Construction, uranium, R&D... le Canada prépare sa stratégie de relance nucléaire - Sfen

Construction, uranium, R&D… le Canada prépare sa stratégie de relance nucléaire

Publié le 9 juin 2026
Dans le contexte de relance mondiale du nucléaire, le Canada prépare une nouvelle stratégie ambitieuse pour structurer et renforcer son secteur nucléaire. Attendue d’ici la fin de l’année, cette feuille de route vise à consolider la production d’énergie, à développer la filière de l’uranium et du combustible, tout en positionnant le pays comme un acteur clé de l’innovation et des exportations nucléaires à l’échelle internationale.

À l’heure de la relance du nucléaire, le Canada participe activement à cet essor en s’engageant « à élaborer une nouvelle stratégie pour l’énergie nucléaire », révèle le gouvernement dans un communiqué de presse. Dans un contexte géopolitique instable, « les Canadiens comprennent que la sécurité économique passe par la souveraineté énergétique », rajoute l’exécutif. La publication est prévue pour cette fin d’année. « L’énergie nucléaire est centrale pour notre avenir, qu’il s’agisse d’économie, de sécurité, de climat ou de rôle dans le monde », soutient le gouvernement.

Construire et exporter

Cette feuille de route s’articulera autour de quatre piliers. Le premier vise à permettre la construction de nouvelles centrales au Canada. À ce titre, le gouvernement prévoit d’investir 40 millions de dollars en 2026-2027 afin d’évaluer le potentiel d’utilisation de microréacteurs pour fournir chaleur et électricité au ministère de la Défense nationale et aux Forces armées canadiennes dans les régions éloignées et nordiques.

Le deuxième porte sur le développement de la production d’uranium et les possibilités liées au combustible nucléaire. Doté de l’un des minerais d’uranium les plus riches au monde, le Canada est le deuxième producteur mondial du secteur. En 2024, il a assuré près de 24 % de la production mondiale, dont environ 90 % ont été exportés vers des pays utilisant cette ressource à des fins pacifiques, notamment pour alimenter leurs centrales nucléaires. Ces deux axes alimenteront le troisième : faire du pays un fournisseur et un exportateur de choix à l’échelle mondiale.

Relancer la R&D

Le quatrième axe vise à stimuler l’innovation dans le domaine nucléaire, aussi bien dans les technologies de fission que de fusion. Cette orientation s’inscrit dans la volonté du gouvernement de consolider un secteur qui repose, selon ses propres termes, sur « la science, la recherche, la technologie et l’innovation ». Dans cette optique, le gouvernement fédéral canadien a annoncé un investissement de 2,2 milliards de dollars sur dix ans à Chalk River, site des laboratoires nucléaires nationaux du pays.

Ce financement permettra notamment la construction d’un Centre de recherche avancée sur les matériaux nucléaires ainsi que la modernisation d’infrastructures essentielles. L’objectif est de remplacer des installations vieillissantes par un complexe de recherche de pointe, renforçant ainsi la position du Canada comme acteur majeur du secteur nucléaire. Ces investissements soutiendront notamment le développement de la technologie Candu, l’innovation dans les petits réacteurs modulaires (SMR), l’amélioration des combustibles nucléaires, ainsi que les activités liées à la sûreté, à la sécurité et à la criminalistique nucléaire.

Une filière déjà forte

Actuellement, le nucléaire fournit 13 % de l’électricité du pays, grâce à 17 réacteurs de technologie Candu exploités en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Le ministre canadien de l’Energie des Ressources naturelles Tim Hodgson a rappelé l’objectif de tripler les capacités nucléaires mondiales d’ici 2050, soutenu par 38 pays. Le marché pourrait atteindre 200 milliards CAD (124 mds €) par an en 2030. ■

Par Floriane JACQ (Sfen)

Image: Le drapeau canadien est représenté sur la tour de refroidissement de la centrale nucléaire. © SkazovD