17.03.2020

Coronavirus en France, la filière nucléaire s’organise

edf_getty_image.jpg
Industrie nucléaire,
Coronavirus,
covid-19,
FARN,
RTE,
sécurité d’approvisionnement,
FINA,
EDF,
Framatome,
Orano,
ANDRA,
CEA
Par Cécile Crampon - Crédit photo © EDF - Getty image

L’Etat français a officiellement activé le plan pandémie #coronavirus le 14 mars 2020. Depuis quelques semaines déjà, les grands groupes comme EDF, Framatome, Orano, le CEA, RTE et les PME s’étaient préparés à de possibles nouveaux modes de fonctionnement, avec un seul mot d’ordre, assurer l’exploitation des installations, la sûreté, la sécurité des sites, la santé et la protection des personnels.

Une des fonctions vitales du pays, la production électrique

En situation normale, un réacteur nucléaire fonctionne avec sept équipes d’une vingtaine de personnes qui se relaient 24h/24, 7j/7. En tenant compte de celles qui sont d’astreinte, entre 100 et 200 personnes sont nécessaires pour faire fonctionner l’installation. A situation exceptionnelle, décisions exceptionnelles. EDF a prévu un plan de continuité de l’activité, mis en œuvre le 16 mars dans toutes les centrales de France, suite à la détection de premiers cas de coronavirus[1]. Ce plan avait été mis en place par le groupe au début des années 2000 lors des épidémies de H1N1et du Sras, prévoyant une poursuite de la production électrique même en cas d’absences importantes dans ses effectifs. Réactualisé, ce plan est donc déployé sur l’ensemble des 57 réacteurs aujourd'hui en fonctionnement. Il permet de faire face à 40 % d’absentéisme pendant deux à trois semaines, période correspondant au pic pandémique, et à 25 % d’absentéisme pendant douze semaines. Dans les faits, toutes les personnes dont les missions peuvent être réalisées à distance, travaillent depuis leur domicile. Sont ainsi autorisées à se rendre sur les sites les personnes dont les activités sont en lien avec la sûreté, la sécurité des installations, le suivi de l’environnement et bien sûr la continuité de la production. Des opérations de maintenance se poursuivent dans les unités dans la mesure où toutes les conditions pour assurer la sécurité des salariés sont réunies [2].
A iso-missions, les mesures consistent dans cette conjoncture exceptionnelle à fournir un service égal sans dégradation de la qualité de service. Des procédures similaires sont appliquées chez RTE, en charge d'assurer la transmission de l'électricité jusqu'aux foyers français.

Plusieurs leviers chez EDF

Le plan de continuité de l’activité d’EDF prévoit plusieurs niveaux d’organisation. Par exemple, les agents du groupe qui ont occupé récemment des postes dans l’exploitation ou la sûreté, et qui entre temps ont évolué vers d’autres fonctions, sont susceptibles d’être rappelés, en cas de besoin. Ce principe est déjà déployé dans d’autres services de l’Etat, tels que les hôpitaux, l’armée, les pompiers, etc. La direction a aussi anticipé de nouvelles dispositions de travail pour ces équipes, en se donnant la possibilité de faire évoluer l’organisation en 3x8 (trois équipes se relayant toutes les 8 heures) vers des 2x12 (deux équipes toutes les 12 heures), et permettre ainsi à la troisième équipe de rester chez elle, confinée, et rappelée au besoin. 

Des équipes spéciales pour les installations nucléaires

Mises en place après l’accident de Fukushima, des équipes spéciales du nucléaire (Force d'Action Rapide Nucléaire (FARN) chez EDF, Force d'Intervention Nationale (FINA) chez Orano), sont mobilisées pour intervenir en cas de besoin et assurer la sûreté des installations, la sécurité des personnels et de l’environnement. Là aussi, plus d’une centaine d’agents EDF sont potentiellement mobilisables pour chaque site. Entre 20 et 40 personnes restent systématiquement d’astreinte pour rejoindre le site de production en moins de 30 mn. C'est bien sûr le cas aussi pour l'ensemble des installations nucléaires en France.

Anticipation pour fonctionner en autarcie

Comme pour les corps de métiers assurant les systèmes vitaux de la France, EDF a mis en place des moyens supplémentaires pour permettre aux équipes de la FARN de « vivre en autarcie », en cas de confinement total des centrales. Si ce sujet n’est pas pour l’heure d’actualité, EDF a pris les devants en commandant des lits supplémentaires et des denrées alimentaires. Ces moyens permettraient aux agents de rester confinés pendant plusieurs semaines, tout en continuant le bon fonctionnement des centrales et répondre aux besoins du pays. Ces moyens sont déjà opérationnels sur d'autres sites comme chez Orano, à la Hague par exemple.   

Recentrage des activités sur les fonctions essentielles 

Le CEA est sur la même ligne que l’ensemble des exploitants nucléaires en France avec la préservation des fonctions essentielles, telles que  les recherches sur le coronavirus, la dissuasion, les infrastructures de recherche et leur mise en sécurité, la sûreté, les fonctions administratives indispensables à l’organisme, les actions prioritaires pour le maintien des activités économiques essentielles, et la protection des centres civils et militaires.
Selon le cœur d’activités des sites nucléaires, les priorités peuvent différer. Par exemple à l’Andra, les dispositions ont été prises pour garantir en particulier la surveillance des installations et de l’environnement, outre la sécurité de ses sites. Pour l’heure, les agents de l’agence restent mobilisés pour maintenir sa capacité à recevoir et collecter les déchets radioactifs, en particulier du secteur hospitalier et des installations de production d’électricité.

Cellules de crise activées

Par exemple, chez Orano, dont une partie des activités est internationale, les premières consignes pour stopper le virus ont été données fin janvier dernier. Depuis, une cellule de gestion de crise se réunit quotidiennement pour assurer le suivi du développement de l’épidémie et proposer au comité de direction du groupe les mesures à mettre en place. Par ailleurs, comme pour l’ensemble des entreprises et institutions, les sites parisiens d’Orano ont vu la généralisation du télétravail à l’ensemble des personnels, à l’exception des collaborateurs dont la présence est nécessaire à la continuité d’activité mais où un système de rotation par équipe est appliqué. Pour les sites industriels, la priorité porte sur le maintien en sûreté des installations et la contribution à la fourniture en électricité du pays. Ainsi, seules les activités assurant la sûreté des installations et les activités critiques pour l’approvisionnement en électricité des concitoyens seront maintenues (activité d’enrichissement de l’uranium pour fabriquer le combustible, transports, etc.).
Autre exemple, chez Framatome, le groupe a aussi mis en place une cellule de crise et se réunit quotidiennement en lien avec tous ses sites ; des informations actualisées en permanence sont disponibles sur son intranet et via un site dédié aux collaborateurs du groupe.

L’équipe de la SFEN ne manquera pas de publier de nouveaux articles sur le Coronavirus en fonction de l’évolution de la situation. Au-delà de ces mesures, il peut être utile de rappeler à chacun d’entre nous d’accorder la plus grande importance à l’application des consignes données par le gouvernement. Prenez bien soin de vous. 

 

[1] A noter, en date du 17 mars, une particularité pour  la centrale 1 et 2 de Flamanville un passage en mode « équipes restreintes » a été activé, au regard de personnes potentiellement touchées par le virus.

[2] Les effectifs présents varient en fonction des activités à réaliser chaque jour et en fonction des sites. Les locaux sont nettoyés plusieurs fois par jour et il est demandé à chacun de prendre un moyen de transport individuel.