Cigéo : les garanties du stockage géologique - Sfen

Cigéo : les garanties du stockage géologique

Publié le 4 janvier 2016 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Géré par l’Andra, le projet Cigéo avance lentement mais sûrement vers sa réalisation effective. Deux ans après la clôture du débat public national qui l’a soumis à discussion, une proposition de loi portée par le député de Meurthe-et-Moselle Jean-Yves Le Déaut, Président de l’OPECST (Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques) définit le calendrier et les modalités de réalisation de ce centre industriel de stockage géologique appelé à accueillir les déchets nucléaires les plus radioactifs et à la durée de vie la plus longue. Le texte pourrait être voté par le Parlement début 2016. La France serait alors un des trois premiers pays au monde – aux côtés de la Finlande et de la Suède – à entreprendre la réalisation d’une installation souterraine de stockage final confinant les résidus nucléaires les plus virulents, à plusieurs centaines de mètres de profondeur dans une formation rocheuse adaptée.

Isoler les déchets de la biosphère

Si la plupart des associations anti-nucléaires demeurent figées dans une critique radicale de Cigéo – dont l’implantation est prévue dans une zone identifiée en Meuse/Haute Marne – le débat national a clairement mis en lumière la crédibilité du projet. Loin d’avoir suscité le rejet catégorique du public, Cigéo est apparu comme la solution de loin la mieux adaptée pour stocker à long terme les déchets nucléaires les plus dangereux dans des conditions de sûreté satisfaisantes.

Rappelons que le principe du stockage géologique mis en œuvre par Cigéo est d’isoler les déchets de la biosphère sur de très longues durées, le temps que leur radioactivité ait diminué à des niveaux non dommageables. Dans ce but, les déchets les plus hautement radioactifs sont incorporés à une matrice de verre très résistante qui piège les radioéléments. Les déchets ainsi vitrifiés sont enfermés dans des conteneurs en acier spécial, eux-mêmes placés dans des sur-conteneurs disposés dans des alvéoles de stockage creusées dans la roche, cylindres de quelques dizaines de mètres de longueur aux parois de béton ou d’argile. L’équipement est construit à 500 m de profondeur dans une couche d’argile imperméable et stable depuis 150 millions d’années. Cette profondeur et la barrière constituée par la couche rocheuse protègent le stockage des séismes de surface ou d’autres phénomènes d’érosion, de glaciation ou d’éventuelles intrusions, délibérées ou non.

Au-delà du fait que le stockage géologique offre une sûreté totalement passive, ne réclamant pas d’action particulière à la charge des générations suivantes, trois principales considérations expliquent à mon sens l’acceptation dont Cigéo peut se prévaloir auprès d’une bonne partie du public concerné. 

Impact limité

La première concerne la sûreté du dispositif. Les déchets nucléaires sont potentiellement dangereux mais le stockage géologique assuré par Cigéo les prive du chemin par lequel ils pourraient atteindre la biosphère en quantités dommageables. Même en prenant en compte les éventuels dysfonctionnements du système et les défaillances externes d’origine naturelle ou humaine (failles, séismes, glaciation, intrusions…), ainsi que les risques d’accidents (incendie, explosion d’hydrogène dans un élément de stockage…) l’impact en surface devrait, selon l’ANDRA rester très limité, nettement inférieur à la limite de 0,25 millisievert imposée par les autorités et inférieur à la radioactivité naturelle. C’est ce que souligne la Commission Nationale d’Evaluation (CNE – l’organisme composé de 12 experts indépendants chargé de se prononcer chaque année sur l’évolution et la sûreté du projet-) en notant dans son « avis » de mars 2013 que la durée de confinement que Cigéo est capable de garantir « suffit à abaisser la nocivité des déchets à un niveau tel qu’elle ne pose plus de problème pour les populations vivant au-dessus du stockage ».

Confortant cette étude de sûreté s’ajoute le fait qu’un tel stockage, une fois fermé, ne peut pas engendrer de phénomène violent entrainant une contamination radioactive brutale et massive de l’environnement de surface, comme cela s’est produit par exemple à Fukushima ou à Tchernobyl. Un stockage de déchets n’est pas un réacteur nucléaire. On peut avoir la certitude pratiquement totale que les personnes vivant à proximité ne se retrouveront pas surprises et meurtries par une agression violente portant atteinte à leur intégrité.

 

Au moins 100 ans de réversibilité

Une autre considération vient conforter le jugement favorable porté à l’égard de Cigéo : la réversibilité du stockage. Cela signifie que les générations suivantes auront la possibilité de modifier ou d’optimiser, à mesure des progrès techniques,  tel ou tel dispositif de l’installation. Cette réversibilité pourra être maintenue pendant une longue période, au moins  une centaine d’années, voire plus si les futurs décideurs le jugeaient opportun. Aux yeux du public qui la plébiscite très majoritairement lors des débats, la réversibilité signifie un futur qui reste ouvert et porteur d’améliorations. Cette longue période avant fermeture définitive sera ponctuée de rendez-vous réguliers avec l’ensemble des acteurs concernés : évaluateurs, Etat, collectivités locales, riverains… pour des bilans d’exploitation et des discussions sur les perspectives d’avenir. Interviendront également, cela va de soi, des inspections périodiques de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, l’ensemble de ces contrôles permettant de confirmer et conforter au fil du temps la fiabilité du dispositif.

Consensus international

La troisième considération qui vient souligner à mes yeux la robustesse de cette stratégie de gestion est le fait que tous les pays « nucléaires » travaillant à la gestion des déchets à vie longue ont fait, comme la France, le choix du stockage géologique pour boucler l’aval de la filière. Outre la Suède et la Finlande, la Suisse, les Etats-Unis, la Belgique, la Chine, le Canada…ont décidé de s’engager dans cette voie. Cette orientation est recommandée par les grandes organisations internationales telles l’OCDE ou l’Union Européenne qui dans sa directive du 19 juillet 2011 désigne le stockage géologique comme « la solution la plus sûre et la plus durable en tant qu’étape finale pour la gestion des déchets de haute activité ».

Il est particulièrement significatif de constater que sur ce sujet aussi complexe et sensible pratiquement tous les spécialistes ont la même opinion et formulent les mêmes conclusions : bien conçu et bien réalisé ce type de stockage est une solution fiable qui n’imposera à nos descendants aucune nuisance inacceptable.

Nous savons bien que le consensus autour d’un projet n’en garantit pas forcément la pertinence mais au moins ces convergences entre experts par-delà les frontières confèrent-elles à la solution du stockage géologique une indéniable crédibilité. C’est cette stratégie que devrait ratifier dans quelques semaines le vote du Parlement, ouvrant la voie à une nouvelle étape dans la réalisation de Cigéo.

 

 
DES MILLIARDS DE TONNES DE REJETS POLLUANTS EVITES
Contrairement au nucléaire qui récupère et confine ses déchets, les combustibles fossiles, charbon, gaz, pétrole dispersent les leurs dans l’environnement. Cette dispersion ajoute à l’effet de serre et à la pollution des milieux naturels. Francis Sorin note dans son ouvrage « Déchets nucléaires : où est le problème ? » que les quelque 6 000m3 de déchets nucléaires de haute activité aujourd’hui recensés en France et appelés à être stockés à Cigéo résultent d’une production électro-nucléaire qui, en remplaçant les combustibles fossiles, a permis d’éviter le rejet à l’atmosphère, depuis les années 1970, d’environ 10 milliards de tonnes de CO2, 50 millions de tonnes de dioxyde de soufre, 25 millions de tonnes d’oxyde d’azote et 2 millions de tonnes de poussières et particules fines.
 

La construction de Cigéo. Crédit photo :  ANDRA 

Publié par Francis Sorin (SFEN)

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