03.12.2019

Climat. Le Parlement européen reconnait le rôle du nucléaire

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COP 25,
Climat,
Parlement européen
Par Maruan Basic (SFEN) - Crédit photo - EDF - PETIT JEAN LUC

La COP 25 s’ouvre cette semaine à Madrid. A cette occasion le parlement européen a voté une résolution pour exprimer sa position sur la question climatique. En parallèle du texte sur l’urgence climatique, les eurodéputés affirment, in extremis, le rôle de l’énergie nucléaire dans la lutte contre le changement climatique.

Le jeudi 28 novembre, les eurodéputés ont adopté deux résolutions essentielles sur la question climatique. La première, très courte, officialise la notion d’« urgence climatique ». La seconde, plus conséquente, concerne la prochaine conférence sur le climat des nations unies (COP 25).

Le Parlement européen vote une résolution lorsqu’il souhaite faire connaître publiquement son opinion sur une question précise ou pour enjoindre une institution européenne ou des Etats membres d’agir dans un domaine particulier.

Les eurodéputés ont donc planché pour dégager une position commune forte sur le réchauffement climatique. Parmi les sujets discutés, un paragraphe de la résolution sur la COP 25 concerne tout particulièrement l’énergie nucléaire.

Tel que rédigé initialement, ce paragraphe visait à exclure l’énergie nucléaire des solutions pour le climat, rendant quasiment impossible l’atteinte des objectifs climatiques de l’Union Européenne.

Le nucléaire au cœur du système électrique européen

Actuellement, l’énergie nucléaire représente près de 50 % de l’électricité bas carbone en Europe[1]. Fin 2018, la communication de la Commission européenne sur sa « stratégie énergétique de long terme » confirme que le nucléaire sera, au côté des renouvelables, le pilier d’un système énergétique européen bas carbone à l’horizon 2050 avec une part d’énergie nucléaire d’environ 15 % du mix électrique européen et une capacité installée relativement stable à 110 GWe.

De nombreux pays européens (France, République Tchèque, Finlande, Pologne…) ont choisi d’atteindre leurs objectifs climatiques, conformément aux objectifs fixés par l'UE, avec l’aide de l'énergie nucléaire.

De leur côté, les experts du GIEC, montrent une augmentation de la part du nucléaire dans l’ensemble des quatre trajectoires du « résumé à l’intention des décideurs ». Une analyse confortée par l’Agence internationale de l’énergie qui a publié en mai 2019 un rapport sur le rôle de l’énergie nucléaire et par les propos de son directeur général, Fatih Birol : « Nous pensons que le nucléaire et le CCS sont aussi importants. Nous ne pouvons avoir le luxe de choisir notre technologie préférée ».

Une reconnaissance sur le fil

Les faits étant têtus, un parlementaire français, Christophe Grudler (Renew Europe), a ainsi proposé un amendement visant à réécrire le paragraphe sur l’énergie nucléaire comme suit :

« [Le Parlement européen] estime que l’énergie nucléaire peut contribuer à atteindre les objectifs en matière de climat dès lors que c’est une énergie qui n’émet pas de gaz à effet de serre, et qu’elle peut également représenter une part non négligeable de la production électrique en Europe; considère néanmoins qu’en raison des déchets qu’elle génère, cette énergie nécessite une stratégie à moyen et long terme qui tienne compte des avancées technologiques (laser, fusion, etc.) visant à améliorer la durabilité du secteur; » 

Le paragraphe ainsi rédigé a été adopté d’une courte majorité dans la journée du 28 novembre (323 pour, 298 contre et 44 abstentions).

A la suite de cet amendement, le groupe écologiste a voté majoritairement contre l’ensemble de la résolution.

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Source : Twitter

Accusé d’être un amendement « amplifiant » le nucléaire, celui-ci ne fait que remettre en cohérence les ambitions climatiques européennes avec le consensus des études internationales qui positionnent le nucléaire comme une des solutions à la lutte contre le réchauffement climatique aux côtés des énergies renouvelables.

Green New Deal, Taxonomie… le nucléaire toujours en discussion

L’énergie nucléaire ne cesse d’animer les instances de l’Union européenne. Dans les semaines à venir, Bruxelles devra se positionner sur plusieurs textes d’envergure qui préfigureront la politique énergétique pour des années.

La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Layen, s’est engagée à présenter dans les 100 premiers jours de sa mandature un Green New Deal, soit les grandes lignes de sa politique environnementale. Dans cette configuration, le nucléaire devra avoir toute sa place. En effet, le nucléaire coche toutes les cases pour répondre aux enjeux environnementaux. En plus d’être une source bas carbone, il n’émet ni particules fines, ni SOx, ni Nox, il est donc un des remèdes contre la pollution de l’air. Avec une très faible emprise au sol, il permet de produire beaucoup d’électricité tout en préservant espaces naturels et biodiversité. Enfin il est économe en ressources naturelles, que ce soit sur l’uranium ou sur beaucoup d’autres matières et minéraux, comme l’acier ou le béton.

Dans le même temps, les gouverneurs de la Banque européenne d’investissement (BEI) se sont engagés à ne plus financer les énergies fossiles après 2021[1] et continuent de permettre le financement de projets nucléaires. Initialement, la résolution soumise au vote visait notamment un soutien accru au gaz, considéré comme une énergie de transition, avant d’être abandonné par voie d’amendement. La décision de la BEI a été qualifiée d’un « bon de géant » par son président, Werner Hoyer. Pour Ursula von der Layen, la BEI doit même devenir une « banque du climat ».

L’argent étant le nerf de la guerre, réussir à capter les investissements pour financer des projets bas carbone est essentiel. C’est là l'ambition du projet de label écologique européen, baptisé « taxonomie », en cours de discussion. Ce label, vise à orienter les investissements des marchés financiers vers des activités dites « durables ». Parmi les sujets de discorde, la place du nucléaire. Pour le moment le projet de taxonomie exclut l’énergie nucléaire comme étant une activité durable pouvant bénéficier du label. Néanmoins en septembre dernier, le Conseil de l’Union, à l’initiative de la France, a réintroduit le nucléaire dans le projet de taxonomie. Les discussions continuent et un accord est prévu entre les instances bruxelloises d’ici la fin de l’année.

L’énergie nucléaire n’a donc pas fini de faire parler d’elle, en attendant le réchauffement climatique se poursuit et menace d’immense pans de notre planète.

 

[1] Eurostat (2018)