Avec ArcelorMittal, EDF continue d’empiler les contrats de long terme
ArcelorMittal a rejoint le club de moins en moins restreint des industriels ayant signé un CAPN avec EDF. Depuis le dernier trimestre 2025, l’énergéticien enregistre une hausse des signatures de ce type de contrats de long terme, alors que l’Arenh tire sa révérence.
Deux ans après sa lettre d’intention, ArcelorMittal franchit le pas. Début janvier, l’industriel a annoncé avoir signé un contrat d’allocation de production nucléaire (CAPN) auprès d’EDF, lui assurant l’accès à une quote-part de la puissance du parc nucléaire français sur une durée de 18 ans. « Cet accord va nous permettre d’approvisionner nos sites français sur le long terme avec une électricité bas carbone, un facteur clé de compétitivité future pour notre acier produit en France », souligne Reiner Blaschek, PDG d’ArcelorMittal Europe, dans un communiqué publié le 6 janvier.
Cette annonce s’inscrit dans une accélération des signatures de CAPN, avec en toile de fond l’arrêt de l’Arenh au 1er janvier 2026. Actuellement, l’électricien public compte 19 contrats de long terme, dont 12 CAPN, précise EDF à la RGN. En septembre 2025, l’énergéticien dénombrait seulement 4 contrats fermes et 11 lettres d’intention. Parmi les autres signataires de CAPN, on retrouve notamment le chimiste belge Tessenderlo, le cimentier Vicat, l’opérateur de centres de données Data4, ou encore le spécialiste des matériaux de construction Lafarge. Verkor, un concepteur et producteur de batteries bas carbone pour véhicules électriques, a lui aussi signé un CAPN, pour des livraisons à partir de 2028 d’une quote-part de 33 MW du parc nucléaire. Les 19 contrats de long terme devraient permettre de fournir environ 19 TWh/an aux signataires, a précisé EDF.
Condition à la décarbonation
Du côté d’ArcelorMittal, ce CAPN est une clef de compétitivité, alors que le secteur est en plein trouble. En effet, le marché de l’acier s’est détérioré en Europe, passant de 160 millions de tonnes en 2008 à 121 Mt en 2024, miné par une surproduction sur le plan mondial. Pour pérenniser son activité française, ArcelorMittal prévoit de décarboner ses moyens de production, par exemple en déployant un four à arc électrique sur son site de Fos-sur-Mer. Dans une étude de projet, le groupe souligne qu’un « accès à une électricité décarbonée à un prix compétitif sur le long terme » est l’une des conditions nécessaires à la transformation de son activité. « Une concurrence internationale équitable avec une politique commerciale de l’UE renforcée et un Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières efficace » est aussi indispensable pour l’aciériste, qui est l’un des plus grands consommateurs d’énergie de l’Hexagone.
Les CAPN sont l’une des modalités d’accès à l’électricité produite par EDF grâce au parc nucléaire historique, depuis la fin de l’Arenh au 1er janvier 2026. Avec la fin de ce mécanisme, le Versement nucléaire universel (VNU) sert maintenant de base à EDF pour commercialiser les électrons issus de l’atome. Ce dispositif de redistribution des bénéfices aux consommateurs à partir de seuils de prix est cependant complété par des contrats de long terme plus avantageux, destinés principalement aux entreprises électrosensibles.
Un élargissement pour 2027
Les CAPN offrent ainsi la possibilité aux industries électro-intensives françaises de se fournir avec une électricité à un prix compétitif, proche du coût de production. En contrepartie d’un partage des coûts et des risques associés à la production nucléaire française. D’abord ouvert uniquement aux électro-intensifs, EDF a élargi le périmètre des CAPN en novembre 2025 à un panel d’acteurs plus large : les consommateurs finals avec des besoins supérieurs à 7 GWh/an, les fournisseurs disposant d’une autorisation d’achat d’électricité pour revente délivrée par l’administration française, et les producteurs d’électricité. Ces nouveaux partenaires recevront leurs premiers électrons à partir du 1er janvier 2027, EDF mettant à disposition un volume total de 1 800 MW, soit environ 10,6 TWh/an pour un niveau de production annuel de 360 TWh.
Le déblocage progressif des discussions entre EDF et les grands consommateurs français est en partie le résultat de la stratégie prônée par Bernard Fontana depuis son arrivée à la tête de l’énergéticien. « L’arrivée de Bernard Fontana s’est en effet traduite par une reprise des discussions bilatérales entre les industriels électro-intensifs et EDF et par des évolutions qui vont dans le bon sens », soulignait à la RGN Nicolas de Warren, président de l’Uniden, en septembre 2025. ■