1/11 – « Il est évident que le nucléaire fait partie des solutions » - Sfen

1/11 – « Il est évident que le nucléaire fait partie des solutions »

Publié le 30 avril 2015 - Mis à jour le 28 septembre 2021
christianmasset

Le compte à rebours a commencé. Nous sommes à quelques mois de décisions dont l’enjeu sera de limiter l’élévation de la température à deux degrés et à quelques mois de ce qui sera la plus grande conférence diplomatique que la France aura jamais accueillie : 20 000 délégués, 20 000 représentants de l’industrie, de la société civile et des territoires, et 3 000 journalistes sont attendus. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères sera le négociateur en chef de cet exercice, et présidera la conférence.

Les éléments positifs

L’an dernier, la Conférence de Lima, la COP20, s’est bien déroulée. Nous avons eu un préaccord qui a permis un certain nombre d’avancées. Parmi celles-ci, il y a le fait que tous les pays devraient apporter leur contribution en matière d’atténuation ou d’adaptation, ce qui est un élément nouveau et tout à fait positif. Nous avons, grâce à la COP 20, une bonne base de travail.

À Genève en février dernier, il y a eu des négociations, toujours dans le cadre des Nations unies, pour travailler sur cet accord de Lima. Nous sommes parvenus à un projet d’accord soutenu par tous. Celui-ci intervient plus de six mois avant la conférence de Paris. Ce délai de six mois est essentiel, car la conférence de Paris n’aurait pas pu se déterminer sur un accord si nous n’avions pas respecté ce délai.

Une volonté politique se manifeste. Il y a eu les annonces de la Chine et des États-Unis fin 2014 et puis les engagements de l’Union européenne : l’objectif de - 40 % d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Ce sont autant d’éléments qui lancent un mouvement.

Enfin, toujours parmi les éléments positifs : le « Fonds vert » a fait l’objet d’annonces de contributions. Nous avions un objectif de 10 milliards de dollars et nous l’avons un peu dépassé notamment grâce à la contribution substantielle de la France. Tout ceci peut laisser penser que nous allons dans la bonne direction.

Mais il ne faut pas se cacher que cela sera extrêmement difficile. Pourquoi ? 195 pays doivent se mettre d’accord. Il y a beaucoup de sujets et beaucoup de différences sur ces sujets : qu’il s’agisse de la forme juridique que l’accord doit prendre, de l’atténuation, de l’adaptation, du financement, des technologies…

Pour le préaccord de Lima, nous avions 37 pages, pour le projet d’accord à Genève 86 pages… cela vient du fait que vous avez sur chacun des points, des quantités d’options. Et, sur chaque point, nous devrons trouver des compromis… des compromis à 195.

Les prochaines étapes

Nous aurons à Bonn, une nouvelle réunion de négociation sur le projet d’accord, qui sera précédée d’une quantité de rencontres informelles coprésidées par Laurent Fabius et le négociateur péruvien. Et à nouveau un rendez-vous en octobre, toujours pour parler de ce projet d’accord. Entre juin et octobre, beaucoup de discussions auront lieu au niveau politique, pour essayer de trouver ces compromis pour que 195 pays disent « oui » à la fin de la conférence de Paris.

C’est donc extrêmement compliqué : il faut lancer une dynamique et guider les négociations dans la bonne direction.

Les objectifs pour Paris

D’abord, aboutir à un accord juridiquement contraignant, universel (car il doit comprendre tous les grands émetteurs), différencié (pour prendre en compte de façon juste les circonstances nationales), et aussi ambitieux (pour assurer le respect de la limite des 2 °C).

Deuxièmement, des engagements nationaux aussi ambitieux que possible. Tous les pays devraient apporter leur contribution, présenter des engagements en matière d’adaptation et d’atténuation. Notre sentiment est que pour Paris, une grande partie des pays auront apporté ces contributions.

Le volet financier ensuite. Vous savez que l’engagement pris à Copenhague, c’est 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Il ne s’agit pas uniquement d’argent public. Il est donc essentiel de mobiliser. D’un côté, il y a l’argent public avec le Fonds vert. Il faut lui donner un effet de levier maximum. Il y a également l’argent des banques de développement qui se sont réunies en mars. Et puis, il y a tout l’investissement privé, qu’il s’agisse du verdissement de ces financements ou des financements innovants. L’idée est de canaliser, de pousser, d’orienter les flux financiers et les investissements vers les projets bas carbone.Un quatrième pilier de cet accord de Paris s’ajoute. Il est tout 

à fait nouveau : il s’agit de conduire les acteurs non étatiques, c’est-à-dire les collectivités territoriales, les entreprises et les différents secteurs à prendre des engagements à leur niveau et à les présenter à Paris pour montrer un degré d’ambition encore plus élevé. Il est évident que de ce point de vue, le secteur électrique a tout son rôle à jouer.

C’est ce qu’on appelle « l’agenda des solutions ». Celui-ci permettra d’accueillir toutes les solutions. Il est évident que le nucléaire fait partie des solutions. C’est tout le sens du partenariat entre le Royaume-Uni et la France. C’est parce que nous sommes deux pays à l’avant-garde de la lutte contre le dérèglement climatique, parce que nous sommes deux pays mobilisés pour la société bas carbone que nous menons une coopération dans le domaine nucléaire.

Le défi de Paris est d’engager une immense transformation de l’économie sur le chemin du bas carbone.

Nous sommes deux pays qui avons mis dans notre mix énergétique une obligation sur le bas carbone. Qu’il s’agisse de la loi sur la transition énergétique qui doit être adoptée ou de l’electricity market reform, nos deux pays affirment une place pour le nucléaire dans le mix énergétique.

Le partenariat entre ces deux pays les place comme moteur européen de ce qui doit être fait en matière d’énergie et de climat. Nous avons besoin d’une Europe ambitieuse dans ce domaine pour conclure un accord à Paris, pour réussir ces transformations, et pour mettre le monde sur le chemin du bas carbone.

Revivez l’intervention de Christian Masset sur Youtube : www.youtube.com/watch?v=dAFoZaW7is0

ZOOM SUR 

Qu’est-ce qu’une « COP » ?

Lors du Sommet de la Terre à Rio (Brésil) en 1992, les Nations unies se sont dotées d’un cadre d’action permettant de lutter contre le changement climatique : la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques). Universelle, cette convention réunit 195 États : les « Parties ». Tous les ans, leurs représentants se rassemblent lors de la « COP » (Conference of the Parties), pour faire le point sur l’application de la Convention, adopter des décisions et négocier de nouveaux engagements.

Les travaux du GIEC : une base pour les négociations

Créé quelques années avant la CCNUCC, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) est une instancen des Nations unies dont le rôle est d’examiner et synthétiser la littérature scientifique sur la question climatique. Depuis sa création, le GIEC a publié cinq rapports, divisés en plusieurs volumes. Ces outils d’aide à la décision ne sont pas prescriptifs, on dit qu’ils sont « policy relevant, but not policy prescriptive ». Leur synthèse sert de base aux négociations sur le climat.

COP 21 : la COP de la dernière chance ?

Alors que les experts du GIEC préviennent qu’un réchauffement global de 4 °C est possible, les États doivent aboutir à un accord international permettant de contenir le réchauffement en-deça de 2 °C. Pour y arriver, les Nations Unies préconisent une réduction des émissions de carbone de 50 % d’ici 2050 par rapport à 1990, et une émission nulle d’ici 2100. Les pays en développement ont accepté le principe d’adhérer à un accord mondial contre le changement climatique. Une première dans l’histoire des négociations climatiques, où les pays industrialisés étaient jusqu’alors les seuls à s’engager sur des trajectoires de réduction des émissions de CO2. Pour obtenir l’adhésion des pays du Sud, les questions du développement et du financement demeurent centrales. Si un accord est trouvé à Paris fin 2015, cela ne signifie pas pour autant la fin du processus de négociation. L’accord pourra être complété par la suite, mais l’objectif est qu’il entre en vigueur dès 2020.

La difficile question du financement

En 2009 à Copenhague, les gouvernements des pays industrialisés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour financer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Une partie de ces 100 milliards transitera par un Fonds vert dont la mise en place a été actée et qui a déjà été abondé par 32 pays à hauteur de 10,2 milliards de dollars. Si la somme est loin de l’objectif, la première capitalisation de ce fonds est considérée comme un signal fort adressé aux pays en développement. L’an dernier, la déclaration de Santa Cruz des pays du G77 (coalition de pays en développement) a réaffirmé que, « vu leur responsabilité historique », les pays développés doivent être à l’avant-garde des efforts et fournir aux pays en développement un appui financier et technologique.

 

 
EN CHIFFRES 
 
Les grandes COP :

Depuis la création de la CCNUCC, les Conférences sont montées en puissance et certaines sont restées dans l’histoire :

COP3 en 1997 Signature du protocole de Kyoto (Japon) qui fixe pour la première fois un objectif de réduction des émissions des gaz à effet de serre.

http://unfccc.int/cop3/

COP15 en 2009 Validation à Copenhague (Danemark) d’un objectif commun visant à contenir le réchauffement climatique à 2 °C.

http://unfccc.int/meetings/copenhagen_dec_2009/session/6262.php

COP16 en 2010 La Conférence de Cancun (Mexique) établit un mécanisme de financement pour lutter contre le changement climatique.

http://unfccc.int/meetings/cancun_nov_2010/session/6254.php

COP19 en 2013 À Varsovie (Pologne), la Conférence oblige les États à communiquer leurs contributions en matière de réduction de gaz à effet de serre avant la Conférence de Paris.

http://unfccc.int/meetings/warsaw_nov_2013/session/7767.phpcancun_nov_2010/session/6254.php

 

Lors de la Convention SFEN 2015 consacrée au « Partenariat franco-britannique pour un futur bas-carbone », Christian Masset, Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et du Développement international (MAEDI), a présenté les enjeux de la COP21 qui se tiendra en décembre à Paris.