Israël explore la fusion nucléaire pour dessaliniser l'eau de mer - Sfen

Israël explore la fusion nucléaire pour dessaliniser l’eau de mer

La startup israélienne de fusion nT-Tao et la compagnie nationale des eaux Mekorot ont signé un accord visant à explorer les applications de la fusion nucléaire au dessalement de l’eau. L’accord prévoit notamment la création d’un centre de R&D et, à terme, d’une installation pilote.

Si la fusion nucléaire n’est pas encore au point, elle trouve déjà de potentielles utilisations. La startup de fusion nT-Tao et la compagnie nationale des eaux Mekorot ont annoncé une collaboration visant à explorer l’utilisation de cette énergie pour « les infrastructures critiques d’eau potable et d’assainissement ». Concrètement, les deux entreprises israéliennes travailleront sur la conception de l’unité de fusion développée par nT-Tao pour l’adapter aux besoins des installations de dessalement et d’assainissement.

Pour atteindre cet objectif, l’accord prévoit notamment la création d’un centre de recherche et développement consacré à l’étude des applications de la fusion au dessalement. Il s’agira de « la première installation pilote à soutenir le développement et la validation des systèmes de fusion de nouvelle génération de nT-Tao, y compris sa configuration finale de cœur, dans des conditions réelles d’utilisation », souligne le communiqué. À terme, ces travaux mèneront aussi à une installation pilote.

Sécuriser l’approvisionnement en eau et en énergie

Pour Mekorot, cet accord entre dans le cadre d’un travail constant d’évaluation des technologies de pointe susceptibles de renforcer la fiabilité et l’efficacité des infrastructures hydrauliques. « La convergence du système d’énergie de fusion compact de nT-Tao avec les infrastructures hydrauliques critiques répond à deux des principaux obstacles au développement des infrastructures modernes : l’accès à une énergie stable et à un approvisionnement en eau fiable », soulignent les entreprises.

Les partenaires soulignent que l’expansion des secteurs énergivores, comme les centres de données et l’IA, entraîne à la fois une augmentation de la demande d’électricité mais aussi de grands volumes d’eau. Mekorot étant le plus gros consommateur d’énergie civil d’Israël, avec environ 4 % de la demande de l’État, la sécurisation de sources d’énergie fiables est un enjeu stratégique essentiel pour l’entreprise.

Avant la fusion, la fission

L’idée d’utiliser l’énergie nucléaire pour dessaliniser de l’eau de mer n’est pas nouvelle, et a même déjà été appliquée. Après une mise en service en 1964, le réacteur à neutrons rapides et à caloporteur sodium BN-350 a été couplé à une unité de production d’eau potable par dessalement en 1967. En plus de sa production d’électricité d’environ 52 MWe, la centrale kazakhe permettait de produire jusqu’à 40 000 m3 d’eau par jour. Il a été arrêté en 1999.

Malgré cette preuve de concept, l’utilisation du nucléaire dans le dessalement reste quasiment inexistante. Mais cette situation pourrait rapidement évoluer dans les prochaines années. D’après l’AIEA, de nombreuses initiatives apparaissent dans le monde, principalement dans les régions arides. La Jordanie étudie par exemple la possibilité de déployer des SMR dans cette optique, tandis que l’Arabie saoudite et l’Égypte envisagent de coupler des capacités nucléaires à des usines de dessalement.

« Les applications non électriques de l’énergie nucléaire, telles que le dessalement, offrent des solutions durables pour diverses activités très gourmandes en eau – qu’il s’agisse de couvrir les besoins de millions de ménages, des applications industrielles de l’eau douce, de l’agriculture ou encore de l’élevage », explique Francesco Ganda, responsable technique chargé des applications non électriques à l’AIEA. ■

Par Simon Philippe, Sfen

Image : ©nT-Tao