25.09.2018

Climat : l’AIEA plaide pour un rebond de l'énergie nucléaire

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Climat,
Économie
Par Tristan Hurel (SFEN)

Pour l'AIEA, le développement de l’énergie nucléaire marque le pas. Pourtant, l’AIEA, comme l'ensemble des experts du secteur de l'énergie et du climat, rappelle que l’équation climatique ne peut se résoudre sans l'appui de l'atome. A l’heure du « One Climate Summit », dont l’objectif est de trouver des solutions rapides et concrètes, tout doit être fait pour que les énergies bas carbonne, dont le nucléaire fait partie, déploient tout leur potentiel.

Vers un déclin de la part du nucléaire ?

Le 38e rapport de l’agence onusienne sur l’avenir du nucléaire dresse un triste constat. Si l’AIEA anticipe dans toutes ses projections à l’horizon 2050 une hausse de la production d’électricité en volume, sa part relative est amenée à diminuer dans son scénario le plus négatif. En 2050, la part du nucléaire est ainsi estimée entre 5,6 % (scénario « bas ») et 11,7 % (scénario « haut ») par l’AIEA.

Des « incertitudes croissantes » sont relevées pour l'énergie nucléairie : un nombre important de réacteurs risquent d’être arrêtés prématurément, alors même que les technologies permettraient de les exploiter plus longtemps, en toute sûreté.

Au-delà de la concurrence des centrales à gaz et des politiques nationales, l’AIEA pointe la compétitivité dégradée de l’industrie nucléaire.

Une mauvaise nouvelle pour le climat

Les estimations de l’AIEA arrivent au plus mauvais moment pour la planète. Trois ans après la COP21, les émissions de CO2 continuent d’augmenter, et le monde est en voie de perdre la bataille climatique. Aujourd’hui encore, près des ¾ de l’électricité provient encore du charbon, du gaz ou du pétrole. Pour les experts du GIEC, respecter une trajectoire de réchauffement inférieure à 2°C, nécessite que 80 % de l'électricité soit décarbonée à l’horizon 2050, voire 100 % selon certaines études.

Malgré les engagements des pays en 2015, les émissions de CO2 relatives à l’énergie, qui s’étaient stabilisées depuis 2014, étaient, selon l’AIE, de nouveau reparties à la hausse en 2017, avec un record historique de 32.5 milliards de tonnes. Aussi, dans son dernier rapport intermédiaire d’octobre 2018, le GIEC indique que si les émissions continuent à leur rythme actuel, le réchauffement provoqué par l’homme pourrait atteindre les 1,5°C, avec une forte probabilité, dès 2040 environ.

Malgré des investissements dans les énergies renouvelables (300 Mds$/an depuis 2010), l’intensité carbone de l’électricité n’a baissé que de 0,5 % par an.

Or, toutes les études montrent qu’on aura besoin du nucléaire, au côté des énergies renouvelables, pour atteindre les objectifs de décarbonation. En effet, malgré des investissements dans les énergies renouvelables dans le monde de l’ordre de 300 milliards de dollars par an depuis 2010, l’intensité carbone de l’électricité n’a baissé que très lentement, de l’ordre de 0,5 % par an. L’atteinte des objectifs de 2°C nécessiterait une baisse huit fois supérieure, de l’ordre de 4 % par an. Dans le même temps, la consommation d’électricité va augmenter chaque année de 2,5 % jusqu’en 2030 et de 2 % ensuite.

Dans ce contexte, l’AIEA ainsi que l’OCDE sont toutes deux d’accord sur le fait qu'aucune équation permettant de résoudre le défi climatique n'existe sans le développement d'une part d'énergie nucléaire.

La compétitivité, une cible atteignable

Malgré ce contexte négatif, où le nucléaire est pourtant plus que jamais nécessaire, l’optimisme reste de rigueur. Dans un rapport, la SFEN a identifié plusieurs leviers économiques à mettre en œuvre pour rendre le nucléaire plus compétitif.

Le cœur des difficultés pour l’énergie nucléaire réside dans une compétitivité altérée par les difficultés de construction de réacteurs tête de série dans des pays ayant perdu l’expérience et les compétences de ces chantiers hors normes (Etats-Unis, France, Finlande). Les exemples russes et chinois, deux pays qui n’ont pas cessés de construire des réacteurs ou renouvèle leur parc, témoignent de la possibilité de construire des réacteurs compétitifs et dans des délais courts dans un environnement concurrentiel.

Des leviers de compétitivité sont connus et identifiés. Ils demandent simplement à pouvoir être mis en œuvre dans le cadre d’un programme de constructions de nouveaux réacteurs. Parmi ceux-ci figure l’effet de série économique : en produisant des réacteurs par paire et par série. Par ailleurs, les effets d’apprentissages et le recours aux dernières innovations sont un autre vecteur important de compétitivité, via des conceptions améliorées, une constructibilité simplifiée, et surtout une revitalisation de la chaîne industrielle européenne - désormais accomplie.

C’est en conjuguant ces mesures qu’il sera possible de maîtriser les échéanciers, paramètre clé de l’efficacité économique. Les effets attendus sont multiples : gains de temps pour les équipes ; coûts fixes de chantier plus faibles ; effets financiers sur l’immobilisation des travaux allégés (car plus brefs) ; production électrique plus précoce (ce qui augmente fortement la valeur du projet).

Enfin, le coût du nucléaire de troisième génération repose sur deux facteurs : le coût d’investissement et le coût du financement.

Des gains importants sont possibles par rapport aux premiers chantiers : de l’ordre de 30 % sur le coût de construction, grâce à des effets de série et d’apprentissage, et jusqu’à 50 % sur les coûts financiers, notamment via la conception des contrats. Ces gains permettront à l'énergie nucléaire d'accroître sa compétitivité et de déployer tout son potentiel dans la lutte contre le changement climatique.