Exploitation à long terme des réacteurs : programme chargé pour l’ASNR
En plus du développement des six EPR2 ou des programmes du cycle du combustible, la prolongation de la durée de vie des installations existantes est l’axe majeur de travail de l’ASNR pour 2026. Le gendarme du nucléaire devrait publier une position sur les limites possibles de la durée de vie au-delà de 60 ans en novembre.
L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection n’a pas le temps de souffler sa première bougie. A peine un an après la création de cette nouvelle entité, issue de la fusion de l’ASN et de l’IRSN, les dossiers s’accumulent sur fond de relance du nucléaire. Lors de ses vœux annuels, le mardi 27 février, entre programme EPR2, cycle du combustible ou encore corrosion sous contrainte, le président Pierre-Marie Abadie a notamment mis en avant la question de la prolongation de la durée de vie des réacteurs existants. La DDF, durée de fonctionnement, dans le jargon de l’ASNR, fera l’objet d’une publication en novembre 2026.
« Nous sommes actuellement dans une phase générique d’identification des verrous qui pourraient compromettre le prolongement du fonctionnement du parc nucléaire au-delà de 50 et 60 ans », soulignent les représentants de l’ASNR. La question de la durabilité de certains équipements critiques est sur la table. Le travail de l’ASNR porte ainsi principalement sur les composants non remplaçables : enceinte de confinement, cuve, certains composants du circuit primaire ou encore les bétons font l’objet d’une attention particulière.
Pièces remplaçables
Mais d’autres parties des réacteurs sont aussi étudiées. « Certains composants sont difficilement remplaçables, précise Jean-Luc Lachaume, commissaire à l’ASNR. Par exemple, s’il est facile de changer un câble défectueux dans une centrale, il est très compliqué de remplacer l’intégralité de ceux-ci. »
L’avis sur le vieillissement des installations que publiera l’ASNR au mois de novembre 2026 ne pourra être l’unique base d’une décision de prolongation ou non de la durée de vie des réacteurs. « Nous allons évaluer les no go, mais il ne faudra pas considérer ce rapport comme un accord avec EDF ou un go », souligne Pierre-Marie Abadie, président de l’ASNR. L’autorité se penche uniquement sur l’identification des points bloquants et les contre-mesures possibles.
Une étape après l’autre
Des solutions peuvent être mises en place dans certains cas. « Lorsque EDF réalise des contrôles sur les cuves des réacteurs, les outils ne permettent pas de détecter les plus petites failles. Dans ce cas précis, l’ASNR considère, par mesure de précaution, que ces failles existent bien. Il est donc possible pour l’exploitant de développer des outils de contrôle plus performants pour lever ces doutes », précisent les experts.
L’ASNR rappelle aussi que les expériences de prolongation de durée de vie des installations à l’international, et notamment aux États-Unis ne sont pas réplicables sur le parc nucléaire français. « L’environnement énergétique des deux pays est très différent, ce qui ne permet pas de présager des résultats uniquement sur leurs données », souligne Pierre-Marie Abadie. Idem sur les expériences de mise sous cocon des centrales. Si l’ASNR balaie les questions sur ce sujet, elle rappelle que « les stop and go sont néfastes pour la sûreté, notamment concernant les compétences de redémarrage et d’opérations des réacteurs ».
La modulation sous la loupe
Concernant la modulation du parc nucléaire, sujet très important pour la filière, Pierre-Marie Abadie est clair : « Il faut que le sujet soit objectivé de façon que les débats s’appuient sur des éléments techniques robustes. » Pour autant, l’ASNR ne laisse pas de côté cette question. « S’il y a des impacts, ils se trouvent sur le circuit secondaire, et non pas sur le circuit primaire ou le cœur du réacteur. Ils ont été conçus pour ces variations de production avec des moyens de pilotage de la capacité intégrés », poursuit le gendarme du nucléaire. Les parties potentiellement touchées par la modulation ne sont donc pas critiques et facilement remplaçables.
L’ASNR note par ailleurs que la hausse récente de la fréquence de modulation a bien d’ores et déjà des effets sur le parc. « Ces nouvelles conditions de production peuvent perturber, ou du moins modifier, les activités des opérateurs de commandes. C’est donc un sujet de vigilance du point de vue organisationnel et pour le facteur humain. »
« La sûreté doit être proportionnelle aux enjeux, assure Pierre-Marie Abadie. Il faut une bonne priorisation, pour que nous soyons, avec les exploitants et la chaîne de valeur, sur les bons sujets aux bons moments. » Dans cette logique, la prolongation de la durée de vie des réacteurs est un enjeu essentiel. Les réacteurs actuels ayant été construits avec un calendrier resserré, leur mise à l’arrêt pourrait aussi se dérouler sur une courte période et entraîner un mur d’investissements. « Il ne faut pas nous retrouver dans une situation où il faudra arbitrer entre sécurité d’approvisionnement et sûreté », met en avant le président de l’ASNR. ■