31.07.2018

Aux pays de l’hydroélectricité le nucléaire est plus que jamais indispensable

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Face à la sécheresse, les pays scandinaves, qui tirent une grande part de leur électricité des barrages, affrontent une situation inédite. Pour la Norvège, habituellement exportatrice à cette période, la production nucléaire de ses voisins est un bol d’air.

Habituellement préservée des vagues de forte chaleur, la Scandinavie fait les frais des températures élevées en Europe. Fin juillet, la Norvège a ainsi enregistré un record absolu de température, à 35,5 °C, et le seuil des 30°C a été franchi à proximité du cercle polaire.

Les conséquences ne sont pas neutres. De janvier à juillet, la Norvège a reçu 45 % d’eau de pluie en moins qu’elle n’en reçoit habituellement sur cette période. Son voisin suédois a dû affronter des incendies sans précédent pour le pays, contraignant l’armée de l’air à utiliser les grands moyens en larguant avec des avions de chasse des bombes sur les feux pour tenter de les éteindre en les privant d’oxygène.

Les centrales nucléaires suédoises permettent aux Norvégiens d’éviter de trop puiser dans leurs réserves en eau et de les reconstituer progressivement.

Le manque de neige et de pluie a considérablement diminué le volume d’eau des barrages hydroélectriques. Comme dans le reste de l’Europe, cette vague de chaleur impacte à la hausse le marché de l’électricité. En Norvège, où l’hydroélectricité représente plus de 95 % de la production électrique, le prix du kWh, habituellement parmi les plus bas d’Europe, a doublé pour rejoindre ceux, élevés, de l’Allemagne.

Dans ce contexte, la Norvège doit faire appel aux productions de ses voisins, à commencer par la Suède et son nucléaire. A certains moments, les centrales suédoises permettent ainsi aux Norvégiens d’éviter de trop puiser dans leurs réserves en eau et de les reconstituer progressivement.

L’eau n’est pas seule en cause. L’absence de vent, généralisée en Europe, est aussi perceptible sur la production éolienne des pays scandinaves. La Suède dispose ainsi de 7 GW d’éolien mais, comme dans le reste de l’Europe, celui-ci y est quasiment à l’arrêt.

Les ressources nucléaires de la Suède et de la Finlande sont donc mobilisées au maximum. Même si l’élévation de la température de la mer a contraint l'opérateur suédois Vattenfall à arrêter quelques jours un réacteur, le 31 juillet, le nucléaire y assurait, comme en Finlande, la grande majorité de la production d’électricité.

Ces carences des énergies renouvelables contraignent donc les pays nordiques à importer de l’électricité très carbonée d’Allemagne. De l’autre côté de la Baltique, les centrales fossiles et nucléaires tournent à plein régime, au point qu’à certaines heures, pratiquement toutes les centrales à charbon allemandes sont en fonctionnement.