Canada : OPG lance le premier chantier SMR en Occident
Le 8 mai 2025, le gouvernement de l’Ontario a donné son feu vert à la construction du premier petit réacteur modulaire (SMR) en Occident. Le calendrier de l’industriel annonce une mise en service en 2030 pour avoir dès le milieu de la prochaine décennie quatre unités en exploitation.
« En ce jour historique pour le Canada, nous lançons la construction du premier petit réacteur modulaire de tout le G7 », a déclaré avec fierté Stephen Lecce, ministre de l’Energie et des Mines de l’Ontario[1]. Le chantier s’ouvre sur le site de la centrale de Darlington alors que les travaux préparatoires se poursuivent pour les trois unités suivantes. Il se situe au bord du lac Ontario, à quelques kilomètres de la frontière américaine.
Un projet tête de série essentiel pour conquérir le marché mondial
L’exploitant 100 % public Ontario Power Generation (OPG) et GE-Hitachi, le concepteur du réacteur à eau bouillante de 300 MW (le BWRX-300), se placent dès aujourd’hui à l’avant-garde du déploiement des petits réacteurs modulaires. Une première série qui pourrait offrir compétitivité et crédibilité à l’offre de GE-Hitachi. En effet, l’un des leviers de compétitivité des SMR repose sur la construction en série, facilitée par une conception modulaire et des fabrications en usine maximisées. OPG estime[1] le coût du projet à 20,9 milliards de dollars canadiens, soit 13 milliards d’euros[2], pour une puissance totale de 1 200 MW disponible pendant 60 ans. Cela représente un coût moyen de 4,8 milliards (3Md€) par réacteur, en excluant le montant de 1,6 milliard pour les infrastructures et services desservant les quatre futures unités. Les difficultés étant particulièrement attendues sur le tout premier réacteur son coût est estimé à 6,1 milliards de dollar canadien (3,9 Md€). Si l’on calcule uniquement le coût unitaire moyen des trois unités suivantes, on celui-ci chute à 4,4 milliards de dollar canadien soit un peu moins de 3 milliards d’euros l’unité.
Nous pouvons ainsi dire que c’est un projet au coût important si l’on considère qu’il est du même ordre de grandeur que ceux de l’EPR Flamanville 3 (1630 MWe)[3] et de Vogtle 3[4] (1117 MW) qui ont connu une importante dérive des coûts. Cependant ce chantier, qui concentre les risques comme toute tête de série, devrait également permettre d’enclencher des premiers gains de compétitivité et de démontrer la capacité à construire ces nouveaux réacteurs dans le budget et les délais. GE-Hitachi estime que son réacteur pourra être construit en seulement deux ou trois ans lorsqu’il aura atteint sa vitesse de croisière (énièmes constructions). Enfin, ce projet vitrine pourrait débloquer d’autres opportunités dans le monde entier.
GE-Hitachi vers une domination du marché ?
Ces dernières années Ge-Hitachi a annoncé de nombreux partenariats en vue de déployer son concept. Au Canada, le BWRX-300 a été sélectionné en 2022 par SaskPower de la province du Saksatchewan. Aux Etats-Unis, Tennessee Valley Authority (TVA) a récemment déclaré vouloir déposer une demande de permis de construction pour une unité BWRX-300 avant le mois de juin[5] de cette année. GE-Hitachi s’est aussi montré actif en Europe : au Royaume-Uni mais aussi en Estonie avec Fermi Energia et en Pologne avec Orlen Synthos Green Energy (OSGE). Le réacteur fait d’ailleurs partie des technologies sélectionnées par l’Alliance européenne des SMR[6] (technologie non européenne mais portée par OSGE). Ainsi, le chantier de la centrale SMR de Darlington pourrait entraîner la concrétisation d’autres projets en Amérique du Nord et en Europe, renforçant la solidité de l’offre de GE-Hitachi. En ce sens, le projet SMR de Darlington pourrait être bien plus compétitif qu’il n’y paraît. ■
Par Gaïc Le Gros (Journaliste)
Image : Chantier des SMR à Darlington, ©OPG
[1] Small modular reactors | Darlington SMR – OPG
[2] Taux de change 0,64$CND=1€, mai 2025.
[3] Dans le dernier rapport de la Cour des comptes, le coût de construction de l’EPR Flamanville est évalué à 15,6Mds en euros 2023, voir article Sfen.
[4] Le coût du projet de Vogtle a dépassé les 30 milliards de dollars pour deux unités soit environ 15 milliards pour Vogtle 3.
[5] TVA to submit SMR construction permit application – World Nuclear News.
[6] Working group to focus on BWRX-300 deployment in Europe – World Nuclear News
[1] OPG gets go-ahead to build first SMR in Canada – World Nuclear News