16.02.2016

Roumanie : le nucléaire se lève à l’Est

Nuclearelectrica
Publié par Boris Le Ngoc (SFEN)

Au cœur des Balkans, la Roumanie connaît un bouleversement énergétique important. Déjà indépendant énergétiquement, le pays est appelé, depuis la crise ukrainienne, à se substituer au géant russe pour fournir une partie de l’énergie dont la région a besoin. Pour y parvenir, la Roumanie souhaite compléter ses infrastructures vieillissantes avec deux nouveaux réacteurs nucléaires à la centrale de Cernavoda[1]. Entretien avec Daniela Lulache, PDG de Nuclearelectrica.
 

Un pays énergétiquement indépendant

La Roumanie est un des rares pays de l’Union européenne disposant de gisements énergétiques qui lui garantissent un taux élevé d’indépendance énergétique. Très tôt, le pays a exploité du pétrole brut à grande échelle : les premiers forages commerciaux remontent à 1857. L’Agence internationale de l’énergie estime également que la Roumanie détient d’importantes quantités de gaz et pétrole de schiste.

Sur le plan de l’électricité, c’est un exportateur net. Son bouquet électrique repose sur un mélange d’énergies fossiles (55 %), de nucléaire (20 %) et d’énergies renouvelables (25 %). Et ses installations sont vieillissantes : plus de la moitié des centrales à charbon sont exploitées depuis plus de 30 à 40 ans. Pour conserver son indépendance énergétique, l’Etat roumain doit donc progressivement les remplacer. C’est là que le nucléaire entre à nouveau en scène. 
 

Les deux seuls CANDU d’Europe

« Le programme nucléaire roumain démarre au milieu des années 1960 » indique Daniela Lulache, PDG de Nuclearelectrica, unique exploitant nucléaire de Roumanie, lors de la conférence PIME qui s’est tenue à Bucarest en février. Pourtant, malgré le volontarisme politique de l’époque, la centrale de Cernovoda ne verra le jour qu’au début des années 1980, date à laquelle commencèrent les travaux. Il faudra attendre 1996 pour que la première unité de 706 MWe soit raccordée au réseau et septembre 2007 pour que le deuxième réacteur, de la même puissance, fournisse à son tour de l’électricité.

« Après avoir hésité avec la technologie russe VVER[2], la Roumanie est le premier pays européen (NDLR : et le seul encore aujourd’hui) à faire le choix du réacteur CANDU » précise Daniela Lulache. Un des avantages de cette technologie est de pouvoir fonctionner directement avec de l’uranium naturel. Il n’est donc pas nécessaire d’enrichir le minerai. La Roumanie extrait et produit son propre uranium sur trois sites : Bihor, Banat et Crucea (Bucovine). Il couvre l’ensemble des besoins, mais n’est pas exporté. « La Roumanie fabrique son propre combustible dans l’usine de Pitesti » ajoute Mme Lulache.
 

L’extension de la centrale de Cernavoda

A l’origine, la centrale nucléaire de Cernovoda a été conçue pour accueillir cinq réacteurs CANDU. Toutefois, les difficultés financières ont contraint le gouvernement à mettre ce projet d’extension entre parenthèses.

Il faut attendre 2015 pour que deux investisseurs, SNC-Lavalin (Canada) et China Nuclear Power Engineering (Chine), filiale de CNNC, s’entendent sur un accord visant à construire deux unités supplémentaires. « Grâce à cet accord sino-canadien, la production nucléaire du pays devrait doubler et permettra à terme d’assurer 40 % des besoins en électricité de la population » s’enthousiasme Daniela Lulache. Et d’ajouter que « ces deux unités permettront à terme d'éviter le rejet de 12 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère ».

Forte d’une expérience de vingt ans dans l’exploitation de réacteurs CANDU, la Roumanie a de nouveau opté pour le CANDU 6. Aujourd’hui, plus de la moitié des travaux du 3ème réacteur de Cernavoda sont terminés et près du tiers pour le quatrième. Pour l’unité 5, « l’espace est en train d’être réaménagé pour accueillir des formations et entraîner les professionnels aux situations d’urgence » ajoute la dirigeante de l’énergéticien roumain.

L’ensemble du programme d’extension coûtera environ 6,5 milliards d'euros et serait, selon le ministère de l’Energie, « la meilleure façon de remplacer les centrales électriques vieillissantes ».

Dans ce pays où la consommation d’électricité est en hausse, ces projets bénéficient d’un soutien très fort des populations. Depuis l’accident de Fukushima Daiichi, « les Roumains sont de plus en plus nombreux à soutenir le développement de l’énergie nucléaire » rappelle Daniela Lulache. « En 2011, ils étaient 49 % à soutenir l’atome. Ce chiffre est passé à 69 % en 2014 ».

 

[1] La centrale de Cernavoda est située à 160 km à l’est de Bucarest, sur le Danube, non loin de la rive occidentale de la Mer Noire. De conception canadienne CANDU elle a été initialement conçue pour accueillir 5 réacteurs. Cernavoda fournit 20% de l’électricité consommée en Roumanie (7ème pays le plus peuplé d’Europe avec 20 millions d’habitants).

[2] VVER : réacteur à eau pressurisée russe


Crédit photo : DR