31.10.2017

« Les Chinois souffrent de la pollution. Ils veulent une énergie plus propre »

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Chine,
Pollution
Par Tristan Hurel (SFEN)

Urologue et homme politique, Bernard Debré a gardé en mémoire l'époque où le nucléaire fascinait en France. Un sentiment qu'il retrouve aujourd'hui dans une Chine qu'il connaît et qui doit faire face à des pollutions.

Ancien ministre et vingt et un ans député, Bernard Debré est aussi un médecin urologue réputé. Ce métier, et sa volonté d’aider un pays en plein développement le conduisent, il y a un quinze ans, à créer une fondation, Action pour la santé. C’est dans ce cadre qu’il se rend en Chine, plusieurs fois par an, pour diriger bénévolement le service d’urologie d’un grand hôpital de Shanghai, l’Est Hospital Pudong. De ce contact prolongé et régulier avec ce pays « extraordinaire », Bernard Debré est marqué par la transformation « vertigineuse » qui s’est opérée ces dernières années : « J’ai pu la mesurer, avant, pendant et après les Jeux Olympiques de Pékin de 2008, et surtout lors de l’exposition universelle de Shanghai en 2010. »

En médecine, comme dans d’autres domaines, la Chine est volontaire et progresse rapidement : « Il y a quinze ans il n’y avait pas d’urologie, pas de chirurgie et pas dcependant omniprésente et les questions d’éthique totalement absentes des esprits. Ils veulent gagner de l’argent, ce qui peut leur faire accepter l’absence de droits politiques. »

Auteur de près de vingt-cinq livres, Bernard Debré voit aussi dans la Chine un pays « libéral-communiste », ajoutant que « Les Chinois sont d’un nationalisme exacerbé. C’est “la Chine avant tout”, qui se manifeste par un expansionnisme prononcé, visible en Asie, mais aussi de plus en plus en Afrique. » Il avertit : « Dans l’esprit de beaucoup d’Européens, et de Français en particulier, la Chine est une terre que l’on peut conquérir. C’est un miroir aux alouettes. Les lois économiques y sont variables en fonction de leurs intérêts. Ce n’est jamais à l’avantage des Occidentaux. »

Le nucléaire a sauvé la France d'une pollution terrifiante

Bernard Debré confie aussi avoir fait partie des très rares médecins à avoir exercé en Corée du Nord. « J’ai eu l’occasion d’y opérer l’ex n° 2 du régime. » De cette expérience, il se souvient de ce sentiment étrange du retour à Pékin : « En Corée du Nord, on ressent l’oppression, l’absence de liberté, et lorsque l’on revient en Chine, on a un sentiment de très grande liberté. »

Le développement prodigieux de la Chine qu’il a vu de ses yeux a un prix : « Les Chinois en ont oublié l’écologie, si bien que la pollution ravage le pays. » Le médecin confie une anecdote : « Lorsque l’on sort de Pékin pour se rendre à la Grande muraille de Chine puis que l’on revient, on voit arriver une bulle de pollution dans laquelle on pénètre. » Lors de ses échanges avec la population, il a constaté que « les Chinois ont très peur de la pollution et sont demandeurs d’une énergie plus propre. Ils sont très conscients qu’il faut développer conjointement l’électricité nucléaire et les énergies renouvelables. »

Amateur de pêche en mer, Bernard Debré reconnaît justement l’apport du nucléaire pour l’environnement. « Il a sauvé notre pays d’une pollution terrifiante. » Dans le passé, l’homme politique a pu visiter la centrale du Bugey. « En tant que scientifique, j’étais fasciné », se souvient-il. Celui qui reste conseiller de Paris prône aujourd’hui un mix énergétique alliant renouvelable et nucléaire. « Je ne crois qu’il faille rayer d’un coup de plume rageur toute électricité d’origine nucléaire. Par contre il est évident qu’il faut développer des énergies alternatives, comme le solaire et l’éolien. » Concernant la voiture électrique, il s’interroge : « Comment va-t-on recycler les batteries et comment va-t-on produire l’électricité ? Il faudra bien la fabriquer. Avec seulement des énergies renouvelables nous aurons de grandes difficultés… »

« L’atome et la radioactivité servent aussi aux traitements et diagnostics médicaux. Or, nous avons pris du retard dans la création de radio-isotopes. Il y a cinq ou six ans, nous dépendions entièrement des Pays-Bas pour le samarium, utilisé dans le traitement du cancer : parfois, nous ne pouvions plus soigner certains patients. Cette situation provient de la stigmatisation de certains écolos » conclut-il.

 
Bio express
Député pendant six mandats, ministre de la Coopération dans le gouvernement d’Édouard Balladur, Bernard Debré est aussi le fils de Michel Debré, Premier ministre et principal rédacteur de la Constitution de la Ve République. Auteur de près de vingt-cinq livres, dont le dernier, Un homme d’action (Stock), est paru en 2015, Bernard Debré est aussi médecin urologue, une profession qui le conduit à se rendre tous les deux ou trois mois en Chine, où, dans le cadre de sa fondation, il y soigne et opère bénévolement.