18.08.2020

Construire en série, réduire les coûts

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Royaume-Uni,
Nouveau nucléaire,
EPR,
Hinkley Point,
Sizewell
Traduit par la rédaction SFEN - ©Crédit photo EDF Energy - Julia Pyke, directrice du financement et de la régulation économique de Sizewell C chez EDF Energy

« La construction en série est la clé pour réduire le coût des projets du nouveau nucléaire et attirer les investissements dans la production d'électricité et de chaleur bas carbone », a déclaré la semaine dernière Julia Pyke, directrice du financement et de la régulation économique de Sizewell C chez EDF Energy, la branche britannique d’EDF.

Traduit d’un article de WNN du 3 août 2020

Ce qui suit est une version abrégée d’une présentation de l’OCDE et de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN), à un webinaire, fin juillet 2020, set qui fait suite à une note récemment publiée[1]. Vous pouvez retrouver l’intégralité du webinaire ici.

L'industrie éolienne offshore a fait un travail brillant en réduisant ses coûts de production, mais les coûts de transport, de distribution et d'équilibrage sont assez élevés, ce qui a un impact sur les factures des consommateurs britanniques. Ce coût final est un mélange complexe entre le coût de la technologie de production individuelle (le nucléaire est beaucoup plus cher à construire), le coût d'exploitation de la technologie (le nucléaire est bon marché) et le coût du transport, de distribution et d'équilibrage du système.

C’est cette complexité, - mais aussi car cela ne se prête pas au récit médiatique -, qui laisse penser que comparer les coûts individuels de la production d’énergie éolienne en mer avec ceux du nucléaire est pertinent. La question pour les consommateurs est : « Combien coûte un système électrique à faible émission de carbone dans lequel je peux allumer mes lumières pendant une nuit sans vent ? ».

Il est nécessaire de préciser que ces propos préliminaires ne vantent pas une technologie au détriment d’une autre ; nous sommes en faveur de nombreuses technologies. EDF dispose de la quasi-totalité des technologies de production et dépense environ 2 millions de livres Sterling par jour en R&D. Le nucléaire n'est d’ailleurs pas essentiel pour tous les pays qui peuvent avoir d’importante ressources géothermique ou hydroélectrique. Mais au Royaume-Uni, nous avons du vent et le vent est intermittent, le nucléaire est donc indispensable.

Le nouveau nucléaire au Royaume-Uni : constructions en série

Deux réacteurs EPR sont en construction à Hinkley Point C (HPC). « À la fin du mois de mai de cette année, nous avons soumis le « Development Concent Order (DCO) », afin d’obtenir une autorisation de construction d’une centrale nucléaire EPR à Sizewell C dans le Suffolk, après huit ans de consultation publique. Les premiers travaux (par exemple routiers) sont prêts à démarrer et 300 millions GBP (331 millions d’euros) de travaux pourraient être attribués cette année.

HPC, la centrale, avec deux réacteurs EPR en construction dans le Somerset, montre déjà les avantages de la construction en série avec l'unité 2. Le deuxième réacteur a vu environ 45 % d'acier en plus installé dans le même laps de temps ; l'installation des composants du système de refroidissement a pris 50 % de temps en moins, etc.

Les deux unités de la centrale nucléaire de Sizewell C, qui seront des copies identiques des réacteurs en construction à HPC, coûteront 4 milliards de livres (GBP) de moins à construire. La moitié de ce chiffre s’explique par l’absence d’un nouveau processus de validation du design du réacteur (celui-ci étant déjà validé). De plus, comme les autorités de régulation soutiennent la construction à l’identique, les investisseurs ne s’inquiètent pas d’un changement de design qui entrainerait des surcoûts.

Réduire les coûts financiers, une nécessité

En plus de réduire le coût de la construction, il est très important que nous réduisions les coûts financiers et c'est pourquoi nous avons besoin du gouvernement pour décider du modèle de financement. Le « contrat pour différence » (CfD )[2] utilisé à Hinkley a été critiqué par le « National Audit Office », car les coûts financiers ont un impact plus important sur le prix payé par le consommateur que les coûts de construction. A HPC, le coût de l’électricité est estimé à 92,50 GBP/MWh, les coûts de construction représentent 11 livres, l’exploitation 19,50 livres et le reste sont des coûts financiers[3].

Le coût de construction de Sizewell C est d’environ 20 milliards de livres dont 10 seront alloués aux matériaux : équipements, acier, câbles etc. Les 10 milliards restant correspondent au coût de la main-d'œuvre, qui se décompose en deux groupes, le coût relatif au génie civil et aux travaux de terrassement, et le coût d'installation de l'équipement. A Sizewell, nous prévoyons d'utiliser les mêmes équipes de supervision, les mêmes sous-traitants de niveau 1, afin qu'ils puissent apporter tout leur apprentissage du chantier précédent. Ainsi, nous nous attendons à ce que les gains de productivité observés sur HPC soient au moins du même ordre à Sizewell C.

Les clés du succès

Les raisons du succès ou de l'échec des « mégaprojets » sont bien connues. Contrairement à bon nombre de mégaprojets, HPC est à l'heure. Ce qui était en retard, c'était le processus administratif nécessaire pour commencer la construction. Depuis que nous avons commencé la construction en 2015, le chantier a atteint tous ses jalons de construction en temps et en heure.

Une étude menée par IPA Inc.[4] a révélé que 70 % des mégaprojets industriels dépassent de plus de 25 % leur budget, sont hors délais et peu opérationnels. Cependant, avec un bon « front-end-loading process (FEL)[5] », le taux de réussite passe de 30 % à 64 %. IPA Inc. dispose d’une base de données qui réunit les facteurs communs de plus de 5 000 projets, réussis ou non. En identifiant les facteurs de succès, nous espérons nous assurer que Sizewell C dispose de ces atouts que l’on peut résumer ainsi : avoir le design et savoir exactement ce que l’on va construire, faire appel à une équipe qui a une expérience sur ce design, et ainsi de suite.

Cela peut sembler très simple, mais c'est plus compliqué lorsque le projet est essentiellement de nature gouvernementale. Vous devez alors marier la politique avec l'ingénierie et c'est ce que nous souhaitons faire pour Sizewell C.

Développer les nouveaux usages du nucléaire

Pour limiter le risque politique, il y a les contrats, qui sont nécessaires, mais il y a aussi une autre approche sur les usages nucléaires. Dans le secteur de l'énergie, les acteurs veulent présenter un mix énergétique optimal en mettant en avant sa propre technologie, ce qui rend le débat particulièrement difficile car certaines positions, bien que présentées comme étant désintéressées et basées sur une vision de l’écologie, ont généralement tendance à promouvoir leur propre technologie.

Nous croyons en un mix optimal avec la plupart des technologies favorisées. Par exemple à Sizewell - en plus de son utilisation pour la production d'électricité – nous souhaitons installer des vannes pour nous assurer d’être capable d’évacuer la chaleur à différentes températures. Au Royaume-Uni nous n'utilisons qu'environ 30 %[6] de la chaleur produite par une centrale nucléaire pour la production d’électricité, laissant ainsi un énorme potentiel pour la production d'hydrogène. Le nucléaire et l’éolien offshore pourrait ainsi être combinés pour assurer une électrolyse de l’eau[7] aussi efficace que possible. Cette multiplicité des usages au service de la décarbonation de l’économie et de la chaleur permettrait d’optimiser les avantages du nucléaire et de réduire le risque politique. [Insérer note hydrogène] Ce que nous visons, c'est un système à faible émission de carbone et à faible coût, une approche systémique efficace pour atteindre les objectifs climatiques.

 

1.

[1] Unlocking financing for nuclear energy infrastructure in the COVID-19 economic recovery. http://www.oecd-nea.org/news/2020/covid-19/post-covid-19-recovery/policy...

[2] Il implique que Hinkley Point C offrira des prix stables et prévisibles. Si les prix de marché de l’électricité dépassent le prix d’exercice du CfD, les consommateurs n’auront pas à payer plus. Si les prix de marché se situent en-dessous du prix d’exercice du CfD, l’exploitant recevra un paiement complémentaire. Les consommateurs n’auront rien à payer tant que la centrale ne sera pas en service. (EDF Accord sur les termes commerciaux des contrats relatifs au projet de centrale nucléaire Hinkley Point C https://www.edf.fr/sites/default/files/uploads/cp_20131021-1_vf.pdf)

[3] https://www.youtube.com/watch?v=rgF16vdesYg (59 :00)

[4] Independant Project Analysis

[5] Également appelé pre-project planning (PPP), le terme désigne une approche où les investisseurs prennent des décisions clés à chaque fin de phase afin de limiter les risques financiers et de maximiser le taux de réussite du projet.

[6] Le rendement électrique global est de 34 % pour un réacteur à eau pressurisée de 1300 MWe et de 36 % pour l’EPR.

[7] L'électrolyse de l'eau est un procédé électrolytique qui décompose l'eau (H2O) en dioxygène et dihydrogène gazeux grâce à un courant électrique.