08.12.2020

Emmanuel Macron : « Le nucléaire restera la pierre angulaire de notre autonomie »

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Gaïc Le Gros (Sfen) - Crédit photo ©TechnicAtome - Les équipes de TechnicAtome à l'œuvre sur le porte-avions Charles de Gaulle

Le mardi 8 décembre 2020, le président de la République Emmanuel Macron s’est rendu sur le site Framatome au Creusot avec la ferme intention de souligner le caractère fondamental de la filière nucléaire pour l’indépendance de la France, tant sur les plans énergétique et climatique que sur les questions de souveraineté nationale. Il s’est exprimé sur le plan de relance mais aussi sur la construction d’EPR, sur le projet Nuward (le SMR Français), et a également confirmé que le successeur du porte-avions Charles de Gaulle sera lui aussi équipé d’une propulsion nucléaire.

« La politique nucléaire est à la rencontre de deux besoins d’indépendance français : indépendance de la Défense, indépendance de notre approvisionnement en énergie. En 1985, si nous n’avions pas de développement d’électricité nucléaire en France, les Français achèteraient à l’extérieur 85 % de l’énergie qu’ils consomment », s’exprimait Valéry Giscard d’Estaing en juillet 1977, lors d’une visite sur le site du Tricastin[1]. C’est un discours qui trouve aujourd’hui un écho particulier alors que le successeur de Georges Pompidou[2] nous a quitté le 2 décembre 2020. Ce fut au tour d’Emmanuel Macron de se rendre le 8 décembre sur un autre site industriel stratégique, au Creusot, où le groupe français Framatome fabrique les cuves des réacteurs civils et des réacteurs utilisés pour la propulsion navale militaire, et où il a affirmé le caractère essentiel de la filière nucléaire pour la souveraineté nationale.

Climat : l’anniversaire des accords de Paris

Ce discours intitulé « le nucléaire, filière d’excellence » intervient pendant la semaine du 5ème anniversaire de l’accord de Paris sur le climat. Le chef de l’Etat a ainsi rappelé l’importance du nucléaire pour lutter contre le changement climatique tout en protégeant les savoir-faire et les emplois : « on a besoin de bâtir l’avenir du pays », a-t-il déclaré, « cet avenir passe par la réconciliation nos ambitions écologiques et industriels ». Et par ailleurs, « notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire ». Quelques jours plus tôt, lors d’une interview réalisée par le média Brut[3], le président avait également soutenu avec conviction l’énergie nucléaire pour son caractère bas carbone, disponible et pilotable.

Emploi et savoir-faire dans le nucléaire : une filière d’avenir

« Rares sont les secteurs qui offrent autant de perspectives, en particulier à notre jeunesse », a souligné Emmanuel Macron en ajoutant que la filière était « ancrée partout sur le territoire » et qu’avec un excèdent commercial de 7 milliards d’euros, le nucléaire était aussi l’un des rares secteurs à l’avant-garde parmi les fleurons mondiaux, avec « cette capacité d’export de nos savoir-faire et de nos productions ». Néanmoins, au-delà des mots, les actions de l’État pour la formation (création d’une université des métiers du nucléaire), pour la relance économique (France Relance) et plusieurs futurs grands projets de la filière ont été mentionnés : EPR, Nuward, production d’hydrogène et la construction d’un nouveau porte-avions à propulsion nucléaire.

Offrir des perspectives

Le président de la République s’est exprimé sur la nécessité d’avoir une vision à long terme afin de préserver les compétences qui sont aujourd’hui nécessaires à la souveraineté de la France. Il rappelé que les 470 millions d’euros du plan de relance dédié à la filière nucléaire permettront de consolider et moderniser les acteurs de la filière. Le plan soutiendra également Nuward, le projet français de petits réacteurs modulaires (SMR).

« Le nucléaire restera la pierre angulaire de notre autonomie stratégique […]. Le Charles de Gaulle, vous le savez, arrivera à la fin de sa vie en 2038. C’est pourquoi j’ai décidé que le futur porte-avions sera, comme le Charles de gaulle, à propulsion nucléaire.  Votre usine du Creusot qui produit depuis longtemps des pièces essentielles à notre marine, produira, parmi d’autres, plusieurs pièces majeures de la chaufferie nucléaire du futur porte-avions », a annoncé le chef de l’État.

La propulsion nucléaire contribuera à la sauvegarde des compétences de la filière

Loïc Rocard, président directeur général de TechnicAtome, a souligné l’impact d’un tel projet : « la décision d’une propulsion nucléaire pour le futur porte-avions c’est une nouvelle page à écrire dans l’histoire cinquantenaire de TechnicAtome, et la belle aventure de la propulsion nucléaire hexagonale qui se poursuit.  C’est une décision qui contribuera à pérenniser les compétences rares de notre société dans une perspective longue de plusieurs décennies qui nous rassemblera avec Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique, le CEA et la direction générale de l’Armement ».

Quels sont les avantages de la propulsion nucléaire ?

L’avantage principal c’est l’autonomie. Que ce soit pour les porte-avions ou les sous-marins la propulsion nucléaire permet de se projeter loin tout en limitant les ravitaillements aux seuls vivres, munitions et carburéacteur aviation. Pour les sous-marins, cela signifie également une plus grande furtivité. Les moteurs diesels ont régulièrement besoin de bouffées d’air afin d’entretenir les combustions et ils sont donc plus vulnérables. La forte densité énergétique de l’uranium permettra au porte-avions de disposer de toute une décennie d’énergie !

Propulsion et énergie nucléaire, quel lien de parenté ?

L’amiral Rickover (1900-1986) a conduit deux projets en parallèle : celui du premier sous-marin nucléaire et de l’Histoire, le Nautilus, et celui du premier réacteur électrogène à eau pressurisée (REP). Cette genèse commune rappelle que la technologie REP est techniquement adaptée à la propulsion nucléaire. Néanmoins l’application pour une plateforme maritime nécessite de maitriser des caractéristiques liées à la spécificité de l’environnement :  l’adaptation aux mouvements du navire, performances dynamiques plus élevées compte tenu des besoins de manœuvre ou encore l’optimisation de la compacité et de l’efficacité des écrans de radioprotection ».

Peut-on faire des petits réacteurs modulaires (SMR) à partir d’une technologie de propulsion nucléaire ?

Oui, mais un tel design n’est pas favorable à l’export. En effet, en Russie, la barge Akademik Lomonosov[4], mise en service fin 2019, embarque deux petits réacteurs KLT-40s de 35 MW, dérivés de la propulsion nucléaire. Cependant, la connexion des technologies civile et militaire réduit très fortement les opportunités d’exportation et c’est pourquoi les projets de SMR, y compris en France avec Nuward, ne dérivent pas des technologies de propulsion.

Qui sont les acteurs majeurs du projet ?

La maîtrise d’ouvrage des programmes de propulsion nucléaire est confiée au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) pour les chaufferies. Au sein du CEA, la Direction des applications militaires pilote ce programme et s’appuie sur TechnicAtome et Naval Group pour la maîtrise d’œuvre chaufferie. TechnicAtome est en charge de la conception et de la réalisation des chaufferies nucléaires de propulsion, de leurs systèmes de soutien (outillages, formation) et de leurs combustibles (cœurs nucléaires). Naval Group pilote la fabrication des capacités principales (cuve, générateur de vapeur) et de leur montage. Les chaufferies seront assemblées en atelier avant d’être intégrées dans le porte-avions sur le site de chantier de l’Atlantique à Saint-Nazaire.

 

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©Marine Nationale

 

[1] https://www.liberation.fr/terre/2020/12/03/vge-pere-du-tout-nucleaire-fr...

[2] Valéry Giscard d’Estaing est président de la République de 1974 à 1981.

[3] https://www.youtube.com/watch?v=IvkewyupR_8

[4] https://www.sfen.org/rgn/mise-service-premiere-centrale-nucleaire-flotta...