13.03.2018

PPE : Nuclear Valley attend une ambition politique claire et de long terme

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Par Tristan Hurel, SFEN

Créé en 2005, le Pôle Nucléaire de Bourgogne s’est étendu en 2017 à la région Auvergne-Rhône Alpes et a changé de nom pour devenir Nuclear Valley. Né pour favoriser et accompagner l’innovation et la R&D de la filière nucléaire, son rôle, au cœur des enjeux technologiques du secteur, en fait un interlocuteur essentiel de la PPE. Rencontre avec Jean-François Debost, Directeur général de Nuclear Valley.

RGN - Quel est le rôle de Nuclear Valley et quelles sont vos actions ?

Jean-François Debost - Nuclear Valley rassemble des entreprises, des établissements d'enseignement supérieur et des organismes de recherche, autour de projets collaboratifs d'Innovation et de R&D. Le "nucléaire du futur" est au centre de nos réflexions et nos travaux sont répartis dans six domaines d'activités stratégiques (DAS) et commissions : matériaux, contrôle non destructif et monitoring, démantèlement et maintenance, béton nucléaire, et plus récemment numérique et qualité de fabrication des ESPN. Nuclear Valley regroupe 230 adhérents, constitués à 80 % de PME. C’est le reflet de la représentativité de la filière. Au-delà des entreprises, nos adhérents sont aussi des laboratoires, des universités, des écoles d’ingénieurs. N’importe quelle entreprise française, même si elle n’est pas implantée dans nos régions, peut proposer son adhésion.

Comme la plupart des pôles de compétitivité, nous avons quatre objectifs contractuels définis par l'État : favoriser l’innovation au travers de projets collaboratifs (notre mission principale), animer l’écosystème et fédérer les acteurs (Industrie, Recherche, Formation) ; favoriser la compétitivité et la croissance des entreprises ; enfin, développer la formation et les compétences clefs pour la filière.

Comme tous les pôles de compétitivités, Nuclear Valley est un organisme parapublic, financé par les industriels de la filière nucléaire, des régions - Auvergne-Rhône Alpes et Bourgogne-Franche Comté pour le pôle - et l’Etat. A la différence d'un cluster, nous bénéficions ainsi de la part de l'Etat d'une délégation de service public pour rendre éligible des projets collaboratifs d'innovations et de R&D à des financements publics. Dès lors qu’une entreprise souhaite pouvoir bénéficier de financements de l'Europe, de l'Etat ou d'une région, elle doit se rapprocher d’un pôle de compétitivité, qui l'accompagnera tout au long de ses démarches. Nous étudierons avec elle son projet, en étroite relation avec le conseil scientifique du pôle, constitué d'experts technologiques des donneurs d'ordres la filière. Nous qualifierons son caractère innovant et, le cas échéant, le labelliserons pour qu'il puisse être présenté à un "guichet" de financement.

Depuis 2005, Nuclear Valley a labellisé plus de 200 projets et orienté près de 200 millions d’euros d’aides publiques sur des projets innovants pour la filière nucléaire française.

Que prévoyez-vous pour la PPE et quelles sont vos positions ?

J-F.D. - Nous avons eu la chance d’être invités par la DGEC au seul atelier nucléaire qui a été organisé, le 11 janvier 2018. Nous y avons présenté la filière nucléaire française à travers l’exemple de l'écosystème du territoire Auvergne-Rhône Alpes. Première région européenne de production d’énergie nucléaire avec 14 réacteurs, la région abrite presque 500 entreprises dans la filière qui emploient 37 000 personnes. Nous avons aussi présenté les attentes de nos membres vis-à-vis des acteurs publics, en premier lieu l’Etat.

Le nucléaire est plus que jamais une industrie d’avenir qui doit continuer d’innover au bénéfice de chacun (fertilisation croisée inter filières) tout en se remettant en cause et en poursuivant sa transformation. Notre filière, que cela soit pour le parc en exploitation ou le nouveau nucléaire, a une obligation d’excellence en termes de sûreté et un défi de compétitivité à relever dans le cadre de la transition énergétique de notre pays. Nous attendons donc de la PPE beaucoup de pédagogie, de clairvoyance et de bon sens. Elle devra aboutir à des décisions politiques claires qui s'inscriront dans le long terme. Ce seront autant de signaux forts pour que notre tissu industriel investisse sereinement dans la durée. On parle de transition numérique, d’usine du futur : les dirigeants de nos PME investiront d’autant mieux s’ils ont de la visibilité.

Quels sont les retours du terrain ?

J-F.D. - Pour les 80 % de PME qui constituent les entreprises de la filière nucléaire, il est important d’envoyer des signaux positifs pour qu'elles puissent se projeter et investir. Compte tenu des challenges à relever, le recrutement et la formation sont d'ores et déjà des facteurs primordiaux au regard de nos ambitions... Comme dans d'autres filières "exigeantes" il faut compter une dizaine d’année pour un cursus complet de formation à nos métiers : les décisions prises aujourd'hui sont donc plus que jamais les déterminants de la réussite de demain.