04.12.2018

La Pologne prête pour l'énergie nucléaire

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Par Cécile Crampon (SFEN)

La COP24 se déroule actuellement en Pologne à Katowice dans un contexte climatique particulièrement alarmant. L’occasion de regarder de plus près ce pays européen qui a bien conscience d’une dichotomie entre la nécessité de répondre aux objectifs climatiques et la conciliation de ses intérêts économiques, avec l’exploitation du charbon dont elle dispose à profusion dans son sol.

Le charbon, au cœur du développement de la Pologne

A la veille de l’ouverture de la COP24, le ministre de l'Énergie de la Pologne, Kryzstof Tchórzewski, s’était exprimé sur la situation énergétique et climatique de son pays, en rappelant que le recours au charbon était indissociable de l’histoire et de l’avenir du pays. En effet, l’exploitation depuis près de 140 ans de cette ressource a contribué au développement économique et social de la Pologne. Cette industrie emploie encore aujourd’hui près de 100 000 personnes (400 000 en 1990), en particulier en Silésie. Même si le prix du charbon ne cesse de baisser parallèlement à une augmentation des coûts d’exploitation, cette énergie satisfait encore près de 51 % de la consommation du pays. En matière de production d’électricité, la part du charbon s’élève même à plus de 80 % (14 % de renouvelables, 2 % de gaz…). Cette prépondérance au charbon bon marché classe la Pologne au 1er rang européen et au 10ème rang mondial pour la production de charbon et de lignite en 2017, juste devant l’Allemagne. Comment s’en passer quand ses réserves se classent aussi au 8ème rang mondial ? Alors que la Pologne fait partie des pays incontournables de l’Union européenne et est classée au rang d’économie développée, la tentation est grande de continuer avec cette énergie - une trentaine de mines sont encore en activité -, peu coûteuse, rendant le pays indépendant énergétiquement avec plus de 200 ans de réserves.

Le charbon aujourd’hui, un mariage malheureux

Changement climatique ou pas, il faut comprendre que la Pologne ne se dit pas prête à renoncer à moyen terme au charbon, au risque de mettre à mal son économie - encore fragile. Mais force est de constater que cette énergie fossile classe la Pologne parmi les premiers pays au monde pour ce qui est des émissions de gaz à effet de serre par habitant, même si de nombreux efforts ont permis d’atténuer ce bilan négatif : recul de 19 % entre 1990 et 2015, grâce notamment à une amélioration de l’efficacité énergétique. Le pays représente 10 % des émissions européennes de CO2, liées à l’énergie en 2017. La Pologne se place ainsi juste derrière l’Allemagne, qui carbure elle aussi au charbon, après avoir décidé d’abandonner le nucléaire, et qui émet 23 % des émissions européennes de CO2 liées à l’énergie. Les gaz à effet de serre ne sont pas sans effet sur la santé de ses habitants : les grandes villes polonaises battent des records de pollution en Europe (les 2/3 des villes les plus polluées de l’UE sont en Pologne, selon l’Agence de l’environnement) et le smog, le brouillard de pollution, y est reconnu comme une cause majeure de décès prématurés, avec le tabac.

Objectif, faire un geste en faveur du climat

Pour se mettre en conformité avec l’objectif climatique fixé en 2015 lors de la COP21, les experts de l’Institut des Recherches Structurales (IRS) de Varsovie estiment que la part du charbon dans la production d’électricité doit tomber à 39 % en 2030. Un objectif revu à la baisse par le gouvernement qui vise 30 % en 2040. Quant à l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 en Europe, la Pologne affiche un Non catégorique. Néanmoins, les efforts se tournent vers un mix-électrique décarboné : énergies renouvelables (biomasse, éolien et solaire) et nucléaire, ou du fossile moins polluant que le charbon, avec le développement de centrales à gaz (GNL).

Le nucléaire en Pologne validé par les experts internationaux

Dans le cadre des discussions sur la politique énergétique nationale, le gouvernement a décidé que la Pologne devrait envisager de recourir à l'énergie nucléaire dans son bouquet énergétique. Pour le ministre de l’Energie, « nous avons besoin d'énergie conventionnelle pour soutenir les énergies renouvelables, et l'énergie nucléaire à zéro émission est l'option qui garantit la réalisation des objectifs que nous nous sommes fixés. L'énergie nucléaire est également importante pour les technologies de pointe ».

Au regard des spécificités du pays, - sa situation stratégique, économique et environnementale - , nombreuses sont les organisations mondiales et européennes à considérer favorablement le projet de la Pologne pour le développement du nucléaire.

Le directeur général de l'Association nucléaire mondiale, Agneta Rising, avait rappelé il y a quelques mois que l’énergie nucléaire permet « un approvisionnement propre, fiable et disponible 24h/24, 7j/7, à un prix compétitif ». En outre, elle peut « répondre au développement économique du pays. Elle fournit également des emplois et des opportunités commerciales, tout en permettant des progrès dans le domaine de l'innovation, de la recherche et du développement ». 

Un premier réacteur en Pologne d’ici 2033

Selon un projet soumis à consultation publique, intitulé " Politique énergétique polonaise jusqu'à 2040 (PEP2040)", et publié par le ministère de l'Énergie le 23 novembre 2018, le premier réacteur pourrait être opérationnelle d'ici 2033. L’objectif à moyen terme est d’atteindre 6 à 9 GWe de capacité nucléaire d'ici 2043, représentant environ 10 % de la future production d'électricité de la Pologne. Ce document précise d’ailleurs que « le principal outil de réduction des émissions sera la mise en œuvre de l'énergie nucléaire ». Toujours dans ce document, véritable feuille de route vers un pays décarboné sur les décennies à venir, la politique vise à augmenter la part des énergies renouvelables pour atteindre 21 % de son énergie d'ici 2030, parallèlement à la baisse inéluctable du charbon.