13.11.2019

Point d’étape pour les deux EPR de Taishan

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Valérie Faudon - ©Crédit photo SFEN

A l’occasion de la visite présidentielle en Chine, s’est déroulée le 7 novembre 2019 la cérémonie officielle de la fin de la phase 1 de Taishan, soit la construction des deux EPR de Taishan 1 et Taishan 2. Cette cérémonie s’est déroulée en présence des présidents d’EDF et de CGN, et a réuni de nombreux officiels français et chinois, ainsi que des représentants des entreprises françaises qui ont participé au chantier.

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Deux nouveaux EPR pour alimenter « l’usine du monde » 

Les deux réacteurs de Taishan dans le Guangdong, la grande province du sud de la Chine, remplacent aujourd’hui la consommation de 8 millions de tonnes de charbon par an, et évitent l’émission de 21 millions de tonnes de CO2, ce qui équivaut à la plantation de 55 000 nouveaux hectares de forêt.

Aujourd’hui, la région de la « Grande Baie », a recours aux centrales thermiques pour alimenter ce que certains appellent « l’usine du monde ». Le delta de la rivière des perles constitue, d’après la Banque mondiale, avec ses 9 villes dont Canton, Shenzhen, Zhuhai, et Hong Kong, et ses 70 millions d’habitants, la plus vaste zone urbaine de la planète.  La consommation électrique de la seule province du Guangdong représentait 632TWh en 2018, (+6 % par rapport à 2017), et a quasiment doublé sur les douze dernières années, tirée par le développement des usines d’électronique et la croissance de sa population. Mais aussi Shenzhen, ville de dix millions d’habitants, est la première ville du monde à avoir entièrement électrifié fin 2017 sa flotte de 16 000 bus, et a annoncé début 2019 avoir fini aussi la conversion à l’électrique de ses 21 000 taxis.

Avec la première phase de Taishan, la région dispose désormais de 3,5GW de nouveaux moyens pilotables bas carbone, qui s’ajoutent à ceux de Daya Bay, Ling’Ao, et de Yangjiang, pour une capacité nucléaire totale proche de 15GW. Ceci alors qu’elle dépend encore beaucoup des moyens pilotables thermiques pour alimenter ses usines en électricité (57GW de capacité charbon, et 25GW de capacité gaz). Ainsi, la centrale à charbon voisine de Guohua Taishan, avec une capacité de 5000MW (2 X 1000 + 5 X 600MW), est une des centrales à charbon les plus importantes du monde.

Deux tranches en exploitation, avec les mêmes standards de sûreté qu’en France 

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Les deux réacteurs de Taishan sont, avec une capacité de 1750MW chacun, les deux plus puissants réacteurs du monde en fonctionnement aujourd’hui.  Taishan 1 a été le premier réacteur de troisième génération à diverger en Chine, et aussi le premier réacteur de troisième génération à être connecté au réseau. Il est entré en exploitation commerciale le 13 décembre 2018.  Il a atteint l’hiver dernier, alors que l’eau était plus froide, la puissance record de 1762MWe.  Il franchira bientôt la barre d’un an d’exploitation, sans arrêt majeur, ce qui est exceptionnel pour un réacteur qui vient de démarrer, avec une performance de production d’environ 9 TWh au 1er octobre, soit 1 TWh par mois en moyenne.  Taishan 2 a lui démarré commercialement le 7 septembre 2019.

Comme les centrales françaises, Taishan est amenée à faire du suivi de charge, avec des baisses de puissance allant jusqu’à 70 % le week-end, quand l’activité industrielle baisse (cette dernière est divisée par 5 à l’occasion du jour de l’an). La centrale, en bord de mer, cohabite avec une zone de pisciculture et d’élevage des huitres. Elle va chercher, via des tunnels de 4,3 kilomètres de longueur, de l’eau propre (non limoneuse) derrière une île voisine à 55 mètres de profondeur.

EDF, actionnaire à 30 % de la joint-venture TNPJVC (Taishan Nuclear Project Joint Venture Company Ltd), est présent non seulement au conseil d’administration, mais aussi sur le site via ses équipes. Plus de 200 employés d’EDF ont été détachés sur le site en 10 ans, avec 50 postes pendant la phase de construction et 20 postes dans la phase d’opération. Aujourd’hui, le directeur adjoint de la centrale, est un français employé d’EDF.

Depuis le démarrage de la coopération franco-chinoise avec la construction de la centrale de Daya Bay il y a trente ans, les mêmes codes d’exploitation et les mêmes règles de sûreté sont utilisées en France et en Chine chez CGN : les spécifications techniques d’exploitation, le manuel d’entretien (essai périodique des équipements), et le manuel d’urgence (procédure en cas de situation dégradée) sont identiques. La formation est la même qu’en France, l’organisation des équipes d’astreinte est la même. Les opérateurs de la centrale de Taishan, qui avaient tous déjà une expérience de salle de commande en Chine sur des centrales de CGN, ont aussi bénéficié d’une formation spéciale en France de trois à quatre mois.  

A la différence d’une tranche classique, sur l’EPR, le pilotage des tranches est très automatisé, comme par exemple les procédures de suivi de charge.

L’autorité de sûreté chinoise, la NNSA (National Nuclear Safety Administration) a été présente via une antenne régionale avec plus de 60 inspecteurs qui se sont rendus sur le site pendant toute la durée de la mise en service.

Au-delà du contrôle par les autorités nationales, Taishan a fait l’objet en janvier 2017 d’une mission pré-opérationnelle OSART (Operational Safety Review Team) de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le but de ces missions est d'examiner la performance opérationnelle d'une centrale nucléaire en matière de sûreté par rapport aux normes de sûreté de l’agence. L’AIEA a en effet décliné un socle de standards communs au niveau international de manière prescriptive, complète et détaillée à la fois en termes de réglementation, d’organisation, et même d’exercices. La lettre de suivi de l’inspection, consultable en ligne, a détaillé à la fois, comme il est d’usage, des meilleures pratiques constatées et des recommandations de progrès, et a conclu : « l'usine prépare et met en œuvre des activités de mise en service de façon systématique et elle dispose d'une direction et d'un personnel fortement engagés ». 

Au total, 37 d’entreprises françaises ont participé à la phase 1 de Taishan 

On estime que les deux unités de Taishan ont généré, pour les fournisseurs français, une valeur contractuelle de plus de 2 milliards d’euros.

La majorité des contrats est revenue à Framatome , comme les études d’ingénierie, les générateurs de vapeur (4 sur la tranche 1, 2 sur la tranche 2), les pressuriseurs, les pompes primaires, le contrôle commande et 15 ans de fourniture de combustible. A noter aussi une importante partie des contrats de fourniture de matériel qui est allée à des petites ou moyennes entreprises (voir l’article de la RGN).

Ainsi, la participation à Taishan de l’entreprise Velan, fabricant de robinet-vannes est emblématique de plus de 30 ans de participation des entreprises françaises au programme chinois. Velan avait commencé son aventure chinoise avec Daya Bay en 1986 puis Ling Ao en 1991 via des commandes d’EDF et de Framatome. A partir de 2008, l’entreprise française avait participé directement aux appels d’offres de CGN et remporté une série de contrat pour 18 tranches CPR1000 puis 7 contrats pour les 2 EPR de Taishan - robinets-vannes, robinets à soupape, robinets anti-retour, robinets d'instrumentation, robinets de commande et robinetterie pour accidents graves, tous  importants pour la sûreté et classés « de sûreté ». Cela a représenté 5 000 appareils de robinetterie, assurant l'activité de l’usine de Velan Lyon pour plusieurs années. Le projet Taishan a été le plus gros projet nucléaire de l’histoire récente de Velan.  

 

En attente de la suite 

Les terrassements du site de Taishan ont été déjà réalisés pour deux unités supplémentaires.