09.07.2020

Le démantèlement de Fessenheim en quatre étapes

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Fessenheim,
Démantèlement,
Nucléaire en Europe
Gaïc Le Gros (SFEN) © EDF- Didier Marc/PWP

Après sa construction, les deux grandes étapes d’une installation nucléaire de base (INB) sont les phases d’exploitation et de démantèlement[1]. La première est encadrée par un Décret d’autorisation de création (DAC) et la seconde est autorisée par un décret de démantèlement. Depuis l’arrêt définitif de sa production d’électricité, le 30 juin 2020, la centrale nucléaire de Fessenheim (INB 75) est entrée en phase de préparation de son démantèlement.

L’INB 75 comprend des bâtiments nucléaires[2] dont ceux abritant les deux réacteurs nucléaires de 900 MW mis en service en 1977 et 1978, et divers bâtiments conventionnels[3]. La durée prévisionnelle de son démantèlement est de 15 ans à partir de l’entrée en vigueur du décret de démantèlement.

Celui-ci sera publié dès la remise du dossier de démantèlement et entrera en vigueur un an après sa parution. Le démantèlement devrait débuter en 2025.

La préparation au démantèlement (PréDEM)

D’ici l’obtention et la mise en application du décret, les opérations de préparation au démantèlement vont être réalisées. Elles visent à « réduire les risques et inconvénients présents sur l’installation » avec notamment l’évacuation des assemblages de combustibles vers le centre de retraitement de la Hague dès cette année afin qu’il n’y ait plus de combustible sur le site à l’été 2023. C’est aussi l’évacuation des déchets, des effluents et la vidange des circuits. A ce stade 99,9 % de la radioactivité sera évacuée. Pendant ces opération EDF affinera également la connaissance de l’installation : inventaires des matières dangereuses, repérage amiante, études radiologiques, etc.

 

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©EDF – Plan de démantèlement, août 2019
 

Les 4 étapes du démantèlement

De l’entrée en vigueur du décret de démantèlement au dépôt du dossier de déclassement marquant la fin des opérations, il y aura quatre étapes.

Le démantèlement électromécanique consiste à démonter ou découper et conditionner en déchets les équipements mécaniques des bâtiments nucléaires notamment le bâtiment réacteur (BR) et le bâtiment combustible (BK). Cela comprend notamment l’évacuation des générateurs de vapeurs, le démantèlement des boucles du circuit primaire principal, des internes de la cuve et de la cuve pour le bâtiment réacteur mais aussi des deux piscines des bâtiments combustibles.

Les travaux d’assainissement des structures des bâtiments nucléaires consistent à retirer la radioactivité susceptible d’être présente à l’intérieur des bâtiments. A l’issue de ces travaux « un dossier de déclassement sera transmis à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour approbation. Après adoption par l’ASN les éléments restants seront considérés comme des déchets conventionnels.

La démolition des bâtiments conventionnels peut commencer dès lors qu’ils ne sont plus utiles au démantèlement, pour les bâtiments nucléaires la démolition sera réalisée après leur déclassement.

La réhabilitation consiste à s’assurer de la compatibilité des sols et du futur usage industriel du site, c’est la dernière étape du démantèlement.

Stratégie de démantèlement immédiat

Depuis 2001, EDF a abandonné la stratégie de « démantèlement différé » qui consiste à maintenir la centrale ou le réacteur dans un état sûr pendant plusieurs dizaines d’années afin de permettre la décroissance naturelle de la radioactivité. Le démantèlement immédiat permet de ne pas laisser le démantèlement aux générations futures et de s’appuyer sur l’expérience des équipes d’exploitation. Ce changement de stratégie a été rendu possible grâce à la maturité des technologies de télé-opération et au développement de filiales industrielles de gestion des déchets.

Peu de déchets radioactifs

On estime que le démantèlement de la centrale de Fessenheim générera environ 380 000 tonnes de déchets dont 94 % de déchets conventionnels et aucun déchets de haute activité (HA).  Les déchets conventionnels seront valorisés : le béton pourra être utilisé pour le remblai (les bâtiments sont détruits jusqu’à une profondeur d’un mètre dans le sol) et l’acier, recyclé.

L’expérience de Chooz-A

A quelques kilomètres de la Belgique, Chooz-A est le premier réacteur à eau pressurisée de l’Hexagone. C’est également le premier chantier de déconstruction de cette technologie en France. Arrêté en 1991, le démantèlement partiel est engagé en 1999 et se termine en 2004. Son démantèlement complet débute après la signature du décret de démantèlement en 2007 et offre donc un retour d’expérience (REX) valorisable pour le démantèlement de Fessenheim. La fin du démantèlement de Chooz-A est prévu pour 2022, à noter que le caractère « troglodyte » de l’installation a complexifié le démantèlement : en effet le réacteur et ses auxiliaires (pompes, échangeurs et circuits de refroidissement) ont été construits dans deux cavernes rocheuses.

De plus EDF peut s’appuyer sur le REX des travaux de maintenance du parc dont le remplacement ou la rénovation de gros composants comme les générateurs de vapeurs, condenseurs etc. dans le cadre du grand carénage mais aussi sur les expériences d’exploitants étrangers.

 

[1] Elle comprend également la construction.

[2] Bâtiment réacteur (BR), bâtiment combustible (BK), bâtiment des auxiliaires nucléaires (BAN) et bâtiments annexes.

[3] Salle des machines, bâtiments d’entretiens, station de pompage, alimentation en eau de secours etc.