23.07.2019

Tritium, désinformation rectifiée

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par Cécile Crampon (SFEN)

Le 17 juillet 2019, la publication du communiqué de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (ACRO), évoquant une contamination de l’eau potable au tritium, bue par 6 millions de personnes, a déclenché des questions légitimes et est vite monté en épingle. Ce coup médiatique serait à saluer s’il ne s’agissait pas d’une désinformation jouant sur la méconnaissance et la peur… du nucléaire.

Le tritium, définition


Le tritium est un isotope radioactif de l’hydrogène. Il est produit en très faible quantité par les rayonnements cosmiques. La majorité du tritium provient des activités humaines, notamment de la filière nucléaire pour produire de l’électricité mais aussi pour des applications militaires, médicales ou de recherche. Dans le passé, d’importantes quantités de tritium ont été produites lors des essais nucléaires atmosphériques, en particulier entre 1945 et la fin des années 1960. La décroissance radioactive, relativement rapide du tritium (sa période ou demi-vie[1] est de 12, 3 ans) a fait disparaître près de 90 % du tritium introduit dans l’environnement de cette époque.

Très mobile, le tritium se combine avec de l’oxygène pour former de l’eau tritiée. Il pénètre facilement dans l'organisme à travers le cycle de l'eau, mais s'élimine rapidement, généralement entre 6 et 9 jours et est considéré comme faiblement radiotoxique[2], délivrant une dose moyenne annuelle de l'ordre d'un microsievert, soit le millième du seuil limite pour le public fixé à 1 millisievert.

Comme le tritium est très mobile, il est assez dur à filtrer, à confiner. En cas de rejet émanant d’une installation nucléaire, le tritium est donc détecté facilement. Il est un des moyens de vérifier si rejet il y a effectivement eu, et de prospecter sur l’origine d’un rejet.

Une valeur à retenir : 100 Bq/L pour le tritium


En France, les autorités sanitaires ont fixé un critère de qualité pour le tritium, soit 100 Bq/L. C'est une valeur paramétrique utilisée pour déclencher des investigations. En cas d’ingestion d’eau tritiée, le critère de la quantité de Bq/L est insuffisant. Il faut tenir compte de l’impact du tritium sur l’organisme. Or, comme l’a souligné récemment Jean-Michel Bonnet, directeur de la santé à l’IRSN, auprès de l’AFP, une personne « qui boirait deux litres d’eau avec une concentration de tritium à 10 000 Bq/L arriverait à une dose équivalente de ce que l’on peut recevoir par rayonnement cosmique quand on fait un vol Paris-Tokyo ».

Cette valeur de référence en France de 100 Bq/L est 100 fois inférieure à celle préconisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : 10 000 Bq/L. Cette "valeur guide" correspond à la concentration en tritium jugée acceptable pour une consommation de deux litres d’eau potable par jour de manière permanente.

Entre polémiques et méconnaissances   

Concernant les installations nucléaires, le tritium fait bien sûr l’objet d’une surveillance à part entière, dont les résultats sont largement publiés par les exploitants. La polémique est venue d’un communiqué de l’ACRO intitulé « Tritium dans l’eau potable : plus de 6 millions de Français concernés. Quelle eau potable en cas d’accident nucléaire grave ? », publiée le 17 juillet dernier sur son site, et sous-entendant une catastrophe annoncée pour la santé publique.
Cette association s’est appuyée (selon son communiqué) sur des « données fournies par le Ministère de la Santé (ARS – SISE Eaux) [qui] représentent la valeur moyenne de tritium présent dans l’eau potable sur les années 2016-2017 ».

L’association relève, selon elle,  "des hauts niveaux de tritium" le long de la Vienne, « Châtellerault présente des niveaux parmi les plus importants relevés. La moyenne sur 2016 et 2017 est de 31 Bq/litre (18 prélèvements) ». La Loire et des villes sont citées « du tritium est détecté dans l’eau potable de toutes les communes s’alimentant dans la Loire ou dans les nappes sédimentaires du fleuve. De grandes agglomérations sont concernées : Orléans, Blois, Tours, Angers, Nantes. A Nantes, les niveaux sont comparables à ceux observés à Saumur, villes séparées de plus d’une centaine de kilomètres », sans préciser les relevés en tritium ». Etc.

S’agissant de verbatims tels que « eau contaminée au tritium » pour 6 millions d’habitants, alors que Météo France annonce depuis plus d’une semaine une nouvelle vague de chaleur et que les différentes institutions sensibilisent les populations pour s’hydrater davantage, la question se pose sur la « rigueur scientifique » dont se prévaut l’association.

En reprenant la valeur de 100 Bq/L pour le tritium à comparer aux relevés de l’association, nul doute qu’il n’y avait et qu’il n’y a pas de risque sanitaire.

Malheureusement, cette désinformation a été reprise telle quelle, renforcée par un message anonyme d'une "infirmière ?" en Ile-de-France, provoquant une panique générale... et l'ouverture d'une action judiciaire. Il a fallu un communiqué de la Préfecture de Paris pour démentir ces désinformations. 

A noter un point positif, la prise de parole spontanée de personnes de la filière nucléaire qui ont pris le temps de vulgariser leurs connaissances sur le tritium, notamment sur les réseaux sociaux.

 

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pr2fet_paris.jpg, par pr2fet_paris.jpg

 

Parler « de contamination au tritium » alors que l’on est bien en-dessous de la valeur de référence, - à commencer par les rejets des installations nucléaires en France -, c’est clairement de la désinformation, - volontaire ou maladroite -, réussie ; comme reprendre des études sans en vérifier leurs sources.

[1] Temps au bout duquel la moitié des noyaux radioactifs d'une source se sont désintégrés

[2] La radiotoxicité potentielle mesure la nuisance d’un noyau radioactif assimilé par l’organisme à la suite d’une inhalation ou ingestion.