[Elles ont fait le nucléaire] Harriet Brooks, éclaireuse de la radioactivité - Sfen

[Elles ont fait le nucléaire] Harriet Brooks, éclaireuse de la radioactivité

Publié le 8 août 2025 - Mis à jour le 11 août 2025

Elles s’appelaient Lise Meitner, Ida Noddack ou Chien-Shiung Wu… Physiciennes, ingénieures, chimistes, elles ont joué des rôles majeurs dans l’histoire de la science nucléaire, souvent moins reconnues que leurs homologues masculins. Cet été, la RGN met en lumière ces femmes essentielles de l’atome. Aujourd’hui, découvrons Harriet Brooks, qui a permis d’ouvrir la voie à la compréhension des gaz radioactifs.

Au tournant du XXᵉ siècle, la radioactivité révolutionne la science en Europe comme en Amérique du Nord. À Montréal, au sein du Laboratoire de Mc Gill, Harriet Brooks, l’une des premières physiciennes canadiennes, participe activement à ces avancées sous la direction d’Ernest Rutherford, son mentor. Dès 1899, ce dernier charge Harriet Brooks de travailler sur le thorium et ses « émanations ». Avec son directeur ou seule, elle publie deux articles sur la radioactivité1 et reçoit le premier diplôme de maitrise en physique accordé à une femme au Canada, par l’université McGill.

Son travail joue un rôle déterminant dans la caractérisation expérimentale des « émanations » du thorium. Elle montre que ces émanations sont des substances radioactives mobiles, transportées par l’air, capables de se déposer sur d’autres surfaces et d’y induire une radioactivité secondaire. Ces observations ouvrent la voie à l’identification ultérieure du radon comme gaz noble issu de la désintégration radioactive.

Mariage ou carrière ? Le choix imposé à Harriet Brooks

Harriet Brooks a mené ses recherches dans l’ombre de géants comme Ernest Rutherford, Joseph John Thomson et Marie Curie, tous lauréats du prix Nobel. Mais pas de récompense pour cette physicienne que Rutherford considérait pourtant comme « la plus grande après Marie Curie ». Rejoignant en 1903 le prestigieux laboratoire Cavendish de Cambridge puis en 1906, l’Institut du Radium, haut lieu de la recherche sur la radioactivité à Paris, elle bénéficiait ainsi d’un environnement scientifique d’avant-garde pour approfondir ses recherches.

Défendant le droit des femmes à exercer leur métier, elle doit cependant renoncer à la recherche, cédant aux pressions sociales pour se marier en 1907, malgré le soutien de Rutherford. Sa carrière prometteuse s’interrompt trop tôt mais son travail a jeté les bases des propriétés des gaz radioactifs, notamment le radon. Elle meurt en 1933, à 56 ans, peut-être victime de son exposition aux substances radioactives.

Retrouvez tous les épisodes de notre série [Elles ont fait le nucléaire].

Par Sylvie Delaplace, Sfen

Image : Harriet Brooks

  1. « The new gas from radium (1901) et « Comparison of the radiations from radioactive substances (1902)