l’industrie nucléaire …mais dans un secteur qui n’a rien à voir avec le nucléaire, l’aviation civile, que l’on relève la moyenne d’exposition à la radioactivité la plus élevée

Ce constat n’a rien de paradoxal. Les personnels navigants sont en effet soumis au rayonnement cosmique, plus intense en haute altitude qu’au niveau du sol, et qui traverse aisément les carlingues des avions. Notons par exemple qu’un aller-retour Paris / New York délivre au voyageur une dose de radioactivité d’environ 0,06 mSv. C’est ainsi que pour les 18 979 personnels navigants de deux compagnies aériennes françaises contrôlés en 2013 par l’IRSN la dose individuelle moyenne est de 1,90 mSv, un niveau sensiblement supérieur à celui constaté dans l’industrie nucléaire (1,27). Il faut de même rappeler, pour parachever les comparaisons, que les industries non nucléaires affichent des moyennes d’exposition (1,62 mSv) qui sont elles aussi supérieures aux niveaux enregistrés dans l’industrie nucléaire. Celle-ci n’a donc pas, contrairement à une idée reçue, le monopole des situations de travail ou des usages de matières impliquant la présence de radioactivité. 
 

(1) Par exemple : radiologie industrielle, chimie sous rayonnement, conservation des aliments par ionisation, restauration préservation des objets d’art etc.
 

Copyright photo - MURAT GUILLAUME