18.12.2018

Taishan : le succès de la supply chain française

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Le 14 décembre 2018, le réacteur EPR n°1 de la centrale de Taishan (Chine) a débuté son exploitation commerciale, délivrant les premiers kilowattheures qui alimenteront pendant au moins 60 ans en électricité bas carbone plusieurs millions de foyers chinois, dans la province du Guandgong, la plus peuplée de Chine. Si beaucoup a déjà été dit sur ce réacteur, à la puissance inégalée, moins l’a été sur l’épopée industrielle française qui a fait naître cette prouesse technologique.

Le fruit du partenariat franco-chinois

Taishan est le plus important projet de coopération sino-français dans le secteur énergétique. Il illustre la force du partenariat nucléaire entre la France et la Chine. Présente depuis la construction de la centrale nucléaire de Daya Bay, en 1987, la France, à travers EDF, a été le premier partenaire de l’industrie nucléaire chinoise. Dès cette période, la plupart des sociétés françaises s’y sont implantées.

Jusqu’aux EPR de Taishan, la filière française a su diversifier et étendre sa présence dans tous les secteurs du cycle nucléaire en Chine. Sur ce marché très concurrentiel, ces entreprises sont parvenues à démontrer leur capacité à produire des équipements éprouvés et sûrs. Aujourd’hui, la Chine représente pour l’ensemble de la filière nucléaire française une opportunité unique de conforter et pérenniser son expertise en matière d’énergie nucléaire dont Taishan est un symbole.

15 années de fourniture de combustible

EDF est l’acteur français principal derrière le projet Taishan 1, mais il n’est pas le seul. Framatome, concepteur de l’EPR, a mobilisé plus de 1 400 salariés depuis 2009, début du chantier de la centrale. L’accord signé par Framatome avec la coentreprise détenue par EDF et l’exploitant nucléaire chinois CGN comprenait des études d’ingénierie, l’approvisionnement des îlots nucléaires, la fourniture des cœurs du combustible, etc. Le groupe a ainsi fourni des équipements majeurs pour Taishan 1, comme les générateurs de vapeur et le pressuriseur, fabriqués dans les usines de Chalon/Saint-Marcel, les drains primaires, dans l’usine du Creusot Forge et de Nordon, ou encore les pompes primaires et le mécanisme de commandes de grappes, fabriqués dans l’usine de Jeumont. Ce partenariat va se poursuivre pour les 15 prochaines années avec la fourniture du combustible nucléaire des réacteurs de la centrale, fabriqué dans l’usine de Romans-sur-Isère.

L’expertise de l’industrie nucléaire française mobilisée

Au-delà de ces donneurs d’ordre, la supply chain française a été partenaire avec les équipes chinoises. C’est le cas notamment de sociétés comme Velan, Nuvia, Baumert ou Bernards Controls, Assystem ou REEL.

Bernards Controls a ainsi équipé l’intégralité des deux îlots nucléaires de Taishan 1&2 avec plus de 2 000 actionneurs pour la robinetterie et la ventilation. Ces actionneurs, installés à l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment réacteur, sont qualifiés aux normes nucléaires les plus strictes et ont fait l’objet d’améliorations de conceptions et de compléments de qualifications spécifiques à l’EPR de Taishan.

Velan, dont l’usine et les bureaux d’études sont basés à Lyon, est un autre fournisseur majeur. Le groupe a fourni en robinetterie high tech l’ensemble des EPR, dont ceux de Taishan.

REEL, couteau suisse de la manutention nucléaire, est le fournisseur de la chaîne de manutention du combustible au sein de la centrale. L’entreprise lyonnaise, qui emploie 200 personnes sur les projets EPR, a ainsi contribué au chargement du combustible de Taishan 1 au printemps 2018.

L’ingénieriste Assystem a, de son côté, accompagné EDF et ses partenaires chinois sur les études de conception, d’installation et de mise en service des EPR de Taishan.

D’autres ETI, comme Boccard, Dextra ou EFINOR ont été engagées dans le chantier. Côté PME, citons aussi Nexans France, Comete Fayat Group ou CLM Industrie… Une liste non-exhaustive puisque 40 entreprises françaises ont contribué au succès de l’EPR de Taishan 1.

En définitive, la mise en service commerciale de Taishan 1 montre que les équipements fournis par la supply chain française répondent aux exigences qualité les plus avancées, celles d’un réacteur de génération 3+. Cette expertise est d’ailleurs reconnue au-delà des EPR puisqu’elle est mobilisée sur d’autres technologies de réacteurs en Chine, comme le Hualong, l’AP1000, ou encore les VVER.

Légende photo : salle de contrôle de Taishan 1

Crédit : EDF/TNJPVC