Fusion : les industriels européens pressent Bruxelles d’accélérer
Dans un contexte de tensions énergétiques durables, une douzaine d’industriels européens de la fusion ont adressé fin avril une lettre ouverte à la Commission européenne. Ils appellent l’Europe à cesser de subir les crises et à se doter d’une stratégie de long terme sur la fusion.
Le 28 avril 2026, une lettre ouverte a été adressée à la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, au commissaire à l’Énergie Dan Jørgensen et à la commissaire chargée des startups, de la recherche et de l’innovation Ekaterina Zaharieva. Elle a pour objet : « L’Europe est en crise énergétique (encore). La fusion doit être une partie de la solution ».
Le texte est porté par une coalition représentative de tout l’écosystème : startups développant des concepts de réacteurs, fournisseurs industriels et associations professionnelles. Parmi les signataires, Sam Guillaumé, PDG de Renaissance Fusion, installée près de Grenoble et qui développe un stellarator. Les signataires envisagent l’émergence de centrales commerciales dès les années 2030 et rappellent que des sites ont déjà été identifiés en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suède.
Différencier la fusion
Les industriels formulent quatre demandes :
1/ Une reconnaissance politique claire de la fusion comme priorité stratégique.
2/ Un financement par étapes (“milestone-based”), conditionné à l’atteinte d’objectifs techniques vérifiables.
3/ Un cadre réglementaire spécifique à la fusion, distinct de celui de la fission. Selon eux, la fusion reflète un profil de risques qu’ils jugent « fondamentalement plus faible ».
4/ La préservation de la chaîne de valeur en Europe, pour éviter que les startups européennes se tournent vers des sous-traitants américains ou asiatiques.
Un décrochage européen face aux États-Unis et à la Chine
À l’automne 2025, les financements cumulés de la fusion privée ont bondi à 13 milliards d’euros, soit une multiplication par plus de huit depuis 2020. Mais la répartition est très inégale : les États-Unis arrivent en tête avec 6,9 milliards d’euros (53 % du total mondial) pour 42 entreprises.
L’écosystème privé européen ne compte que huit entreprises totalisant 712 millions d’euros, soit environ 5 % des financements mondiaux. Les deux principales bénéficiaires sont allemandes : Marvel Fusion (256 M€) et Proxima Fusion (206,5 M€). Le modèle américain repose à 94,5 % sur du capital privé, l’industrie chinoise à 71,2 % sur l’État, tandis que l’UE présente un modèle hybride. Dans ce contexte, les industriels alertent : sans inflexion rapide, l’Europe pourrait perdre la maîtrise industrielle d’une technologie stratégique qu’elle a contribué à faire émerger. ■