25.06.2018

1/8 - Interview de Delphine Gény-Stephann, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances

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A l’occasion de la troisième édition du World Nuclear Exhibition, la rédaction est allée à la rencontre de Delphine Gény-Stephann, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, ambassadrice de l’excellence industrielle française.

Quelle est la place de l’industrie dans l’économie française ?

Delphine Gény-Stephann : Cette place est centrale, et va bien au-delà de sa part dans la production marchande : 70 % des exportations et près de deux tiers de la R&D des entreprises sont issues du secteur industriel. Certaines filières, à l’instar de la filière
nucléaire, revêtent de plus un caractère stratégique, car elles contribuent à assurer notre indépendance.

L’industrie assure un rôle essentiel de cohésion sociale en accueillant et en formant tous les profils et niveaux de compétence. Répartie sur tout le territoire, elle est aussi un moteur du développement local.

Au sein de l’industrie, la filière nucléaire représente 2 600 entreprises (85 % de TPEPME), 220 000 emplois directs et un chiffre d’affaires de 50 milliards d’euros (dont 22 % à l’export).

Comment permettre à l’industrie d’innover « plus » et « plus vite » ?

DGS : Le gouvernement a engagé un effort massif en faveur des entreprises avec la baisse progressive de l’impôt sur les sociétés de 33 à 25 %, la transformation du CICE en allégements de charges ou encore la pérennisation du crédit d’impôt recherche. Il s’agit de redonner aux entreprises des marges de manoeuvre pour investir notamment dans l’innovation et la modernisation de leur outil de production.

La transition vers l’industrie du futur est un enjeu clé pour notre économie, le numérique offre à chaque entreprise l’opportunité de transformer ses produits et son modèle d’affaires. De même que l’ambition de la « Tech » française est symbolisée par la réussite de la « French Tech », le coq bleu de la « French Fab » doit devenir l’emblème de l’excellence industrielle française.

Il est primordial que les PME ne restent pas à l’écart de ce mouvement. L’ensemble des acteurs publics (État, collectivités, opérateurs, centres d’innovation) a investi plus de 150 millions d’euros de ressources financières et humaines pour soutenir la transition des PME vers l’industrie du futur sur ces trois dernières années, et l’effort va s’amplifier : le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a ainsi fixé l’objectif de faire bénéficier 4 000 PME et ETI des accélérateurs de Bpifrance en 5 ans.

Enfin, nous avons lancé le fonds pour l’innovation et l’industrie, doté de 10 milliards d’euros, qui va permettre d’augmenter significativement l’effort en faveur des start-up technologiques et de l’innovation de rupture.

Comment attirer les jeunes talents dans les métiers de l’industrie ?

DGS : Le lien entre l’école et l’industrie est aujourd’hui très insuffisant. Sensibilisons les jeunes tout au long de leur parcours aux métiers de l’industrie, développons l’information des enseignants et conseillers éducatifs sur ces sujets !

Dans le droit fil de la philosophie d’action du gouvernement, qui veut ouvrir des perspectives d’avenir plus larges et plus prometteuses aux jeunes, l’objectif est de proposer une offre de formation adaptée, cohérente avec les besoins de l’industrie, et des perspectives de carrières attractives, pour tous les niveaux de formation.

Certaines filières, à l’instar de la filière nucléaire, revêtent de plus un caractère stratégique, car elles contribuent à assurer notre indépendance.

Je tiens à souligner le levier majeur que représente l’alternance, et particulièrement l’apprentissage, qui contribue au rapprochement entre le monde de l’industrie et celui de l’éducation. L’industrie nucléaire fait office d’exemple en la matière, puisqu’elle compte aujourd’hui près de 11 000 alternants.

Je soutiens l’ambition de nos filières industrielles, qui ont prévu d’augmenter de 40 % leur nombre d’apprentis d’ici 5 ans.

Dans ce contexte de renouveau industriel (French Fab, vitrine pour l’industrie du futur, etc.), qu’attendez-vous de la filière nucléaire, troisième filière industrielle de France ?

DGS : Dans un environnement de concurrence mondiale où l’innovation n’a jamais été aussi rapide, la clé du développement d’une base industrielle solide en France est sa capacité à conforter l’ensemble de la chaîne de valeur, à être reconnue comme le leader mondial en termes de fiabilité et de qualité et à se renouveler, en saisissant les opportunités liées à l’innovation.

La diversification du mix électrique français doit permettre d’accélérer le développement des énergies renouvelables, dont la contribution sera significative dans les années et les décennies à venir. Cela se traduira par une baisse de la part du nucléaire, mais cette énergie restera essentielle pour assurer à notre pays un socle de production de base décarbonée. Par ailleurs, à côté de l’exploitation et de la maintenance du parc existant, du développement de nouveaux projets nucléaires dans le monde, un nouveau champ d’activité s’ouvre pour le nucléaire français avec le démantèlement des réacteurs les plus anciens. Le développement d’une filière industrielle en la matière est très important pour remporter des contrats à l’international sur ce marché en croissance et surtout pour sécuriser le démantèlement de nos propres réacteurs quand ils arriveront en fin d’exploitation.

Pour cela, la filière nucléaire doit « jouer collectif » entre grands groupes, PME et instituts de recherche. C’est dans cet esprit que le gouvernement souhaite relancer le Comité stratégique de filière nucléaire, qui rassemble entreprises du nucléaire, partenaires sociaux et pouvoirs publics autour de projets structurants partagés. Il est également essentiel de préserver les compétences et les savoirfaire de la filière, ce qui passe par des perspectives claires données aux entreprises qui interviennent dans le nucléaire en France, afin de continuer à attirer les meilleurs ingénieurs et les meilleurs techniciens.

À quoi pourrait ressembler « l’usine nucléaire du futur » ?

DGS : L’usine nucléaire du futur devra répondre à d’importants défis : économiques, technologiques, organisationnels, environnementaux et sociétaux.

Un des axes prioritaires est la transformation numérique, facteur de compétitivité majeur qui doit permettre des gains d’efficacité à toutes les étapes de la chaîne de conception et d’approvisionnement. Le numérique implique une évolution profonde de la stratégie, des moyens de production et des modes d’interaction au sein de la filière.

Par exemple, le groupe Orano a développé l’utilisation de la réalité virtuelle dans le but de permettre une formation optimisée des opérateurs dans des environnements réalistes et interactifs.

On peut citer d’autres exemples. La robotique, le contrôle non destructif ou encore la fabrication additive sont autant de nouvelles technologies qui doivent être développées dans le cadre d’une démarche collective, au profit de l’ensemble des acteurs de la filière. Je suis convaincue que le Comité stratégique de filière nucléaire saura engager des projets structurants en ce sens.

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