Suisse : l’organisation patronale milite pour la levée du moratoire nucléaire - Sfen

Suisse : l’organisation patronale milite pour la levée du moratoire nucléaire

Publié le 22 juillet 2026
Centrale nucléaire de Beznau située en Suisse et opérée par Axpo.
Alors que la Suisse doit prochainement se prononcer sur le moratoire sur la construction de nouveaux réacteurs, Economiesuisse commence à lister ses arguments pour un retour en grâce de l’atome. Depuis début juillet, l’organisation patronale a commandé deux études défendant la relance nucléaire.

Que rapportera à la Suisse la relance du nucléaire ? C’est à cette question que cherche à répondre l’équivalent du Medef helvétique, Economiesuisse, dans deux études publiées dans le courant du mois de juillet. La première se concentre sur les besoins en subventions de nouvelles centrales, tandis que la seconde se penche sur les avantages économiques de la construction d’une nouvelle centrale de grande capacité. Le patronat suisse s’engage ainsi en faveur de la relance de l’atome dans le pays.

Vers une levée du moratoire

En effet, si un moratoire sur de nouvelles unités a été mis en place après la catastrophe de Fukushima, la crise énergétique a rouvert la porte au nucléaire. Après le Conseil fédéral en août 2025, c’est le Parlement suisse qui a adopté à 108 voix contre 87 le projet de loi prévoyant de lever l’interdiction de construction de nouvelles centrales nucléaires, le 18 juin 2026. Dans le détail, le texte prévoit d’autoriser la construction d’un nouveau que « si le financement est assuré ». L’Assemblée fédérale a, par ailleurs, rejeté plusieurs amendements qui auraient limité la relance suisse. Comme une extension du moratoire jusqu’en 2036, la limitation des autorisations aux réacteurs de IVe génération ou l’exclusion de toute mesure d’aide de la part de l’Etat.

Pour autant l’application de cette dernière est encore loin d’être assurée : le parti écologiste Les Vert-e-s a d’ores et déjà annoncé sa volonté d’organiser un référendum pour annuler cette décision. Au Parlement, les opposants au projet de loi ont notamment critiqué l’absence d’évaluation des impacts financiers que représente la relance du nucléaire. Une critique à laquelle tente de répondre Economiesuisse avec ses deux études.

Des subventions rentabilisées

Pour défendre la relance du nucléaire, le syndicat patronal s’est principalement penché sur la question des subventions et de leur efficacité. « Chaque franc de subvention publique investi a un effet brut sur le PIB de 2,50 CHF et un effet net de 1,50 CHF. Si on tient également compte des effets sur les infrastructures, le climat et l’environnement, le bénéfice économique global atteint même 5,20 CHF par franc de subvention », détaille l’étude réalisée par l’institut de recherche BAK Economics pour le compte d’Economiesuisse (disponible uniquement en allemand).

La seconde étude, elle réalisée par l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, souligne : « Objectivement, on voit qu’aujourd’hui aucune technologie de production n’est rentable sans subventions – cela vaut aussi bien pour le solaire que pour les nouvelles centrales nucléaires […] Dès lors, ce qui compte ce n’est pas de savoir si une technologie a besoin de soutien, mais de l’ampleur de celui-ci et des résultats obtenus. »

Le travail met aussi en avant les retombées de la construction d’une nouvelle centrale de grande capacité. D’après l’étude, 51 % des coûts de construction restent en Suisse « grâce aux commandes passées dans le secteur de la construction, à des bureaux d’études, à des entreprises de planification et à des sous-traitants ». En parallèle, l’exploitation d’une nouvelle centrale permettrait la création d’environ 2 900 emplois.

Réduire la dépendance

Autre grand avantage d’une centrale : la réduction de la dépendance du pays vis-à-vis des importations, notamment en hiver. Rappelons qu’après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, le gouvernement suisse a mis en place plusieurs mesures d’urgence pour assurer l’approvisionnement électrique du pays, dont l’acquisition d’une réserve hydroélectrique, la construction de centrales à gaz de réserve ainsi que la création de pools de groupes électrogènes de secours.

Par ailleurs, alors que 17,3 % du mix électrique est assuré par des centrales thermiques conventionnelles, la Suisse ne dispose pas de stockage de gaz en propre. Aussi, « selon cette étude, il en résulte un bénéfice supplémentaire pour le climat, l’environnement et la sécurité d’approvisionnement, qui va bien au-delà des retombées économiques immédiates », souligne Economiesuisse dans un communiqué. ■

Par Simon Philippe, Sfen

Image : Centrale de Beznau opérée par Axpo ©Axpo