Belgique : l’État envisage de racheter tous les réacteurs nucléaire d’Engie - Sfen

Belgique : l’État envisage de racheter tous les réacteurs nucléaire d’Engie

Publié le 30 avril 2026

L’État belge, Engie et Electrabel ont signé une lettre d’intention ouvrant des négociations exclusives sur une possible acquisition des activités nucléaires du groupe dans le pays. En attendant l’issue des négociations, cette annonce suspend toutes les opérations de démantèlement en cours.

Le 30 avril 2026, l’État belge, Engie et Electrabel ont annoncé l’ouverture de négociations exclusives en vue d’une acquisition potentielle par la Belgique de l’ensemble des activités nucléaires actuellement détenues et exploitées par Engie, Electrabel et leurs filiales. Le périmètre envisagé inclut les sept réacteurs des sites de Doel et de Tihange, qu’ils soient encore en exploitation, arrêtés ou concernés par des opérations de démantèlement, ainsi que le personnel, les filiales nucléaires, les actifs, les passifs et les obligations liées au démantèlement et au déclassement.

Les parties visent la conclusion d’un protocole d’accord d’ici au 1er octobre 2026, à l’issue d’une phase de due diligence. La lettre d’intention ouvre une phase de négociations exclusives, mais elle ne constitue pas un accord définitif.

De la prolongation à la reprise publique

Cette annonce intervient dans la continuité de l’accord conclu entre Engie et le gouvernement belge sur la prolongation de Doel 4 et Tihange 3. Finalisé le 14 mars 2025, cet accord prévoyait l’exploitation des deux réacteurs pour dix années supplémentaires, ainsi que le transfert de la responsabilité liée aux déchets nucléaires. De plus, moins d’un an après l’entrée en vigueur de la loi ouvrant la voie au retour du nucléaire en Belgique, le ministre fédéral de l’Énergie, Mathieu Bihet, a estimé sur LinkedIn que cette dynamique concrétisait la volonté de reprendre la main sur les actifs et les capacités nucléaires du pays.

Le démantèlement suspendu pour préserver les options

Dans l’attente de l’issue des discussions, les parties prévoient des mesures provisoires destinées à préserver la valeur des activités nucléaires concernées. Les travaux de démantèlement et de déclassement en cours doivent notamment être suspendus, afin que toutes les options restent ouvertes pour l’État belge. Cette suspension est l’un des éléments les plus significatifs de l’annonce. Elle vise à éviter que des décisions industrielles irréversibles ne soient prises avant la fin des négociations.

Pour le gouvernement belge, l’ouverture de ces négociations répond à plusieurs objectifs : sécuriser l’approvisionnement électrique du pays, soutenir ses objectifs climatiques, renforcer sa résilience industrielle et développer une activité nucléaire viable à long terme. Le communiqué officiel indique ainsi que le gouvernement belge entend « prendre sa responsabilité sur le futur énergétique à long terme de la Belgique », avec l’objectif de bâtir une activité nucléaire « financièrement et économiquement viable ». Le Premier ministre Bart De Wever a déclaré sur X : « Ce gouvernement fait le choix d’une énergie sûre, abordable et durable, avec moins de dépendance aux importations fossiles et plus de contrôle sur notre propre approvisionnement. »

Plusieurs questions restent toutefois en suspens, à commencer par le montant de l’éventuelle transaction, alors que le périmètre envisagé est extrêmement large. Seule certitude, après avoir sécurisé la prolongation de Doel 4 et Tihange 3, aujourd’hui les deux seuls réacteurs encore en exploitation, la Belgique envisage désormais de reprendre la maîtrise de l’ensemble de son outil nucléaire. ■

Par Maximilien Struyss, journaliste indépendant

Image : Le Premier ministre Bart De Wever et le ministre de l’Énergie Mathieu Bihet photographiés lors d’une séance plénière de la Chambre au Parlement fédéral à Bruxelles – © Photo by DIRK WAEM / BELGA MAG / Belga via AFP