Inspection de l'AIEA des réacteurs nucléaires de Koursk en Russie - Sfen

Inspection de l’AIEA des réacteurs nucléaires de Koursk en Russie

Publié le 28 août 2024

Alors que des avancées ukrainiennes en territoire russe ont suscité des inquiétudes au sujet de la centrale nucléaire de Koursk, située à quelques dizaines de kilomètres de la frontière, Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), s’est rendu sur place. Bien qu’il n’ait constaté aucune anomalie majeure, il a souligné les risques liés à la proximité du conflit avec ces installations.

Toujours aussi engagé dans la sûreté nucléaire dans le contexte de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, le diplomate argentin Rafael Grossi a mené, le mardi 27 août, une délégation d’experts à la centrale de Koursk, proche des zones de contre-attaque ukrainiennes sur le territoire russe. Quelques jours auparavant, les autorités russes avaient affirmé avoir retrouvé des débris d’un drone ukrainien sur le site de la centrale, une information qui n’a cependant pas pu être vérifiée. Rafael Grossi a indiqué avoir été témoin des débris de drones et des signes d’impact, mais s’est abstenu de commenter la responsabilité de cet incident.

Le directeur général de l’AIEA a inspecté les installations de la centrale. Selon l’agence de presse russe Tass, il a déclaré : « J’ai eu l’occasion de visiter la centrale nucléaire, d’examiner toutes les parties les plus importantes : la salle du réacteur, la salle des turbines, la salle de contrôle et toutes les autres parties essentielles de la centrale, ainsi que le stockage du combustible usé. » Il a ajouté que la centrale fonctionnait « très proche des conditions normales ». Selon l’agence Reuters, Grossi a également alerté sur le risque posé par l’absence d’enceinte de confinement sur ces réacteurs RBMK.

Des réacteurs modernisés après Tchernobyl

La centrale de Koursk compte six réacteurs : deux en arrêt définitif, deux en construction, et deux en fonctionnement. Ces derniers sont des RBMK-1000, mis en service en 1984 et 1986, des réacteurs soviétiques, aujourd’hui utilisés uniquement en Russie. Ils sont du même type que celui de l’accident de Tchernobyl. Cependant, après cette catastrophe, tous les réacteurs RBMK ont été soumis à des modifications significatives pour améliorer leur sûreté. Ces réacteurs, à neutrons thermiques et utilisant du graphite comme modérateur, présentaient initialement plusieurs défauts majeurs.

Notamment, le contrôle de la réaction de fission a été amélioré pour atténuer le problème du coefficient positif de température, où l’augmentation de la température du cœur du réacteur entraînait une augmentation de la réactivité. Cela a été réalisé en augmentant le nombre de barres de contrôle et le niveau d’enrichissement du combustible. Par ailleurs, le risque de surpression a été mieux géré grâce à l’installation de systèmes de condensation. Enfin, le contrôle-commande a été entièrement revu. Ces efforts de modernisation ont permis d’améliorer la sûreté de ces réacteurs, bien que certaines lacunes structurelles subsistent, telles que l’absence d’une enceinte de confinement, remplacée ici par des compartiments étanches.

Coupures à Zaporijjia

En Ukraine, la centrale de Zaporijjia reste sous haute surveillance des équipes de l’AIEA présentes sur place, alors que la centrale a perdu à plusieurs reprises son alimentation électrique extérieure et que le barrage, qui permettait la retenue d’eau pour le refroidissement, a été endommagé. « De tels incidents s’ajoutent clairement à une situation déjà très stressante pour les employés de la centrale […] Le bien-être général du personnel est une source de préoccupation, car il peut également avoir un impact sur la sûreté et la sécurité nucléaires », a expliqué Rafael Grossi le 19 août dernier. Cependant, les six réacteurs du site sont désormais en arrêt à froid depuis plusieurs mois, et la puissance résiduelle est très faible, nécessitant des moyens de refroidissement minimes. ■

Par Ludovic Dupin (Sfen)

Image : Visite de Rafael Grossi, patron de l’AIEA, sur la centrale de Koursk – © HANDOUTRUSSIAN STATE NUCLEAR AGENCY ROSATOMAFP