31.10.2017

Portrait - Valérie Lecuir, reponsable gestion de crise à Melox

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Après quinze années d'expérience dans la sûreté nucléaire, Valérie Lecuir a pris la charge de la gestion de crise d'un des sites industriels les plus importants du nouvel AREVA : Melox, l'usine où sont fabriqués les combustibles recyclés Mox. Un métier méconnu mais essentiel puisqu'il permet d'apprendre aux équipes à faire face aux situations les plus extrêmes.

La gestion de crise porte deux objectifs explique Valérie Lecuir : « D’abord, limiter les conséquences de l’accident pour qu’il n’y ait pas d’impact à l’extérieur du site, et revenir à une situation normale. Puis, dresser une analyse de la situation pour permettre aux pouvoirs publics de prendre l’ensemble des décisions nécessaires à la protection des populations. » 

Pour faire face aux scénarios complexes, Valérie Lecuir met tout en oeuvre pour entraîner les équipes de Melox et mettre à leur disposition les outils indispensables pour résoudre la crise.

Plusieurs fois par an, le site réalise des exercices pour tester la réactivité des équipes et la robustesse de l’organisation. « Certains sont de grande ampleur et mobilisent l’ensemble des acteurs : Melox, les équipes nationales d’AREVA, l’ASN, l’IRSN et même la Préfecture. Ils donnent également lieu à de véritables mises en situation avec le déploiement d’un ensemble de dispositifs. »

Lors des exercices, seules une poignée de personnes, dont Valérie, connaissent le scénario. « Je travaille avec les experts pour rendre le scénario réaliste. Ce qui est difficile est d’anticiper la réaction des équipes, déjà très entraînées. Il faut donc dérouler l’ensemble des étapes : qu’est-ce que cela implique d’avoir un incendie dans une boîte à gant ? Quelles seront les conséquences ? Est-ce crédible de perdre tel ou tel filtre ? Au bout de combien de temps le filtre doit brûler pour être perdu ? Etc. »

« À Melox, nous nous préparons à faire face à tous les scénarios »

Ces entraînements permettent de créer des réflexes et de gagner en efficacité : « Cette efficacité dans la réalisation de certaines tâches permet de se concentrer sur d’autres sujets plus complexes et d’imaginer des solutions innovantes. » Parce que les crises ne se déroulent jamais comme prévu, les professionnels doivent apprendre à raisonner out of the box et l’organisation accepter les solutions (très) innovantes.

La gestion de crise implique également de tout mettre en place pour que les équipes puissent fonctionner en complète autonomie pendant 48 heures. Tous les aspects pratiques doivent être anticipés (nourriture, salle de repos) ainsi que les éléments permettant aux personnels d’agir de manière méthodique dans un contexte dégradé. « Ce que nous a appris l’accident de Fukushima est que certain membres du personnel entraînés et rompus à la gestion de crise peuvent être en situation de ne pas accéder au site. Dès lors, pour que l’organisation de gestion de crise puisse être gréée dans n’importe quelle circonstance, le Groupe a décidé de former davantage de professionnels aux situations sensibles. La FINA [1], la Force d’intervention nationale AREVA, a été créée en ce sens. » Comme l’ensemble des installations nucléaires françaises, Melox est également en train de se doter d’un nouveau poste de commandement de crise permettant d’abriter l’équipe de la gestion de crise en cas de séisme ou de tornade.

Reste que travailler dans la gestion de crise recouvre un paradoxe, conclut Valérie Lecuir : « Celui de tout mettre en place pour permettre à l’organisation de faire face à une situation critique, tout en espérant que jamais le dispositif n’ait besoin d’être déployé… »

1.

L’objectif de la FINA est d’apporter à un site confronté à un événement majeur des moyens humains et matériels venant d’autres entités du groupe dans un délai inférieur à 48 heures.