À Iter, le nouveau bras robot Godzilla entre dans l’arène
Son nom n’est pas un euphémisme, tant au niveau de ses dimensions, que sur le travail colossal qui l’attend. Chargé de tester les robots et outils qui seront utilisés pour assembler l’intérieur du tokamak, l’entrée en action de Godzilla débutera en mars 2026.
Le bras robot Godzilla ne tire certes pas de rayons lasers destructeurs, mais sa puissance rivalise sans aucun doute avec celle du titan reptile. En effet, c’est tout simplement le plus puissant de son type aujourd’hui disponible sur le marché. Installé tout récemment au sous-sol du bâtiment de préparation à l’assemblage, il a du pain sur la planche pour contribuer aux opérations d’assemblage d’Iter, le réacteur à fusion nucléaire en construction à Cadarache.
Un programme chargé
Au repos, la bête mesure déjà quatre mètres de haut. Lorsqu’il déploie son bras extensible, il peut gagner cinq mètres, de quoi atteindre des portées significatives avec des charges pouvant aller jusqu’à 2,3 tonnes. Il n’est pourtant pas destiné à soulever les composants lourds dans l’enceinte du réacteur, mais « servira de plateforme pour le développement et l’intégration des outils et technologies qui seront utilisés par les robots chargés des opérations d’assemblage interne », détaille Iter Organization.
En clair, Godzilla est un plan de travail surpuissant et super flexible, sur lequel les équipes d’Iter pourront tester différents robots et outils qui eux seront destinés à l’assemblage de près de 20 000 composants (bobines, modules de couverture, premiers panneaux muraux, etc.) dans l’enceinte intérieure du tokamak.
Un travail d’équipe de robots
Pour installer tous ces composants, qui se superposeront les uns sur les autres, plusieurs outils aux tâches spécifiques (soudage, inspection, découpe, boulonnage, etc.) seront nécessaires. Plus de 30 au total. Ces outils agiront de concert les uns à la suite des autres dans une stratégie de « parallélisation plutôt que sur la succession des tâches ».
« Des équipes spécialisées et des outils d’assemblage se déplacent d’une partie à l’autre de l’enceinte à vide pour installer une « couche » spécifique de composants. Au fur et à mesure de leur progression, une autre équipe prend le relais pour installer la couche suivante », décrit Raphaël Hery, expert en télémanipulation et robotique en environnements extrêmes à Iter Organization. Cette méthode, dite Rolling Waves, offre un gain conséquent en efficacité et en temps et limite par ailleurs les risques de co-intervention.
L’échauffement avant le match
À partir du mois de mars 2026, Godzilla testera ces outils sur des maquettes et des interfaces similaires à l’enceinte intérieure du tokamak. C’est une sorte d’entraînement pour eux avant d’être installés ultérieurement au cœur du réacteur sur d’autres robots en cours de développement et encore plus puissants que Godzilla.
D’autres mises en situation de la sorte seront déployées plus tard sur le site. Une maquette à l’échelle réelle permettra par exemple aux opérateurs de s’exercer à manipuler les robots d’assemblage. « Développer des systèmes et des processus robustes en vue de l’assemblage à bord est une tâche véritablement colossale. Et même si les opérations proprement dites ne débuteront que dans plusieurs années, les équipes sont soumises à un calendrier extrêmement serré », souligne Raphaël Hery.
Lorsque tout sera prêt et les équipes de robots suffisamment entrainées, ces dernières travailleront en continu, en suivant la méthode Rolling Waves, pendant au moins deux ans. ■