SMR : quels financements européens pour passer de l’innovation au déploiement ? - Sfen

SMR : quels financements européens pour passer de l’innovation au déploiement ?

Publié le 19 février 2026

L’Europe renforce son soutien à l’innovation nucléaire. Les programmes européens comme Horizon Europe, Innovation fund, Euratom, ou les financements de la BEI offrent des outils variés pour accompagner la recherche, le développement et la commercialisation des petits réacteurs. Mais entre critères techniques et compétition intense, leur financement reste un terrain complexe pour les startups du secteur. 

Fin janvier 2026, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) a organisé un séminaire sur les outils de financement européens spécifiques à l’Innovation et la R&D. Financer les petits réacteurs nucléaires est un véritable défi pour les startups. Disposer de soutiens européens solides est essentiel. Guillaume Bouyt sous-directeur de l’industrie nucléaire à la DGEC, rappelle qu’« être actif vis-à-vis des autorités européennes est l’une des conditions de succès de ces entreprises ». Or pour les acteurs du nucléaire innovant, ces soutiens prennent la forme de plusieurs instruments européens aux logiques et aux niveaux de maturité très différents. 

1- Horizon Europe  

C’est le principal programme de financement de l’Union européenne pour la recherche et l’innovation. Il dispose d’un budget de 95,5 milliards d’euros pour la période 2021-2027. Le programme est organisé en trois piliers. « Il n’y a pas d’appel à projet nucléaire pour l’instant », souligne Massimiliano Picciani, responsable sectoriel Ecotechnologies/Bas Carbone à Bpifrance.  Les projets liés au nucléaire pourraient être éligibles dans le cadre des appels dédiés à l’industrie. «La compétition est très forte», prévient Massimiliano Picciani.  

2- Euratom Fission research  

Ce programme est complémentaire à Horizon Europe. Il est dédié à la recherche et l’innovation nucléaire. Il disposait d’un budget global de 1,38 milliard d’euros pour la période 2021-2025 et couvre les activités de recherche et de développement dans le domaine de la fusion (583 millions d’euros), de la fission, de la sûreté et de la radioprotection (266 millions d’euros) et les activités nucléaires du Centre commun de recherche de la Commission européenne (532 millions d’euros).

3- Innovation fund  

Selon sa propre description, l’Innovation fund  est l’un « des plus grands programmes de financement au monde pour le déploiement de technologies innovantes à émission nette zéro et à faible émission de carbone ». Le fonds d’innovation vise à aider les entreprises à investir dans l’énergie propre et à commercialiser des technologies capables de décarboniser l’industrie européenne, tout en favorisant sa compétitivité. En décembre 2025, la Commission européenne a lancé l’appel aux technologies Net-Zéro 2025 avec un budget total de 2,9 milliards d’euros. De nombreux domaines sont concernés, notamment les énergies renouvelables, l’industrie, le résidentiel et le transport routier. Le nucléaire y est éligible au titre de l’industrie car il est considéré comme une technologie industrielle contribuant à la décarbonation. « Le plus légitime, ce sont les petits réacteurs », souligne Fabien Delafalize, coordinateur innovation à la DGEC. Ce fonds contribue aussi bien au financement des investissements et de l’exploitation jusqu’à 60 % des coûts éligibles.   

4- La Banque européenne d’investissement (BEI)  

« Les projets nucléaires ont toujours été éligibles aux financements de la Banque européenne d’investissement », rappelle Benjamin Bitaille, responsable des prêts à la BEI. Si l’institution européenne a soutenu la construction de centrales nucléaires entre 1958 et 1977, elle est ensuite restée absente de ce type de projets pendant plusieurs décennies. Ce positionnement a évolué avec la feuille de route 2024-2027 de la banque, qui acte un retour du nucléaire dans son périmètre d’intervention. La BEI y prévoit un soutien aux alliances industrielles — notamment autour des SMR — ainsi qu’à l’ensemble des technologies couvertes par le Net Zero Industry Act : cycle du combustible, prolongation de la durée de vie des réacteurs, SMR et AMR, ainsi que le nucléaire de forte puissance. En citant explicitement le NZIA, la banque dépasse sa prudence historique et affirme plus clairement son rôle dans le développement de la filière nucléaire, en cohérence avec le traité EuratomDans les faits, la BEI a déjà amorcé ce virage. En 2023, 145 millions d’euros ont été accordés pour la première installation européenne d’extraction de tritium en Roumanie. En 2025, elle a financé à hauteur de 90 millions d’euros la modernisation de la centrale nucléaire d’Olkiluoto en Finlande et accordé un prêt de 400 millions d’euros pour l’extension de l’usine d’enrichissement du Tricastin d’Orano. 

Une reconnaissance encore incomplète du nucléaire

Les programmes visant à soutenir le développement et l’innovation des petits réacteurs modulaires n’ont cessé de se renforcer. Cependant comme le rappelle Guillaume Bouyt, même si l’idée que le nucléaire est reconnu comme une énergie bas carbone et contribue aux objectifs de réduction des émissions carbone au même titre que d’autres sources d’énergies fait son chemin « mais n’est pas arrivé complètement à maturité ». Le nucléaire a été retenu dans la taxonomie verte européenne en février 2022, mais au rang « d’énergie de transition » au même titre que le gaz. Son inscription comme énergie de transition marque une avancée, mais la pleine reconnaissance du nucléaire comme énergie bas carbone demeure encore un enjeu. ■

Par Floriane Jacq, Sfen

Image : Texte SMR et petites icônes de centrale nucléaire sur fond naturel. @Wasanajai