EPR2 : le design entre dans sa phase de consolidation - Sfen

EPR2 : le design entre dans sa phase de consolidation

Publié le 20 octobre 2026 - Mis à jour le 22 octobre 2026
EDF considère désormais comme stabilisés les grands fondamentaux du design de l’EPR2. Architecture des bâtiments, contrôle-commande, distribution électrique, maintenance ou encore adaptation au changement climatique : le futur réacteur entre dans une phase de consolidation, avec un objectif central, sécuriser sa construction tout en préparant dès aujourd’hui ses performances d’exploitation sur plusieurs décennies.

S’appuyer sur l’expérience acquise, pour construire aujourd’hui des installations résilientes aux défis de demain. Voilà toute la complexité de l’élaboration du design des EPR2, futurs réacteurs de grande puissance du parc nucléaire français. « A ce stade, les menaces techniques liées au design ont été caractérisées et traitées. Les fondamentaux du produit sont stabilisés : la conception des bâtiments, les systèmes élémentaires, l’architecture du contrôle-commande ou encore la distribution électrique », souligne Séverin Buresi, responsable design et exploitation EPR2 au sein de la maîtrise d’ouvrage au nouveau nucléaire d’EDF lors d’un webinaire organisé par la Sfen.

Cette sécurisation d’une partie du design résulte d’un travail de fond mené par EDF qui consolide actuellement son dossier préalable à la décision finale d’investissement. « Une première version de ce document a été présentée au comité exécutif », note le représentant d’EDF.

« Nous avons intégré des équipes d’exploitants dans la construction du design très tôt : des directeurs techniques, des chefs d’arrêts, des chefs d’exploitation, des spécialistes de maintenance ou de radioprotection », poursuit Séverin Buresi. L’objectif est de penser la phase opérationnelle des réacteurs dès leur conception. Le but est clair : atteindre un coefficient de disponibilité de 88 % en moyenne. Un taux ambitieux pour le parc nucléaire français qui plafonne à 74 % environ sur la période 2014-2024. « L’intégration des besoins de maintenance dans le design, couplée à la refonte des RGE, nous permettent d’atteindre ces niveaux de performance dans les programmes d’arrêts prévus pour l’EPR2 », poursuit-il.

En complément de travaux internes, EDF a organisé au cours de l’année 2026 une dizaine de revues par des comités d’experts. Ces panels regroupent à la fois des membres internes de l’entreprise mais aussi des professionnels issus d’autres industries : défense, construction… « Ces experts externes permettent de challenger le bien-fondé de nos approches que ce soit sur le design, les performances d’exploitation, les hypothèses de construction, les choix contractuels ou de politique industrielle », souligne Séverin Buresi.

S’appuyer sur les acquis

Bien entendu, EDF peut aussi compter sur le retour d’expérience des derniers projets nucléaires, et en premier lieu de Flamanville 3, Taishan et Hinkley Point C. « Les EPR sont une mine d’informations, lance Séverin Buresi. Sans eux, je pense que nous aurions eu 10 ans de retard dans notre capacité à anticiper les difficultés liées au design de l’EPR2, et nous aurions été probablement aveugles sur un certain nombre de difficultés que nous pouvons aujourd’hui prendre en compte dans la conception des réacteurs. »

Le parc français historique a aussi un rôle à jouer dans la construction du design des EPR2. « Les réexamens périodiques actuels du parc tendent à rapprocher les unités des objectifs de sûreté retenus pour les EPR2 », poursuit le membre d’EDF.

Se préparer aux aléas

« Le maintien des marges techniques du design va être notre obsession pendant les trois prochaines années », explique le cadre d’EDF. Cette exigence doit permettre de répondre à trois enjeux principaux. D’abord, la confrontation entre les prévisions de performance des équipements et les données en conditions réelles. « Pour certaines pièces, les constructeurs doivent encore consolider et confirmer les données », note-t-il.

Les potentielles évolutions réglementaires sont la deuxième raison qui pousse EDF à conserver des marges techniques dans son design détaillé. « Depuis les débuts des travaux sur le design, il existe un dispositif d’échange préalable avec l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), explique Séverin Buresi. Ces discussions permettent de réduire au maximum les incertitudes liées à l’instruction, mais nous ne sommes pas à l’abri de demandes supplémentaires pendant la phase de conception. »

Le dernier grand sujet n’est autre que l’adaptation au dérèglement climatique. « L’EPR2 a été conçu pour faire face à des aléas climatiques majeurs de très haute intensité, en intégrant les scénarios les plus pénalisants du GIEC », détaille le responsable design et exploitation EPR2. Élévation du niveau de la mer, épisodes d’étiage sévère, températures élevées… « Il faut rester humble car nous ne savons pas de quoi sera fait l’avenir. » Ainsi, même si les équipements sont dimensionnés pour les projections les plus pessimistes, EDF garde encore des marges de manœuvre. « Les bâtiments diesel, par exemple, sont surdimensionnés pour pouvoir remplacer les équipements dans 30 ou 40 ans si les conditions climatiques l’exigent. »

Un réacteur pour un nouveau contexte

Finalement, le design de l’EPR2 tient compte de son intégration dans un système électrique en pleine évolution. D’abord, les unités sont capables de fonctionner avec un taux maximal de 30 % de combustible MOX. « L’EPR2 est conçu pour faire du suivi de réseau au même niveau que les tranches les plus manœuvrantes du parc actuel, soit celles de la centrale de Cattenom », poursuit Séverin Buresi. Les réacteurs intègrent la modulation dans leur design pour pouvoir accompagner la pénétration croissante des énergies renouvelables. L’EPR2 est capable de réaliser sept baisses ou montées de charge profonde par semaine, soit un passage de 100 % à 25 % de sa charge nominale et inversement.  ■

Par Simon Philippe, journaliste RGN

Photo : Maquette EPR2 présentée par EDF lors du salon WNE 2025 ©EPA / Mohammed Badra