COP 21 : les contributions nationales - Sfen

COP 21 : les contributions nationales

Publié le 20 octobre 2015 - Mis à jour le 28 septembre 2021
  • COP 21
  • Nuclear4Climate
  • Transition énergétique

Le 1er octobre dernier, les 195 pays de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) devaient avoir remis leurs contributions nationales pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Jusqu’à la dernière minute, 146 Etats ont mis leur copie en ligne sur le site de la CCNUCC. C’était la première fois que l’exercice avait lieu. Le bilan semble plutôt positif.

A l’issue de la dernière conférence sur le climat, à Lima (Pérou) en 2014, il a été décidé que chaque pays devait préparer sa « feuille de route » pour lutter contre le réchauffement climatique et ne pas dépasser une augmentation de la température de plus de 2°C d’ici 2050. Les Etats avaient donc jusqu’au 1er octobre 2015 pour remettre leur copie à l’ONU.

148 pays, 75 % des Etats membres de la CCNUC, ont présenté leur contribution. Ces « contributions nationales prévues et déterminées » (Intended Nationally Determined Contributions – INDC) sont un nouvel outil de la CNUCC. C’est par les INDC que les membres communiquent sur leurs engagements climatiques pour la période après 2020. Communiqués avant la COP21, analysés et agrégés pour la COP21, ces engagements sont des éléments essentiels des négociations menant vers l’accord de Paris, que chacun aimerait voir ambitieux pour la planète.

Un contenu cadré

Les contributions nationales devaient suivre les principes fixés à Lima en 2014. Tout d’abord, le périmètre des INDC est défini. Ainsi, dans sa contribution, chaque pays doit identifier des objectifs d’atténuation (réduction des émissions de gaz à effet de serre en modifiant, par exemple, les techniques de production) et/ou des objectifs d’adaptation (mesures pour réduire la vulnérabilité des systèmes naturels et humains aux effets des changements climatiques réels ou prévus). Les INDC doivent aussi porter une ambition et aller au-delà des engagements actuels des pays à 2020. Le but est bien là de mettre en marche une dynamique vertueuse et mieux-disante, pour éviter tout retour en arrière. 

Autre élément constitutif des contributions : le contenu. Si le volet « adaptation » est volontaire et peut ne pas être développé, des lignes directrices cadrent le volet « atténuation » de l’INDC. En l’occurrence, les pays devaient préciser une année de référence, la période d’engagement et/ou le calendrier de mise en œuvre, les méthodologies d’estimations et de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre. Il faut aussi que l’INDC soit « juste et ambitieuse » et contribue à l’objectif ultime de la CCNUCC. 

La différentiation est un point essentiel. Il n’y a pas de différence de traitement entre pays en développement et pays développés. Mais la contribution sera jugée à l’aune des circonstances nationales propres à chaque pays. 

De fait, les pays les moins avancés et les petits Etats insulaires[1] bénéficient d’une certaine flexibilité pour élaborer leur contribution.

Enfin, la transparence guide la démarche. Chaque contribution est publiée sur le site de la CCNUCC. Un rapport de synthèse sur l’impact agrégé des INDC déposées avant le 1er octobre 2015 sera rédigé pour le 1er novembre 2015. C’est ce rapport qui servira de base aux négociations de la COP.

26 pays en développement ont pu compter sur un accompagnement dans la préparation de leurs contributions grâce à un programme d’assistance technique doté d’un budget de 3,5 millions d’euros, mis en place par la France.

Mi-mars 2015, la Suisse a été le premier pays à déposer sa contribution, suivi de près par l’Union Européenne. La Norvège, le Mexique, les Etats-Unis et la Fédération de Russie ont publié leurs éléments avant le 31 mars. Mi-juillet, 45 pays avaient envoyé leur dossier, représentant 55 % des émissions mondiales de 2011. Le 4 octobre, Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, Président de la COP21, annonçait que « les contributions soumises couvrent (…) plus de 85 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. » Toutefois, ces contributions « nous placeraient sur une trajectoire en dessous des 3°C, montrant à la fois les efforts réalisés par rapport aux scénarios les plus pessimistes et ceux qui restent à accomplir pour demeurer au-dessous de 1,5 ou 2°C. »

8 des plus gros émetteurs de CO2 ont remis leurs contributions : la Chine, les Etats-Unis, l’Europe avec une contribution unique pour les 28 Etats membres, l’Inde, la Russie, le Japon, la Corée du Sud et le Canada. Mi-octobre, l’Iran et l’Arabie Saoudite ne l’avaient toujours pas déposée sur le site de la CCNUCC.

 

Les pays mobilisés pour le climat

D’une manière générale, cette démarche contributive a été très favorablement accueillie et a vu l’implication des dirigeants des pays jusqu’au plus haut niveau politique. Les contributions ont souvent été annoncées par les chefs d’état, comme le Brésil dont l’INDC a été dévoilée par la Présidente Dilma Rousseff en personne lors d’un discours à l’Assemblée Générale de l’ONU. C’est le Premier Ministre Li Keqiang qui a annoncé la très attendue contribution chinoise.

En Côte d’Ivoire, le Premier Ministre a engagé les travaux de préparation et le projet finalisé a été validé par le Président Ouattara. Au Japon, c’est aussi le Premier Ministre qui a annoncé la contribution nipponne lors du sommet du G7 en Allemagne. Le Président Kenyatta en a fait de même lors de la visite de Barack Obama au Kenya. Alors que les négociations climatiques internationales sont le plus souvent gérées par les ministères de l’Environnement et des Affaires étrangères, là, une mobilisation d’un grand nombre d’acteurs politiques, associatifs et de la société civile a été effective dans de nombreux pays.

Atténuer les émissions

La grande majorité des pays annonce des mesures d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, principalement le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la gestion durable des forêts. Ces trois axes sont largement représentés, quel que soit le niveau de développement. Ainsi le Japon prévoit 22 à 22 % de production d’électricité à base de renouvelables, l’UE et l’Algérie annoncent 27 % ou la Jordanie qui prévoit 11 % pour 2025. De la même manière, des pistes d’économies énergétiques sont identifiées : adoption de pratiques plus efficaces, mesures d’efficacité énergétiques pour le bâtiment, les transports, l’industrie…

Tous les secteurs de l’économie sont concernés par les mesures d’atténuation : énergie, agriculture, déchets, procédés industriels, transports, forêts, agriculture…

Les pays développés – historiquement à l’origine des émissions de CO2 – ont pris leurs responsabilités et s’engagent à d’importantes réductions d’émissions. Comme l’Union Européenne qui annonce au moins 40 % de réduction d’ici 2030 par rapport à 1990 ou les Etats-Unis, moins ambitieux, qui s’engagent à 26-28 % de réduction par rapport à 2005, année de leurs les plus importantes émissions de CO2. Mais les pays en développement ne sont pas en reste comme Trinité-et-Tobago, le Maroc, le Bénin, le Kenya, la Colombie…

De nombreux pays forestiers ont prévu de stopper, ou inverser, la déforestation. Véritables « puits de carbone », les forêts ont aussi des effets positifs sur la préservation et l’adaptation de la biodiversité. Le Mexique, qui veut réduire ses émissions de CO2 et de particules, s’est fixé un objectif de 0 déforestation d’ici 2030. La République démocratique du Congo va planter 3 millions d’hectares de forêts d’ici 2025. La Chine, quant à elle, prévoit d’augmenter son stock forestier de 4,5 milliards de mètres cube par rapport à 2005, doublant ce qu’elle a déjà accompli depuis 10 ans.

 

S’adapter aux effets du changement climatique

Les mesures d’adaptation aux effets du réchauffement planétaire n’étaient pas « imposées » dans l’exercice de rédaction des contributions nationales. Toutefois, un certain nombre de pays, directement concernés, ont également prévu des plans d’adaptation. En Amérique latine, le Mexique, fondateur en 2014 de la Coalition climat et air propre, veut protéger les communautés lourdement impactées par le changement climatiques, préserver les écosystèmes et renforcer les infrastructures stratégiques. La Colombie, touchée par des évènements climatiques extrêmes (les inondations de la Nina en 2010-2011), prévoit aussi de donner un accès aux informations agro-climatiques à 1 million de producteurs agricoles.

En Afrique, le Gabon prévoit de surélever la zone économique spéciale de l’île Manji, où se trouve Port-Gentil, capitale économique du pays. Djibouti – qui veut devenir le premier pays africain à utiliser 100 % d’énergies renouvelables – annonce développer une usine de dessalement de l’eau de mer alimentée par des renouvelables.

 

L’Ethiopie exemplaire

Contrairement à l’Inde[2] qui ne se fixe pas d’objectif contraignant de réduction de ses émissions polluantes, l’Ethiopie a remis une contribution jugée quasi unanimement comme « exemplaire ».  En effet, le pays qui représente 0,3 % des émissions mondiales et comptera 100 millions d’habitants dans 15 ans, annonce une réduction de 64 % de ses émissions d’ici 2030. Sachant que 90 % des émissions éthiopiennes sont d’origine agricole ou dues à la déforestation. Pour atteindre ses objectifs, l’Ethiopie prévoit de transformer son agriculture, construire des barrages, planter 7 millions d’hectares de forêts, installer des éoliennes et des systèmes de géothermie… Un des plus grands barrages hydroélectriques du monde est déjà en train d’être achevé sur le Nil Bleu. Il  dotera le pays d’une capacité de  6 000 Mw et permettra d’irriguer des terres agricoles. Addis-Abeba compte sur des capitaux étrangers pour financer ces investissements, estimés à 134 Mds€ d’ici 2030. En outre, un fonds pour la résilience climatique et l’économie verte est créé.

Au final, les contributions reçues couvrent environ 85 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il semble donc acquis que les efforts proposés ne permettront pas de tenir l’objectif des 2°, les émissions de CO2 prévues en 2030 s’avérant supérieures de 10 % à celles d’aujourd’hui. Cette semaine, c’est à Bonn (Allemagne), où les négociateurs de l’ONU vont se prononcer sur un texte de négociations, que se joue l’avenir du climat.

 

[1] Les Petits Etats Insulaires en Développement (PIED) sont des pays situés au niveau de la mer, connaissant des problématiques semblables, notamment en termes de gestion des populations, isolement, ressources limitées, sensibilité aux catastrophes naturelles, dépendance au commerce international et à l’environnement précaire. Parmi les 52 PIED, on trouve Fidji, la Dominique, la Guinée-Bissau, le Cap-Vert, les Iles Marshall, Haïti, les Etats Fédérés de Micronésie, la Nouvelle-Calédonie… Les PIED ont été reconnus comme un groupe spécifique par la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement en 1992.

[2] L’Inde est le 4ème pays le plus émetteur de gaz à effet de serre, derrière la Chine, la Russie et les Etats-Unis. 

Copyright photo : EDF 

Publié par Isabelle Jouette (SFEN)

  • COP 21
  • Nuclear4Climate
  • Transition énergétique