[Série #5] Les discours fondateurs du nucléaire civil – La création du CEA (1945)
Qu’ils soient prononcés dans un contexte de crise, de coopération internationale ou de construction institutionnelle, certains discours font basculer l’histoire. Depuis près de 80 ans, plusieurs d’entre eux ont contribué à façonner le nucléaire civil et la coopération internationale telle qu’elle existe aujourd’hui. Cette série revient sur ces prises de parole et décisions fondatrices des usages pacifiques de l’atome. Aujourd’hui, retour sur la création du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) par le général Charles de Gaulle.
En août 1945, les deux bombardements sur le sol japonais bouleversent à jamais la face du monde et ouvrent un nouveau chapitre de l’histoire atomique. Quelques mois plus tard, quand la Seconde Guerre mondiale est officiellement terminée, de nombreux dirigeants veulent exploiter cette puissance. En France, le général Charles de Gaulle, alors chef d’Etat, perçoit en l’atome (et la fission) plus qu’une arme de destruction massive : un élément moteur des activités humaines de demain.
C’est pour cette raison qu’il signe l’ordonnance du 18 octobre 1945 qui marque la création en France du Commissariat à l’énergie atomique, couramment appelé CEA. « De pressantes nécessités d’ordre national et international obligent à prendre les mesures nécessaires pour que la France puisse tenir sa place dans le domaine des recherches concernant l’énergie atomique », énonçaient alors les premières lignes de l’ordonnance.
L’objectif était clair : fournir à la France une autonomie et une indépendance scientifique et technologique dans le domaine de la recherche sur l’énergie atomique. « On sait la part importante que la France a prise dans les recherches relatives à l’énergie atomique, soit en 1939-1940, soit, depuis et malgré les difficultés, par le concours que ses savants ont pu apporter aux travaux des nations alliées et par les recherches poursuivies dans la clandestinité. Nul doute que dans sa liberté d’action restaurée, le génie de la France ne puisse se manifester dans une œuvre qui, nous espérons tous, se révèlera favorable au progrès humain. »
Par ces quelques lignes, l’avenir énergétique de la France était lancé et son rapport unique au nucléaire amorcé. Une décision qui a également pu influencer les stratégies politiques du reste du monde par la suite.
Discours du Général Charles de Gaulle en 1963 à la suite de sa visite du site du CEA à Cadarache, Source : ©INA
Dans le texte élaboré par le conseiller d’État Jean Toutée, qui est à l’origine de l’ordonnance signée le 18 octobre 1945, les activités du CEA sont décrites : « poursuivre les recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie atomique dans les divers domaines de la science, de l’industrie et de la défense nationale ; étudier les mesures propres à assurer la protection des personnes et des biens contre les effets destructifs de l’énergie atomique ; organiser et contrôler, d’accord avec les départements ministériels intéressés, la prospection et l’exploitation des gisements de matières premières nécessaires ; réaliser, à l’échelle industrielle, les dispositifs générateurs d’énergie d’origine atomique ; fournir au gouvernement toutes les informations concernant l’énergie atomique et ses applications et, notamment, l’éclaire dans la négociation des accords internationaux… »
À noter que ces piliers fondateurs demeurent encore aujourd’hui une mission claire pour le Commissariat qui a fêté ses 80 ans. ■

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