01.04.2020

Assurer l’approvisionnement en électricité, une priorité nationale et mondiale

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Gaïc Le Gros & Cécile Crampon (SFEN) - © Orano, Mine de Somaïr au Niger

« La situation actuelle montre l’importance de l’approvisionnement électrique pour nos sociétés »,  déclarait Fatih Birol, Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le 22 mars 2020 directement sur Linkedin. Aujourd’hui, plus que jamais, la continuité de ce service est vitale pour des millions de personnes, à commencer par les hôpitaux, l’industrie, les habitants confinés, etc.  Le Covid-19 est une véritable épreuve pour notre système électrique. La SFEN vous propose un tour d’horizon sur les différentes mesures prises autour du globe afin d’assurer la continuité du service.

Selon Fatih Birol, les besoins en électricité ont baissé d’environ 15 % dans les pays ayant pris des mesures de confinement. C’est aussi un pourcentage annoncé par RTE (Réseau transport électricité) pour la France.

L’épidémie de Covid-19 a commencé à Wuhan en Chine et a traversé le monde en quelques semaines. Elle frappe aujourd’hui durement l’Europe et est en très forte progression aux Etats-Unis, au Japon et en Inde. La fermeture des frontières se durcit de jour en jour et les filières électriques du monde entier s’organisent, des mines d’uranium à la distribution d’électricité, jusqu’à la gestion des déchets.

Mise sous cocon temporaire  de mines d’uranium

Au Kazakhstan, le Président de la république, Kassym-Jomart Tokayev, à la suite des premiers cas de Covid-19, a déclaré l’état d’urgence le 15 mars. Kazatomprom, la compagnie minière du Kazakhstan, représentant 40 % de la production mondiale d’uranium (2018), a annoncé qu’il s’appuierait sur ses stocks d’uranium si ses activités étaient affectées. Dans tous les cas,  il s’agit de « minimiser le risque de propagation dans ces régions et d’assurer la continuité de l’activité » en supprimant toutes les  opération non urgentes, sans lien avec  la sûreté des installations.

Au nord du Canada, dans la région du Saskatchewan, où se trouvent les plus fortes teneurs d’uranium au monde, la production de la mine  de Cigar Lake opérée par Cameco  a été arrêtée et le personnel a été fortement réduit, passant de 300 à 35 employés. Par précaution aussi, Orano Canada Inc. a décidé de suspendre temporairement la production de son usine de McClean Lake. A ce jour, les sites d’Orano au Niger  et au Kazakhstan poursuivent leur activité.

Ces décisions prennent en compte la nécessité de maintenir toutes les précautions requises face à la menace du COVID-19 sur ces  sites souvent isolés et  accessibles le plus souvent que par transport aérien. Le mot d’ordre est de garder toujours comme priorité la santé des personnels, la sécurité et la mise en sûreté des installations. 

Même décision par exemple en Namibie où à  la suite du confinement dans les régions d’Erongos et de Khomas, annoncé par le gouvernement le 27 mars dernier, la China National Nuclear Company (CNNC) a annoncé l’arrêt de la production de la mine de Rössing.

En France, la sécurité d’approvisionnement en uranium assurée

S’agissant de souveraineté nationale,  l’approvisionnement en uranium pour produire de l’électricité est assuré en France.   

Sur le court terme, EDF dispose par exemple d’un stock correspondant à 2 ans de production d’électricité. En comparaison, les réserves d’hydrocarbures représentent quant à elles  moins de 6 mois de la consommation annuelle française. Pour réduire ses besoins en uranium naturel, la France a par ailleurs fait le choix de recycler ses combustibles usés. Ainsi, aujourd’hui 10 % de l’électricité nucléaire française est produite à partir de matières recyclées. Ce recyclage pourrait monter à 25 % dans les années à venir. Plus globalement,  la France dispose aussi d’un stock stratégique d’uranium appauvri, une matière recyclable  qui représente plus de 5 ans de consommation d’uranium naturel en utilisant les capacités modernes de conversion et d’enrichissement domestiques.[1]

Actuellement les usines de fabrication de combustible de Framatome et d’Orano situées en France continuent de produire afin d’assurer l’approvisionnement en combustible des centrales nucléaires d’EDF.

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Dans le monde, des équipes également recentrées  pour assurer la production d’électricité

En Russie, afin de protéger ses salariés, à l’instar de nombreux industriels dans le monde,  Rosatom a annulé tous ses les rendez-vous commerciaux et a réduit le personnel présent sur ses sites en maximisant le télétravail. Alexey Likhachov, directeur général de Rosatom, a précisé que des examens de santé réguliers seront réalisés et que des équipements de protection seront fournis aux salariés.

L’Ukrainien Energoatom a également revu son organisation afin de protéger les équipes de pilotage. Le personnel est isolé dans des chambres d’hôtel individuels à proximité des quatre centrales nucléaires du pays et se rend sur le site à l’aide de navettes de transport différentes de celles utilisées par les autres employés. Les examens de santés et des désinfections régulières sont également généralisés.

Au Canada, la centrale nucléaire de Bruce dans l’Etat de l’Ontario suspend ses activités de « Grand Carénage » (Major Component Replacement MCR) destinés à prolonger la durée d’exploitation des réacteurs, pour se concentrer sur la production d’électricité et de cobalt 60, utilisé pour stériliser du matériel médical. En supplément des mesures d’hygiène, l’exploitant, Bruce Power a réduit de 2/3 ses effectifs et demande une quatorzaine à ses employés revenant de l’étranger.

Concernant la production électrique en France, la  SFEN a publié un article dès le lendemain du confinement,  concernant les premières mesures d’organisation, notamment chez EDF. Article que vous pouvez retrouver  ici.

 

 

1.

• Moyen terme - La France possède, au travers d’Orano, un portefeuille de réserves en uranium représentant 30 années de consommation. De plus, les réacteurs de Génération IV à neutrons rapides (RNR) sont de nature à optimiser encore plus la gestion des ressources uranium et de pérenniser le nucléaire dans la durée.

• Long terme - Les ressources connues en uranium représentent 130 ans de consommation mondiale et jusqu’à 250 ans si l’on inclut les ressources estimées.